Articles récents Gabrielle : « Femme ingénieure je suis, femme ingénieure je resterai »

TEMOIGNAGE

Gabrielle, 23 ans, est encore un cas rare.  Elle a fait une école d’ingénieur-e et particulièrement intéressée par les nouvelles problématiques énergétiques et environnementales, elle s’est spécialisée dans le secteur de l’énergie. Elle vient d’être embauchée dans une société de conseil qui travaille dans le monde de l’ingénierie.

 

J’aime depuis toujours les sciences, les physiques, les maths, j’ai besoin d’avoir des explications rationnelles à mes questions.
En terminale j’ai rencontré sur un salon une femme ingénieure qui venait présenter son école. J’ai été très intéressée par son parcours, et l’idée de devenir ingénieur ne m’a pas plus quitté.

En cycle préparatoire intégré, malgré la charge de travail conséquente, tout s’est très bien passé. Nous étions environ 20 filles pour 80 garçons la première année, puis 15 filles pour 60 garçons, la deuxième année.

Une fois entrée en cycle ingénieur, l’atmosphère était bien différente. Nous étions 20 filles pour une promotion de 200 élèves. Un tout premier souvenir, qui m’a marqué est la réflexion d’un professeur, qui par ailleurs est un professeur particulièrement brillant, mais malheureusement peu habitué à avoir autant d’élèves filles. Il a, sur le ton de la rigolade, dit : « Il va falloir qu’on s’occupe bien des filles !». J’ai été étonnée par cette remarque et même choquée. Comment peut-on encore dire ça à notre époque ? Selon moi, ce n’était pas du tout adapté et au travers de tous les combats entrepris par un grand nombre de femmes, je pensais déjà loin les idées comme celles-ci.

Ensuite d’autres remarques machistes et parfois déplacées ont marqué mes études. Parfois marrantes, mieux valait en rire qu’en pleurer, mais la majorité du temps énervantes. Ou alors on se retrouve face à un enseignant qui n’ose pas te regarder dans les yeux, ou qui ne sait tout simplement pas comment s’adresser à toi sous prétexte que tu es une jeune-femme !

« Etre féminine pouvait te décrédibiliser »

Même les étudiants ont une attitude bizarre. Tu te demandes si tes chers camarades du sexe masculin ont déjà été en contact direct avec une jeune fille de leur âge !Certains rasent les murs quand ils te croisent, d’autres te vannent systématiquement, « Ah tiens aujourd’hui tu as mis une jupe ! ». C’est quelque peu lassant. J’ai toujours réagi aux blagues, bien sûr c’était sur le ton de la rigolade, ça les faisait rire mais pas moi. Ce que je trouve dommage c’est que ceux qui ne sont pas machos ne disaient rien, ne nous soutenaient pas .

Je me souviens également d’un enseignant qui en amphi a fait allusion au concept des voitures électriques. Il a osé lancer : « Tout le monde sait que si vous les filles vous avez des difficultés à suivre ce cours c’est parce que vous ne jouiez pas avec des voitures mais avec des poupées lorsque vous étiez petites ». Ah l’envie m’a prise de me lever et de gentiment lui affirmer que je quittais son cours de macho avéré ! Je ne l’a pas fait, je manquais encore d’assurance ! Rien de bien méchant dans cette remarque, je suis certaine que c’était son inconscient qui parlait. C’est en tout cas une réflexion qui m’a choquée et que je retiens encore aujourd’hui.

 

Ce qui m’a sûrement le plus touché est d’avoir réalisé que d’être féminine pouvait te décrédibiliser. Si tu portes une jupe, des talons, ou si tout simplement ce jour-là tu as souhaité te maquiller un petit peu, tu as droit à des réflexions, des comportements sexistes.
J’ai fait partie de la junior entreprise, c’est à dire une vraie entreprise créée par des étudiant-e-s et qui travaille avec d’autres entreprises. Je peux témoigner qu’en tant que fille tu as du mal à te faire accepter, à te faire une place, a être crédible. Sur 23 membres, nous étions 3 filles entourées de mecs particulièrement machos. Et on te donne d’office un rôle lié à ton genre «les filles vous vous occuperez de la com !» Et moi qui ne suis pas timide, j’avais peur de prendre la parole devant tous ces mecs condescendants. L’année suivante il n’y a eu aucun fille dans la junior entreprise.

« Ne pas se laisser marcher sur les pieds, ne pas cesser d’apprendre »

Aujourd’hui, jeune diplômée ingénieure, je repense à ces événements, à ces remarques ou ces situations, sur le moment pas vraiment plaisantes, mais tellement constructives ! En effet, ce n’est pas parce qu’aujourd’hui en France sur 750 000 ingénieur-e-s, il y a 17% de femmes, qu’il faut se dire que c’est un métier réservé aux hommes et que ça ne peut pas changer.
Ce n’est pas facile, et c’est vrai que c’est déconcertant d’entendre, surtout aujourd’hui: « Ah oui, vous êtes ingénieure ? Je vous imaginais plus dans la communication ! ». Mais, cd’un autre côté; c’est un levier de motivation qui donne envie de prouver que ce n’est pas parce qu’on a mis un trait d’eye-liner sous les yeux qu’il est impossible d’acquérir les mêmes compétences, le même savoir que quelqu’un d’autre !

Ne pas se laisser faire, ne pas se laisser marcher sur les pieds, ne pas cesser d’apprendre, et rester constamment focaliser sur ce qu’on souhaite réaliser en s’en donnant les moyens, est pour moi ce qu’il y a de plus important. Sortons alors de ce modèle de société qui ne cesse de vouloir placer chaque individu dans une case.

Je suis confiante, et je suis consciente que nombre de femmes aujourd’hui se battent pour faire respecter leurs droits et leurs ambitions. Depuis le 19ème siècle en France, et grâce aux combats« de grandes lumières », les femmes ont, dans notre pays, la chance de pouvoir étudier et pouvoir donner jour à leurs idées. Dans d’autres pays du monde, c’est un combat qui commence tout juste !

Saisissons donc la chance que nous avons, et abattons donc ces préjugés qui n’ont pas lieux d’être ! Femme ingénieure je suis, et femme ingénieure je resterai.

 

Gabrielle Rodriguez. Ingénieure