Articles récents Droit de disposer de son corps : stratégie nouvelle des pro-life

Article publié dans Clara Magazine n° 144, juillet/Août  2014

Depuis quelques années, les pro-life et les lobbies anti-européens s’organisent de manière moins frontale grâce à des dispositions législatives qui attaquent toutes celles qui ne peuvent ou ne veulent pas mener à terme une grossesse. Une nouvelle façon d’agir pour un but similaire : maîtriser le corps et la sexualité des femmes.

À l’âge de 15 ans, en 2006, une américaine du nom de Rennie Gibbs, s’est retrouvée enceinte. Son bébé est mort-né, le cor­don ombilical autour du cou, alors qu’elle avait atteint sa 36e semaine de grossesse. Rennie Gibbs avait une addiction à la co­caïne et, bien qu’il n’ait jamais été prouvé que sa consommation de drogue ait causé la mort de son bébé (notamment parce que les traces de drogues retrouvées dans le corps du foetus étaient trop minimes pour démontrer quoi que ce soit), elle a été accusée de meurtre au second degré. La qualification américaine de « depraved-heart murder » (commis avec un mépris particulier pour la vie humaine) a été rete­nue contre elle. Il aura fallu sept ans pour qu’un procureur réussisse à monter un dossier et le porte devant un tribunal et qu’un juge du Mississipi rende finalement une décision : le 4 mars 2013, il a considéré les charges insuffisantes. Mais il a néan­moins décidé de retenter de la poursuivre, en août 2014, pour des charges de meurtre simple sans circonstance aggravante.

À qui incombe la responsabilité ?

Malheureusement, Rennie Gibbs n’est pas la seule. Amanda Kimbrough a décou­vert quand elle était enceinte que le bébé qu’elle portait était atteint de trisomie 21. Elle a poursuivi sa grossesse et son enfant, né par césarienne réalisée en urgence, est mort 19 minutes après sa naissance. Egalement accusée d’avoir consommé de la drogue pendant sa grossesse – accusa­tions qu’elle réfute -, elle a été condamnée à 10 ans de prison. Elle a fait appel. Les cas se multiplient incombant la faute des décès aux jeunes filles sans jamais s’in­terroger sur les responsabilités engagées face à leur jeune âge, leur toxicomanie ni le fait qu’elles se retrouvent enceintes. Et quand, après avoir perdu leur bébé, elles subissent le jugement tant moral que pé­nal d’une institution sensée protéger leurs droits en tant que mineures.

Des stratégies de contournement

En Floride, le gouverneur Rick Scott a décidé, en juin 2014, de signer une loi interdisant l’avortement si le foetus peut survivre en dehors de l’utérus, même si c’est pour quelques heures et même si la vie de la mère est mise en danger. En Irlande, Savita Halappanavar est morte en avril 2013 parce qu’un avortement lui avait été refusé. Depuis mai 2014, en Irlande du Nord où l’avortement est illégal, il est in­terdit aux femmes de bénéficier du système d’assurance maladie pour avorter gratuite­ment en Angleterre où l’acte est autorisé. Les avortements doivent désormais être pratiqués dans de coûteuses cliniques pri­vées. Donc il n’est pas à strictement parlé in­terdit aux femmes irlandaises d’aller mettre un terme à leur grossesse en Angleterre, mais il devient impossible de le faire pour les femmes pauvres. Celles-ci sont aussi les plus touchées par les grossesses non-dési­rées selon plusieurs rapports de l’OMS.

Retour à la précarité et l’insécurité des femmes

42 millions d’avortements environ sont pratiqués chaque année dans le monde. Environ 21,6 millions d’entre eux le sont dans des circonstances inadéquates, soit pratiqués par des personnes n’ayant pas les qualifications médicales requises, soit dans un environnement sans bonnes conditions d’hygiène et de sécurité, soit les deux. 47 000 femmes meurent chaque année des conséquences d’un avortement clandestin. Autant de vies qu’un accès gratuit et légal à l’avortement aurait vraisemblablement pu épargner. Le constat est clair ces dernières années. Ce sont les femmes les plus vulnérables, appartenant à des groupes minoritaires, parce qu’elles sont jeunes, pauvres, peu ou pas éduquées, migrantes, sous addictions, victimes de violences ou de mala­dies qui se sont vues écartées du droit à l’avortement. Cette constatation n’est pas propre à un pays ou à un continent : elle est le signe d’un mouvement organisé. Dans le monde entier, les mouvements conservateurs se coordonnent pour lutter contre les droits des femmes.

 

Gwendoline Coipeault –  Clara Magazine