Articles récents Campagne des cinéastes pour la régularisation des travailleur-se-s du 57 boulevard de Strasbourg

En juillet 2014, 50-50 avait suivi les luttes des travailleur-se-s sans papier du 10 ème arrondissement de Paris. Aujourd’hui un collectif de cinéastes se mobilise en soutien à 18 d’entre elles-eux qui sont jugé-es aujourd’hui et risquent de tout perdre. Ils ont réalisé un film et rédigé une pétition exigeant leur régularisation immédiate.

Texte de la pétition

« Jeudi 23 octobre, à 9h, les salariés du 57 Bd de Strasbourg passeront devant le tribunal de grande instance de Paris, où ils risquent fortement d’être expulsés du local qu’ils occupent. Quinze d’entre eux sont toujours « sans-papiers » mais étaient jusque-là protégés par leur grève. Ils seraient alors rejetés dans l’ombre et la clandestinité, et pourraient à tout moment être expulsés du territoire national.
Pour la plupart coiffeuses sans-papiers d’origines africaines, les 18 salariés du salon de coiffure du 57 Bd de Strasbourg, à Paris, étaient illégalement payés « à la tâche » pour 200 à 400 euros par mois, alors qu’ils travaillaient 6 jours sur 7, de 9h à 23h, dans des conditions de travail d’un autre temps.
Ils se sont mis en grève le 22 mai dernier et ont obtenu des contrats de travail sous la pression de la CGT. Mais le 8 juillet, leur employeur a procédé à un dépôt de bilan, conduisant les salariés à déposer une plainte le 6 août pour « traite d’êtres humains, travail dissimulé et faillite frauduleuse ». Depuis, ces salariés se relaient courageusement pour occuper leur lieu de travail, malgré les menaces et la peur des représailles.

Le 8 septembre 2014, le Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers » a pris sous sa protection les 18 grévistes du 57, Bd de Strasbourg et a alerté les Ministères de l’Intérieur, du Travail et de la Justice sur leur situation et les pressions intolérables qu’ils subissaient.
N’ayant obtenu aucune réponse des trois ministères concernés, le Collectif a décidé de réaliser un nouveau film, le 4e en 20 ans, et de lancer une campagne nationale de soutien aux 18 du 57 Bd de Strasbourg.

Contre la traite des êtres humains, au nom de la dignité humaine, un Etat de droit se doit de protéger tous ceux qui travaillent sur son territoire.

Appel à la régularisation immédiate des grévistes du 57.

Le collectif lance une pétition

 

Article de juillet 2014 :

Une lutte atypique de chinoises et d’africaines sans-papiers au 57 boulevard de Strasbourg

 

Les quartiers Château d’eau, Strasbourg Saint Denis sont des zones de non-droit connues de tou-te-s. En février dernier des Chinoises entament une grève, elles seront rejointes par des Africaines. Trois mois plus tard ce sont d’autres Chinoises et Africaines qui, à leur tour, décident d’arrêter le travail.

Début février 2014, cinq femmes et un homme de nationalité chinoise travaillant dans un établissement de coiffure/manucure du 50 boulevard de Strasbourg à Paris entament une grève, fait rarissime. Sans papier, sans contrat de travail, elles-il travaillent pratiquement sept jours sur sept, dans des conditions sanitaires déplorables (solvants très agressifs, aucune aération …), avec des horaires extensibles et des « salaires » payés selon le bon vouloir du patron. Depuis le début du mois de décembre 2013, les employé-e-s n’ont touché aucun salaire et avancent même l’argent pour payer les fournitures. Fin janvier, le gérant de la boutique disparaît.

Au bout de trois jours d’arrêt de travail, elles se tournent vers la CGT conscientes que seules elles ne pourront aller jusqu’au bout . « On n’avait jamais vu ça ! Des Chinois-e-s sans papier, sans contrat de travail, faire grève», s’exclame Pascale Heurteux, secrétaire générale de l’Union Locale CGT du 10ème arrondissement de Paris qui les suit depuis le début de leur lutte.
Commence alors une occupation des locaux qui durera près de trois mois, de jour comme de nuit. Militant-e-s de la CGT, du PCF 10ème, de Femmes Egalité… et employé-e-s se relaient. Le propriétaire des murs qui ne reçoit plus ses loyers les menace d’expulsion.

La dizaine de femmes africaines qui travaillent dans le même établissement, ayant pour quelques unes vécues en 2010 le traumatisme d’une descente de police suivie d’une garde à vue, ne suit pas le mouvement, sauf pour deux d’entre elles qui les rejoignent une semaine après le début de l’occupation.

Dès la mi-février le salon est ré-ouvert. Il sera autogéré pendant les trois mois d’occupation, l’argent gagné versé à une caisse de grève.

La CGT aide les employé-e-s dans leurs démarches de constitution des dossiers de régularisation. Pascale Heurteux, dans son petit bureau encombré de la bourse du travail, reçoit longuement chaque travailleuse et travailleur afin de faire le point sur son dossier pour ensuite accompagner chacun-e à la Préfecture.

 

photo (5)Pascale Heurteux avec des travailleuses chinoises.

A l’issue des trois mois d’occupation, le salon est alors fermé, le propriétaire récupérant le fond. Les cinq chinois-e-s et les deux africaines sont régularisé-e-s et retrouvent du travail.

Puis le 22 mai dernier, les salarié-e-s d’un établissement proche, situé au 57 boulevard de Strasbourg, qui avaient suivi attentivement le mouvement appellent au secours la CGT. Il s’agit de vingt personnes dont certaines coiffeuses qui avaient fui le 50. Leurs problèmes sont quasiment similaires. L’ex gérant leur doit des mois d’arriérés de salaire. La boutique est également occupée de jour comme de nuit. Le propriétaire du fond de commerce qui a repris la main sur la boutique appelle la police en renfort. Mais celle-ci informée par la CGT qu’il s’agit d’un conflit du travail se retire, première victoire.

Très rapidement, la CGT fait intervenir l’inspection du travail qui réagit dans les heures qui suivent. Chaque salariée a enfin un contrat de travail, des fiches de paie rétroactives, les déclarations CERFA et URSSAF sont remplis et signés par l’employeur. Les salaires dus sont payés ! Reste la question de la régularisation.

Pour Pascale Heurteux, ce dossier est encore plus politique que le précédent. La CGT attend toutes les régularisations comme un signe politique fort. La préfecture et le ministère de l’Intérieur vont-ils reconnaître qu’il y a un vrai problème de travail au noir dans ce quartier de Paris ?

« Avant d’être des sans papier, ce sont des travailleuses ! »

Des convocations arrivent pour celles qui sont là depuis le plus longtemps, ce sont les dossiers les plus simples pour la responsable de l’UL CGT qui poursuit son travail d’accompagnement et de réconfort avec constance.

Mais la CGT veut aller encore plus loin. Sur proposition du syndicat, une réunion est organisée le 26 juin dernier par le maire du 10 ème arrondissement, Rémy Féraud avec le président de l’ASBACE (Association des salons de beauté Afro coiffure du Château d’Eau). L’objectif de la CGT est d’en finir avec le travail non déclaré dans le quartier et d’élargir le débat à tout le département. Sur Paris, il y a plus d’une centaine de salons de coiffure et ongleries qui emploient près de 1500 personnes.
En France le travail au noir représenterait 10,8 % du PIB !

« Nous voulons une modification du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et du code du travail pour des régularisations de plein droit avec un titre de séjour unique, stable et renouvelable » explique Patrick Picard, secrétaire général de l’union départementale CGT de Paris. Aujourd’hui la circulaire Valls qui reste très restrictive impose une résidence de cinq ans en France pour l’obtention d’un titre de séjour et de toucher à minima le SMIG.

« Avant d’être des sans papier, ce sont des travailleuses »martèle le responsable de la CGT.

Une manifestation est organisée aujourd’hui sur les grands boulevards. Les tracts ont été rédigé en français, anglais et chinois.

Une lutte exemplaire !

Caroline Flepp 50-50

Article publié le 4 juillet 2014, actualisé le 23 octobre 2014

Premiers signataires de la pétition :

Lionel Abelanski, Mona Achache, Mathieu Amalric, Michel Andrieu, Stéphane Arnoux, Cynthia Arra, Myriam Aziza, Josiane Balasko, Jeanne Balibar, Tina Baz, Frank Beauvais, Fadila Belkebla, Grégoir Bénabent, Rahma Benhamou El Madani, Luc Béraud, Diane Bertrand, Julie Bertuccelli, Martin Bidou, Simone Bitton, Dominique Blanc, Nicolas Bouaziz, Laurent Bouhnik, Stéphane Brizé, Isabelle Broué, Bénédicte Brunet, Mikaël Buch, Yvan Calberac, Robin Campillo, Sonia Cantalapiedra, Laurent Cantet, Jean-Michel Carré, Judith Chemla, Laurent Chevallier, Malik Chibane, Patrick Chiha, François Chilowicz, Hélier Cisterne, Jean-Paul Civeyrac, François Cluzet, Clément Cogitore, Jean-Louis Comolli, Antony Cordier, Catherine Corsini, Costa-Gavras, Anna Da Palma, Marie de Laubier, Émilie Deleuze, Antoine Desrosières, Mati Diop, Marie Donnio, Christine Dory, Ariane Doublet, Karim Dridi, Bernard Dubois, Marie Dumora, Jean-Pierre Duret, Nadia El Fani, Nicolas Engel, Philomène Esposito, Abbas Fahdel, Frédéric Farrucci, Léa Fehner, Pascale Ferran, Emmanuel Finkiel, Stéphane Foenkinos, Marina Foïs, Dan Franck, Isabelle Gely, Denis Gheerbrant, Khaled Ghorbal, Thomas Gilou, Elise Girard, Stéphanie Girerd, Gabriel Gonnet,Yann Gonzalez, Romain Goupil, Tom Harari, Esther Hoffenberg, Jean-Pierre Igoux, Daniel Jaeggi, Agnès Jaoui, Stéphanie Kalfon, Sam Karmann, Marthe Keller,Yannick Kergoat, Cédric Klapish, Héléna Klotz, Gérard Krawczyk, Philippe Laïk, Claude Lanzmann, Clara Laperrousaz, Eric Lartigau, Yann Le Gal, Philippe Le Guay, Louis-Do de Lencquesaing, Sarah Léonor, Didier Le Pêcheur, Serge Le Péron, Pierre Oscar Levy, Sébastien Lifshitz, Julie Lopes Curval, Olivier Lorelle, S. Louis, Tony Marshall, Patricia Mazuy, Driss Meddens, Bania Medjbar, Ursula Meier, Agnès Merlet, Benjamin Mirguet, Dominik Moll, Jean-Marc Moutout, Stéphanie Murat, Charles Najman, Anna Novion, Valérie Osouf, Mariana Otero, Christophe Otzenberger, François Ozon, Thierry de Peretti, Monique Pérez, Laurence Petit-Jouvet, Nicolas Philibert, Gilles Porte, Manuel Pradal, Joana Preiss, Martin Provost, Katell Quillévéré, Alain Raoust, Sandrine Ray, Michèle Ray-Gavras, Aurélien Recoing, Chantal Richard, Sandrine Rinaldi, Jane Roger, Bruno Rolland, Brigitte Roüan, Christophe Ruggia, Mahamat Saleh Haroun, Céline Sallette, Matthieu Salmon, Pierre Salvadori, Lucia Sanchez, Céline Sciamma, Dorothée Sebbagh, Olivier Sigaut, Claire Simon, Abderrahmane Sissako, Jan Sitta, Patrick Sobelman, Carine Tardieu, Bertrand Tavernier, Nils Tavernier, Pascal Tessaud, Pascal Thomas, Marie-Claude Treilhou, Marie Vermillard, Marion Vernoux, Karin Viard, Frédéric Videau, Régis Warnier, Rebecca Zlotowski, Erick Zonca…