Articles récents Chronique de Félicité : l’épopée d’une patiente et de son ventre

D’un côté il y a Nathalie. Elle a mal au ventre comme pas possible. Je ne sais pas si vous avez remarqué  mais de nombreuses femmes se plaignent d’avoir mal au ventre, ( je ne parle du mal au ventre des règles ), beaucoup plus souvent que les hommes. C’est un fait. Tapez sur google mal au ventre/ femmes, vous allez en apprendre de belles.

Mais que fait la médecine ?
De l’autre côté il y a les médecins. Nathalie fidèle à l’homéopathie va donc voir son homéopathe, qui ne l’ausculte même pas. Nathalie en est estomaquée et hop un petit choc en plus dans le ventre . Cassante, elle lui prescrit pour 100 €uros de petites gélules !
Au bout de 10 jours de gélules, le mal est toujours là . Nathalie se rend donc chez une allopathe qui l’examine, l’écoute, l’ausculte Elle lui prescrit des anti-douleurs et un scanner.
A la lecture du scanner, rien de grave, c’est une inflammation du colon, ça s’appelle des diverticulites. Nathalie va mieux, elle se sent rassurée. Elle téléphone à ses copines qui lui disent toutes la même chose : « t’es trop stressée, ça te tord les boyaux ». Mais elle a du mal à l’entendre. En plus elle n’aime pas prendre des médicaments. « Plutôt que de souffrir, prends carrément 10 spasfon et 5 débridat » lui conseillais-je pour rigoler, « ça ne va pas te tuer. » Dans mon for intérieur, en grande consommatrice que je suis, je me dis que les laboratoires pharmaceutiques qui vendent le spasfon et le débridat doivent être très, très riches.
Nathalie avale tout ces médicaments, ne mange plus rien et a encore mal. En plus tout ce qu’elle a avalé repart direct à l’extérieur et puis elle a aussi mal à la tête. Paniquée, elle retourne chez la généraliste qui l’envoie chez une chirurgienne digestive (sympa et jeune la chirurgienne) qui lui prescrit un médicament connu pour faire vomir ! La nuit suivante ça ne manque pas, elle vomit tout ce qu’elle n’a pas mangé… Affolée elle appelle SOS médecin. Elle revoie le lendemain la généraliste (et une dépense plus!) qui cette-fois ci la dirige vers les urgences de l’hôpital voisin !
A l’hôpital, elle attend 3 heures, au milieu des SDF alcoolisés et tombe sur une fort sympathique femme médecin qui l’examine, et lui demande si elle a vécu des stresses dans les semaines précédentes .. . : « je pense que vous n’avez pas grand chose mais revenez si vous continuez à souffrir. » Un médecin qui lui parle de sa tête , rarissime !!
Courageuse, notre héroïne prend son mal en patience (Nathalie n’est pas une petites chose fragile) ; mais comme elle a toujours les intestins enflammés , elle prend les paroles de l’urgentiste au pied de la lettre et retourne à l’hôpital.
Elle tombe cette fois sur un médecin qui lui reproche à mi-mots d’engorger les hôpitaux parisiens. « On m’a dit de revenir si j’avais encore mal  » se défend Nathalie. Les médecins n’avaient qu’à lui dire que ses douleurs pouvaient durer longtemps .
Et elle téléphone à ses copines, qui l’écoutent patiemment. « Ma pauvre, je sais, le ventre quand ça fait mal ça fait mal, j’en connais un rayon, » et nous voilà reparties. Chacune raconte son histoire de mal au ventre, moi rien que d’en parler, je sens mon colon se réveiller.
Nathalie se dit qu’elle doit être effectivement totalement déprimée et elle reprend rendez-vous, avec la remplaçante de sa généraliste ( on est en été, la généraliste est en vacances) qui lui prescrit des anti-dépresseurs , mais ceux-ci ne faisant pas bon ménage avec ses diverticules, ses boyaux se retordent.
Nathalie continue à faire des examens plus approfondis encore, mais elle n’a toujours qu’un inflammation. Je lui propose pour la distraire de réaliser une enquête pour nos lecteurs/lectrices: avez-vous souvent mal au ventre. Si oui, dans quelles circonstances ? Quelles en sont d’après vous les causes ? Les résultats seraient sûrement intéressants et pour le coup, je vous parie qu’on serait loin de l‘égalité femmes/ hommes. Question de génération et d’éducation.
Les hommes ont le plus souvent un ventre qui se tient à carreau, content de lui, car reconnu depuis toujours, un bon vieux colon qui ne contracte pas à la moindre occasion. Pour ça j’aimerais bien être un garçon. Enfin, non, je plaisante. Pas à ce point. Je crois plutôt que je vais créer une association : «libérons nos ventres » .
Les filles, elles, sont comme chacun-e sait, des êtres immatériels, des princesses sans intestins, dont les boyaux n’ont pas le droit de s’exprimer librement même dès l’enfance; alors elles somatisent, les émotions se cristallisent sur ce pauvre ventre qui a bien du boulot à assurer. Je vous parle ici de la contrariété de vivre en plus dans une société patriarcale.
J’avoue que, moi je fais partie du camp des Nathalie qui souffre depuis l’âge de 2 ans de ces problèmes là. Ça rapproche : « comment va ton ventre ? » dit-on maintenant pour se saluer.
Tiens voilà que j’ai mal au ventre. Je vous laisse, je vais avaler 4 spasfon, téléphoner à Nathalie et prendre rendez-vous chez le médecin, je sens que cette fois c’est grave.
 
Emmanuelle Barbaras 50-50

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