Articles récents Brigitte Grésy : « Il faut lutter contre les impuissances apprises »

Dans son dernier livre « La vie en rose : pour en découdre avec les stéréotypes », Brigitte Grésy, secrétaire générale du conseil supérieur de l’égalité professionnelle, fait une analyse très pointue d’un monde où chaque moment de la vie génère ses propres stéréotypes.

« Ce livre a été écrit pour déculpabiliser les femmes. Il faut donner confiance aux femmes. Il faut leur dire « osez tout le champ des possibles  ! » Il faut lutter contre les impuissances apprises » , explique Brigitte Grésy.  Les femmes croient ne jamais être là  où elles devraient être: elles se sentent « usurpatrices de la sphère publique » et dans le même temps «  démissionnaires de la sphère du privé. »

Brigitte Grésy commence son livre par une assertion forte: il y a d’un côté le sexe féminin et de l’autre le féminin. Et tout son livre découle de cette affirmation.

Pour l’autrice, le féminin et le masculin social n’existent pas, même si existe les différences biologiques et physiologiques, et avec elles, tout les jeux liés à la reproduction, à la séduction et à la parure des corps. « Il n’y a que des qualités et aptitudes, inégalement réparties entre tous les individus qui composent l’humanité, qu’ils soient femmes ou hommes. »
Les qualités sexo spécifiques n’existent pas. Le féminin et masculin ne sont que des constructions sociales qui évoluent selon l’espace et le temps.

La différence de sexe n’entraîne pas celle des aptitudes. Les compétences n’ont pas de sexe.

Pour Brigitte Grésy, les stéréotypes sont des boites noires que l’on retrouve à toutes les étapes de la vie : école, médias, entreprises … Des boites noires car tapies dans l’inconscient de tou-te-s , des boites noires car elles emprisonnent les sexes, des boites noires car elles mettent tous les individus dans des cases fermées à double tour.

Les stéréotypes rassurent, simplifient la vie, économisent du temps. Plus difficile effectivement de se poser des questions sur chaque femme, homme, fille, garçon, chaque individu.

L’autrice fait appel au concept de valence différentielle des sexes de Françoise Héritier pour montrer comment le féminin est toujours affecté d’un coefficient symbolique négatif.

Brigitte Grésy introduit, elle, le concept « d’apartheid » des sexes tant le sexisme est inscrit dans les esprits.

Les injonctions faites aux hommes existent aussi au point que certains parlent de « crise de la masculinité ». Un espoir ?

Brigitte Grésy propose des solutions :

L’allègement du féminin

1. Accepter tout ce qui relève des jeux du corps, sans ce culpabiliser, en évitant toutefois d’aller jusqu’à la sophistication ou la bimboïsation, sauf si c’est une performance de sexe assumée.

2. Accepter transitoirement et comptabiliser pour les rendre visibles, les stéréotypes de comportement, car c’est le matériau sur lequel travailler pour déconstruire les stéréotypes liés au sexe social.

3. Refuser les différences entre les sexes liées aux qualités, aptitudes et compétences sociales et affectives.

 

Caroline Flepp 50-50

La vie en rose : pour en découdre avec les stéréotypes. Ed Albin Michel 2014