Articles récents Joséphine Kollmannsberger, maire de Plaisir : « Allez y, vous êtes compétentes ! »

Ex-Adjointe au maire de Plaisir en charge de la culture et la communication, devenue maire en novembre 2012 à la suite de la démission de l’ancien maire, Joséphine Kollmannsberger a été confirmé à son poste, élue en mars 2014, au premier tour, avec 58,27 % des voix. La maire de Plaisir, également une des rares femme présidente d’une communauté de communes est une femme politique qui n’a pas sa langue dans sa poche.

 

Vous avez été scénariste, interprète, traductrice, comédienne, metteure en scène, qu’est ce qui vous a fait venir à la politique ?

J’ai rencontré Joël Regnault, l’ancien maire de Plaisir, à une époque où j’étais en plein boom médiatique en tant que metteure en scène. C’était il y a plus de 25 ans, Joël Regnault était alors conseiller régional et il avait l’intention de reprendre la ville de Plaisir. A l’époque j’avoue que je ne savais pas tellement de quoi il me parlait. J’étais bien sûr très intéressée par les questions politiques mais je ne connaissais pas bien le fonctionnement d’une ville. Et une fois élu maire, en 2001, il m’a demandé de l’aider à construire la politique culturelle de la ville. Il y avait beaucoup à faire, créer un théâtre, rénover le conservatoire.

Je suis rentrée dans son équipe en tant qu’adjointe chargée de la culture et de la communication, très modeste, sur la pointe des pieds. Et je dois avouer qu’être adjointe d’un maire de droite alors que l’on vient du monde de l’art qui est plutôt ancré à gauche était plutôt mal vu. Cela m’a pris trois à quatre mois pour comprendre comment se gère une ville. J’ai aussi fait des stages pour me préparer au mieux à cette nouvelle responsabilité. Et alors j’ai chopé le virus. Pendant trois ans j’ai accumulé les rôles, adjointe, mère de famille et metteure en scène. Puis en 2012, le maire m’a cédée son poste.  

Vous êtes maire de Plaisir et également l’une des rares femmes a être présidente d’une communauté de communes, seriez vous ambitieuse ?

Oui je suis présidente de la communauté de communes de l’Ouest Parisien qui regroupe Plaisir, Clayes sous Bois et Villepreux, soit 62 000 habitants. Déjà toute petite, j’étais toujours cheffe de classe, je fédérais. J’attendais les élections avec impatience. Ensuite à chaque fois que je suis devenue membre d’une association, j’ai voulu en être la présidente. Je dois être ambitieuse (rires).

Avez-vous vécu vous-même des discriminations, des remarques sexistes en tant que femme politique ?

Quand il a été question que je me présente devant les électeurs, un homme politique m’a dit : « As-tu conscience que tu vas gérer une ville de plus de 30 000 habitants et que tu seras la femme maire la plus importante de tout le département? » J’ai cru rêver, on est au XXI ème siècle tout de même ! Je lui ai répondu : «Aurais-tu posé la même question à un homme ?»

La politique est un monde d’hommes. Lorsque j’ai fait la campagne avec Gérard Larcher lors des sénatoriales de 2008, je m’en suis réellement rendue compte. Dans ce monde, les femmes n’existent pas. Heureusement, pendant la campagne pour les municipales , une grande majorité des femmes m’ont dit « enfin un femme, on est avec vous !» et parmi elles beaucoup de femmes des quartiers. Alors c’est une femme qui est à Adjointe déléguée au développement économique, à l’emploi et à l’insertion, une autre femme qui est délégué aux travaux et c’est un homme qui m’a remplacée à la culture.  

Voyez-vous de fortes différences entre femmes et hommes politiques ?

Lorsque j’ai auditionné pour recruter mon équipe d’adjoint-e-s, j’ai réalisé à quel point il y avait des différences entre les femmes et les hommes. Les hommes arrivaient devant moi avec leur CV, déclinaient leur parcours professionnel, sûrs d’eux. Les femmes arrivaient en disant «Je veux aider la ville ». Toutes me semblaient modestes, se posant des questions sur leurs compétences. Dans un deuxième temps, je découvrais qu’elles étaient avocate, ingénieure ou enseignante.

Alors moi qui n’étais pas forcément favorable à la parité, je me suis dit que c’était bien qu’il y ait des lois imposant la parité.

Les femmes qui veulent entrer en politique ont des doutes sur leurs compétences, sur la possibilité de pouvoir concilier vie professionnelle, politique et familiale. Elles osent dire qu’elles ne savent pas. Les hommes eux ne parlent jamais de leur famille, jamais de la question du temps, ni de leurs doutes. Pendant des années, je me suis occupée de ma mère et de mon mari, malade, en plus de l’administration de la maison et de mes responsabilités politiques, l’ancien maire, lui, n’a jamais eu de problème d’intendance !

La plupart des hommes politiques mettent en place des stratégies de séduction. Ils se laissent séduire. Devant un femme politique les hommes tremblent, sont sur la réserve. Un femme de pouvoir, on ne sait pas comment l’approcher. Et en tant que femme politique il faut faire attention à la façon dont on s’habille, dont on se coiffe. Je n’avais jamais entendu avant un Plaisirois dire : « Le maire n’est pas allé chez le coiffeur ». Moi oui, je l’entends. Nous, femmes, sommes scrutées de la tête aux pieds.  

Que souhaitez-vous dire aux femmes qui veulent s’investir en politique ?

Il faut dire aux femmes d’y aller, qu’elles sont compétentes, de ne pas avoir peur du regard des autres, des hommes. Vous femmes, vous avez géré une famille donc vous êtes architectes, banquières, ingénieures et vous n’osez pas vous engager en politique ! Allez y, vous êtes compétentes. *

Propos recueillis par Caroline Flepp 50/50