Articles récents « Education à la sexualité et prévention des comportements sexistes »: un projet pour changer les relations filles/garçons

Améliorer les relations filles-garçons, c’est possible. Des tensions existent, certes. Elèves comme adultes (équipes éducative et pédagogique) se plaignent des violences qui nuisent au bon déroulement des études et du « vivre ensemble » au sein des établissements scolaires. Néanmoins, des expérimentations sont conduites depuis quelques années pour apaiser en favorisant une culture de l’égalité. L’ADRIC, agence de développement des relations interculturelles pour la citoyenneté, a mené un projet départemental dans 10 collèges du Val d’Oise en 2014. Dominique Pages-Lavelle qui a coordonné le projet nous l’explique.

 

Qu’est-ce qui a motivé l’ADRIC à mener une action en direction des collégiens, un public plus jeune que ses publics habituels ?

En fait, l’ADRIC sensibilise depuis 2011 les jeunes dans ses différents projets sur le territoire national. Parmi les missions de l’association, celle de l’éducation à l’égalité des sexes par le biais de l’interculturalité est prioritaire et rejoint la préoccupation inscrite dans la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif. C’est pourquoi, elle a répondu à un marché public du département du Val d’Oise relatif aux comportements des filles et des garçons dans les collèges. Ce projet ciblait les élèves des classes de 3ème, classes de SEGPA comprises. Seuls 10 collèges pouvaient bénéficier de ce projet ; les collèges ont candidatés et 10 ont été sélectionnés. Le travail de l’ADRIC a porté sur 50 classes de 3ème en 2013-2014.

Comment s’est déroulé ce projet ?

Ce projet « Education à la sexualité et prévention des comportements sexistes », englobe plusieurs phases. Tout d’abord, le conseil général du Val d’Oise a réuni les référents des collèges sélectionnés et les associations engagées dans ce projet : l’ADRIC et l’IFAC- Institut de formation, d’animation et de conseil, pour favoriser un travail coopératif. Puis, chaque direction de collège et l’infirmière ont informé successivement, parents, enseignants et élèves. Et, sont intervenues les 2 associations l’ADRIC et l’IFAC, en collaboration avec les collèges, pour mettre en place leurs interventions.

L’intervention de l’ADRIC se passe sous la forme de sensibilisations de 2 heures par demi-classe mixte afin d’installer un climat de confiance pour favoriser l’échange. Parler de « choses tabou » comme disent les élèves n’est possible que dans un contexte paisible. Le principe de l’ADRIC est de permettre une parole libre par une méthode participative reposant sur le débat. Chaque formatrice dispose d’un panel d’outils pédagogiques qui interrogent sur les représentations, les relations filles-garçons afin de faire comprendre que les rapports sociaux de sexes ne sont pas figés. Les enseignants étaient invités à assister aux séances s’ils le souhaitaient. La plupart l’ont fait et n’ont pas regretté !

A la fin de l’intervention, chaque élève a rempli une fiche d’évaluation, en répondant à 2 questions : Cette séance vous a-t-elle intéressé-e, pourquoi ? Quels points importants avez-vous retenus, lesquels ? On sait bien que l’écrit peut poser une difficulté aussi, 2 questions sont suffisantes. D’autant plus, que les intervenantes ont remarqué que les jeunes très « bavards », l’étaient moins à l’écrit. Chaque intervenante a également rempli une fiche d’évaluation après chaque séance ; ces informations ont été utilisées pour la rédaction d’un bilan personnalisé destiné à chaque collège.

Faisant suite au passage de l’ADRIC, l’IFAC a reçu les mêmes groupes d’élèves pour évoquer « le sentiment amoureux ». Et, un atelier créatif mené par un-e enseignant-e du collège devait clore le processus.

L’objectif du projet est d’améliorer le « mieux vivre ensemble » dans les collèges.

Les sensibilisations ont-elles atteint cet objectif ?

Améliorer les relations entre filles et garçons satisfait au « mieux vivre ensemble » dans le collège et à la maison. Il favorise une meilleure ambiance de travail. Il serait présomptueux d’affirmer que les jeunes vont modifier leurs comportements, bien entendu. Mais à la lecture des commentaires dans les fiches d’évaluation et des retours faits par les élèves à leurs professeurs ou entre eux dans la cour de récréation, ils ne sont pas restés indifférents à ces débats.

Au cours des séances, menées de manière ludique, ils ont été interpellés sur leur façon de se voir les uns les autres, sur les représentations qu’ils se font les uns les autres. Ainsi, plusieurs d’entre eux, prennent conscience des violences verbales formulées à leurs camarades ou à leur entourage.

Certains jeunes, réalisent ce que signifient les insultes jetées à la figure d’une fille ou d’un garçon et ce que notifient ces mots employés si banalement et combien ils peuvent être blessants pour celle ou celui qui les reçoit. Ceux-là s’engagent à ne plus agir ainsi. D’autres, et c’est plus douloureux, réalisent qu’ils ou elles ont pu être ou sont victimes de violences sexuelles. Parce que l’écoute est respectueuse, jamais, une ou un élève ne s’est moqué-e ou a été violent-e avec un ou une autre élève. Il y a bien eu des vérités difficilement « entendables » pour certain-e-s comme la fille est l’égale du garçon, ou la fille a autant de droit qu’un garçon ; une tape sur les fesses n’est pas normale, un baiser forcé n’est pas anodin. Mais, dans l’ensemble, les élèves ont découvert, mis des mots sur des attitudes, et éclairci leur définition des concepts comme amour qui n’est pas de la pornographie, amitié, homosexualité, relation sexuelle non consentie qui est un viol ….

A vous entendre, les élèves et les enseignants semblent avoir apprécié ce projet. Comment peut-on pérenniser les acquis de cette expérience ?

Pour pérenniser ce projet, il serait bien d’y associer les parents car c’est par l’éducation que l’on transmet les valeurs, les comportements, les attitudes, mais aussi les préjugés, inconsciemment ; tout ce qui participe à la construction identitaire d’un enfant. Proposer des débats ouverts aux publics adultes des établissements scolaires et aux parents d’élèves, permettrait d’installer un langage commun entre adultes et jeunes. Les retours des sensibilisations par les élèves auprès de leurs parents ont soulevé des interrogations pour certains qui se sont inquiétés parce que mal informés sur ces questions d’égalité filles-garçons, femmes-hommes.

Par ailleurs, ce projet a permis de sensibiliser 1 170 jeunes de 3ème. Cette année, quelques lycées qui reçoivent ces élèves ont été associés à un dispositif du Conseil régional d’Ile-de-France qui s’appelle Jeunes pour l’égalité mené par l’ADRIC. Ainsi ceux-là, auront la chance de poursuivre leur formation à l’égalité fille-garçon sur des thèmes transversaux comme l’orientation scolaire et professionnelle, la laïcité, la liberté sexuelle et les violences sexistes et sexuelles.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp