Articles récents L’hommage d’une travailleuse sociale de Solidarité Femmes à une femme assassinée par son mari

Le 2 octobre dernier, une femme a été assassiné par son mari d’une trentaine de coups de couteau. Elsa, travailleuse sociale à Solidarité Femmes de Besançon, qui accompagnait cette femme, a publié le texte suivant, écrit dans l’émotion.

Tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint
Aujourd’hui est un de ces jours
un jour une femme est venue pour dire stop
tous les jours depuis 20 ans elle subissait la violence de son mari
aujourd’hui cette femme a été tuée
tuée par son mari,
tuée par le père de ses 4 enfants,
tuée par la barbarie d’un homme qui se croit tout-puissant,
parce que légitimé par toutes les violences faites aux femmes qui restent impunies,
parce que légitimé par les stéréotypes qui disent la femme faible, tendre, dominée et l’homme fort, viril, dominant
parce que légitimé par le temps des administrations qui n’est pas le temps de l’urgence
aujourd’hui cette mère a été tuée
elle qui me disait vouloir juste la tranquillité pour ses enfants pour qu’ils réussissent leur vie
aujourd’hui sa fille s’est effondrée « elle est morte, il l’a tuée »
cette fille qui me disait avoir peur de trouver un jour sa mère morte tuée par la violence de son père
cette fille qui, ce matin, a vu son pire cauchemar se réaliser
tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint
aujourd’hui est un de ces jours
aujourd’hui une femme a été tuée par la violence de son mari
tuée par la violence du père de ses enfants
et c’est toutes les femmes qui sous ses coups meurent un peu
aujourd’hui j’ai mal pour elle, pour elleS,
aujourd’hui je suis en colère,
en rage contre cette violence,
en rage contre cette domination,
en rage contre mon incapacité à avoir pu faire plus pour l’aider,
en rage contre mon incapacité à stopper cette violence,
un jour une femme a voulu dire stop
aujourd’hui cette femme est morte,
elle n’a plus de voix pour dire stop
alors je dis STOP à cette violence pour elle, pour elleS
alors je continue encore plus fort,
alors nous continuons encore plus fort pour que cette violence ne tue pas à nouveau
Tous les deux jours une femme meurt sous les coups de son conjoint
Aujourd’hui est un de ces jours
A vous Madame A.

Elsa, travailleuse sociale, Solidarité Femmes

Vingt ans de violences

Cette femme Elsa l’a rencontré à la fin de l’été 2014. Elle était épuisée des violences reçues de son mari avec qui elle était mariée depuis trente ans, violences qui ont commencé dès les premiers jours de leur mariage. Une femme abîmée physiquement et psychologiquement.

A bout, elle voulait la tranquillité pour ses quatre enfants qui font tou-te-s des études poussées. Elle se sentait de plus en plus en danger avec l’envie d’en finir avec les souffrances. Elle avait déjà entamé des démarches en 2000, elle était partie puis revenue.
A l’été 2014, elle reprend des démarches, dépose plainte, recherche un appartement.

Un mois et demi plus tard, son mari l’assassine.

En garde à vue, le meurtrier explique qu’il a tué sa femme parce qu’elle l’avait «provoqué» et «insulté».

 

Caroline Flepp 50-50