Des ''cathos'' qui ont mauvais genre ! Anne Soupa : « le Comité de la jupe souhaite que les hommes d’Église ne portent plus de robe. »

Le comité de la jupe est une association fondée en 2009 par Christine Pedotti et Anne Soupa. C’est la phrase de Monseigneur André Vingt-trois : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, encore faut-il avoir quelque chose dans la tête », en réponse à une question sur le non-accès des femmes à des ministères liturgiques, qui avait déclenché l’ire des fondatrices.

Anne Soupa et Christine Pedotti ont porté plainte contre le premier personnage de l’Église de France devant le tribunal ecclésiastique de Paris. L’évêque s’est excusé parlant de « maladresse » de sa part, elles ont retiré leur plainte. Mais près de 500 personnes, femmes et hommes, laïcs, religieux et prêtres les ont alors rejoint-e-s.

Ni partir, ni se taire

Le comité de la jupe se prononce pour l’égalité femmes/hommes dans l’Église, il défend la place des femmes et des filles dans l’Église, et la liste des tâches interdites aux femmes est longue. «Il faut que l’Eglise arrête de faire semblant de mettre en avant les femmes. Notre mère l’Eglise glorifie Marie alors que par ailleurs les femmes n’ont aucun droit à la parole en son sein» explique Anne Soupa. Les membres du Comité de la jupe entendent bien rester dans l’Église, leur devise est «ni partir, ni se taire».

Le comité de la Jupe ne se déclare pas féministe bien que ses écrits et ses positions l’attestent. L’ennemi est bien le machisme, le machisme ecclésial. Ses responsables parlent de la peur ancestrale de l’Église envers la femme mais pour elles  il y a « des » femmes, et « des » hommes, « la » femme n’existe pas, pas plus que « l’homme ».

L’association s’intéresse aux questions de société, ainsi parlant de la loi sur l’abolition de la prostitution, Christine Pedotti explique « cette loi change l’équilibre des forces : là où le client insatisfait pouvait menacer la prostituée de la dénoncer, cette fois, c’est la prostituée qui est en situation d’accuser son client. Elle ne craint plus rien de la loi qui désormais la protège. Quant à la sacro-sainte liberté qui serait celle de vendre son corps, on peut quand même, sans passer pour une dame d’œuvre, se demander si tout doit devenir une marchandise, y compris nos corps. »

Le comité de la jupe ne revendique pas l’ordination des femmes. « Le job de prêtre est en crise et ce n’est pas le moment de le confier à des femmes. Et de toutes façons, les arguments de l’Église contre l’ordination des femmes sont pitoyables, c’est du fondamentalisme, c’est confondre la lettre et l’esprit » explique Anne Soupa présidente de l’association. L’Église veut tellement susciter de nouvelles vocations de prêtres qu’elle ne voit même plus qu’elle le fait en rejetant les femmes. Pourtant, cela fait plus de quatre vingt ans que les vocations diminuent, n’est-ce pas un signe suffisant pour tourner la page et confier la prêtrise à des laïcs, hommes et femmes ? »

Une des principales revendications du comité de la jupe est la prise de parole des femmes. Aujourd’hui celles-ci sont interdites de prédications, d’homélies.

Clin d’œil d’un pays voisin : le 10 septembre dernier, les Églises protestantes de Suisse organisaient un concours de prédications et ce sont trois femmes qui ont gagné !

L’association a établi une cartographie de l’exclusion c’est à dire des paroisses où les jeunes filles et les femmes sont exclues des fonctions liturgiques ouvertes aux laïcs comme le service de l’autel (enfants de chœur), la distribution de la communion et les lectures.  Ces exclusions sont le fait de prêtres appuyés le plus souvent par des familles traditionalistes. Le comité de la jupe a identifié 39 % des paroisses.
La théologienne Anne Soupa explique que l’ensemble de ces pratiques d’exclusion va à l’encontre du droit canonique.

Le machisme du Vatican

La plupart des évêques ne bougent pas face à ces fautes. Anne Soupa explique que les « tradis » dévient d’un christianisme bien compris en sacralisant des fonctions, ou des lieux, comme l’autel, dont ils veulent écarter les femmes. « L’Église est un lieu de respect mais n’est pas un lieu sacré. Les intégristes sont des païens »  assène t’elle « parce qu’ils sont adeptes d’un christianisme du pouvoir, du succès, de la visibilité. Ce sont des nostalgiques, les héritiers d’un rêve de chrétienté, et même parfois de l’action française pourtant condamnée par le Vatican. Ils flirtent avec l’extrême droite de l’échiquier politique. »

En février 2009, le Comité dénonce le Vatican qui ne bouge pas alors que la mère et les médecins d’une petite brésilienne de 9 ans, violée par son beau-père, enceinte de jumeaux et qui a avorté sont excommuniés ! Les mots d’Anne Soupa sont forts : « Que les évêques sortent de la chambre à coucher des gens. »

Jusqu’à l’apparition des mouvements féministes, le Vatican parlait peu des femmes, car la société était à l’image de ce que pensait l’Église. Pour le Comité de la jupe, le Vatican est plus « machiste » qu’avant et s’éloigne toujours davantage d’une société qui, elle, change. Le Vatican soutient que la vocation des femmes est d’aider les hommes par la maternité. Pour Anne Soupa cette idée est « monstrueuse de discrimination ».

Elle dénonce les propos de Jean-Paul II qui, se rendant en Afrique a maladroitement dit que le préservatif aggravait la situation sanitaire des populations touchées.
En matière d’anti féminisme, Benoit XVI a continué le travail de Jean-Paul II en lançant l’offensive sur la question du genre. « C’est le vieux combat de l’Église pour la maîtrise du corps des femmes » analyse Anne Soupa. « C’est également ce pape qui a souhaité réintégrer les évêques intégristes. Et elle craint que le pape François ne fasse rien pour les femmes,   » ce n’est pas sa priorité.  »

Elle rappelle que du 5 au 19 octobre, un synode sur la famille  rassemble, sous l’égide du pape, les présidents des conférences épiscopales du monde entier, les membres de la curie, des experts dont 4 femmes, auxquelles s’ajoutent 14 couples qui ont le statut d’auditeurs. Au total 253 participant-e-s dont 4 femmes ! Des hommes qui n’ont pas de famille vont ainsi parler de ce qu’ils ne connaissent pas et défendre une conception de la famille qui est loin d’être aujourd’hui la seule !

La présidente du Comité de la jupe explique qu’à chaque « affaire », des catholiques indigné-e-s les rejoignent.

 

Caroline Flepp 50-50

 

Photo; marche d’octobre 2009 à Paris.