Articles récents Un appel de parlementaires pour l’abolition de la prostitution

Le Mouvement du Nid, la Fondation Scelles et la Coalition pour l’Abolition de la Prostitution (CAP international), organisaient le 1er congrès abolitionniste international les 12 et 13 novembre 2014 à Paris. Le thème en était : «Prostitution et traite des êtres humaines dans le monde : une exploitation des plus vulnérables.» A cette occasion, des parlementaires de France, d’Irlande, du Royaume Uni, du Canada et du Portugal ont lancé un appel.

Parmi les intervenant-e-s du congrès, il y avait des survivantes de la prostitution, de France mais également du Canada, d’Inde et du Danemark, des représentantes de syndicats, des ONG d’Irlande, d’Inde, de Chypre, du Canada, des USA, du Royaume Uni, d’Israël et du Portugal, des parlementaires et la Secrétaire d’État aux Droits des femmes, Pascale Boistard.

Les intervenant-e-s ont martelé que la prostitution est la plus vieille oppression du monde, qu’il s’agit d’une exploitation des personnes les plus vulnérables et qu’elle n’est surtout pas «un travail du sexe».

La terrible réalité du système prostitutionnel

Des chiffres, des réalités terribles sur le système prostitutionnel ont été présentés.

Il y a aujourd’hui 22 millions de personnes prostituées dans le monde dont un quart d’enfants.
En France, il y avait en France en 1990, 20% de femmes prostituées d’origine étrangère, aujourd’hui, elles sont 90% !
Dans de nombreux pays d’Europe, les plus exploitées viennent de la minorité rom: 50 à 80% en Bulgarie, 60% en Slovaquie. En Inde, 60% des personnes victimes de la prostitution sont issues de milieux défavorisés, le plus souvent des castes inférieures. Au Canada, les femmes autochtones, qui représentent 4 % de la population féminine, représentent de 50 à 70% des femmes prostituées. L’âge moyen d’entrée dans la prostitution aux USA est 12-13 ans…

Il est à remarquer que le seul syndicat en Amérique du Nord qui ait pris position en faveur de l’abolition est la Confédération des Syndicats Nationaux (CNS) du Canada et que la CGT est le seul syndicat français abolitionniste.

L’appel du 13 novembre

L’ appel initié par sept parlementaires sera envoyé au Secrétaire Général des Nations-Unies. En parallèle, une demande de rendez-vous sera adressée à la nouvelle commissaire européenne en charge des politiques d’égalité des genres, Vera Jourova.

Les parlementaires souhaitent la création d’un fort mouvement international de législateur-e-s? car pour elles-eux il est nécessaire de légiférer pour faire avancer la question de l’abolition de la prostitution.

Ce mouvement a pour objectif de sensibiliser les opinions publiques et les gouvernements nationaux, régionaux et locaux sur ce qu’ils appellent «l’idéal abolitionniste et humaniste» adopté par l’ONU en 1949.

En toile de fond, il y a en France la proposition de loi abolitionniste qui a été adopté à l’Assemblée Nationale le 4 décembre 2013 à la majorité absolue. Le 8 juillet dernier la commission spéciale du Sénat a supprimé la disposition la plus polémique du projet portant sur le pénalisation des clients. Malgré  la demande de 200 élus, la proposition de loi best toujours pas à l’agenda du Sénat. Sans doute pas une priorité  pour la chambre haute!

Appel du 13 novembre :
c’est par la loi qu’avancera l’abolition de la prostitution

1-    La prostitution est une violence.

2-    Qui touche en particulier les personnes les plus vulnérables.

3-    Elle est un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes.

4-    Elle est majoritairement le fait de réseaux mafieux et de la traite des êtres humains.

5-    Le seul modèle ayant fait ses preuves, est le modèle abolitionniste, qui vise à réduire la prostitution et à permettre aux personnes prostituées d’en sortir.

6-    L’ambition de ce modèle n’est pas seulement de réduire la prostitution sur son territoire. La seule action efficace est une action concertée et conjuguée au niveau régionale voire internationale.

7-    Pour ces raisons, nous, parlementaires de différents pays, demandons une harmonisation des législations nationales et des politiques publiques pour l’abolition de la prostitution, c’est-à-dire : lutter résolument et systématiquement contre le proxénétisme et la traite des êtres humains ;
dépénaliser ou décriminaliser les personnes prostituées ; renforcer les droits des victimes de proxénétisme et de traite, et accompagner les personnes souhaitant sortir de la prostitution ; responsabiliser les clients et interdire l’achat d’actes sexuels ; interdire toute forme de publicité directe ou indirecte d’offres de services sexuels ; mettre en place des politiques d’éducation à la sexualité et de prévention de la prostitution ; promouvoir les recherches sur la prostitution et la traite des êtres humains ainsi qu’une harmonisation des systèmes de collecte des données.

8-    Nous, parlementaires de différents pays, créons un réseau international et appelons la mobilisation et l’implication de nos gouvernements, des instances régionales, internationales et notamment de l’ONU, pour l’abolition de la prostitution. Nous nous engageons à alerter les opinions publiques des réalités du système prostitutionnel.

Maud Olivier, députée de l’Essonne, rapporteure de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel – France

Catherine Coutelle, députée de la Vienne, présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale – France

Guy Geoffroy, député de Seine-et-Marne, président de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale sur la lutte contre le système prostitutionnel – France

Ivana Bacik, sénatrice, membre du Comité Justice, défense et égalité – Irlande

José Mendes Bota, député, AP-Conseil de l’Europe, rapporteur général sur les violences faites aux femmes – Portugal

Maria Mourani, députée fédérale d’Ahuntsic, Québec – Canada

Gavin Shuker, Member of Parliament, président du Groupe du groupe de travail transpartisan sur la prostitution – Royaume-Uni

 

Caroline Flepp 50-50