Articles récents Femmes et foot sous loi islamiste : vrais réacs et faux réformateurs.

La Confédération Asiatique de Football (AFC), par la voix de son secrétaire général, Dato’ Alex Soosay, a déclaré que son organisation était «heureuse» de respecter les lois iraniennes interdisant aux femmes d’assister aux matchs de football (masculin) dans les stades. Appréciation qui s’applique tout autant aux lois d’Arabie Saoudite dont la fédération nationale est également membre de l’AFC.

L’incroyable déclaration de Dato’ Alex Soosay faisait suite au message adressé par le responsable de la Fédération iranienne, Ali Akbar Mohamedzade, qui enjoignait son équipe nationale engagée dans la Coupe d’Asie 2015 de ne pas prendre «de selfies avec des supportrices iraniennes». La compétition se déroulait en Australie en janvier dernier.

«Nous avons l’esprit très large!» s’est exclamé le secrétaire général de l’AFC, apparemment totalement inconscient de la portée de ses propos, ajoutant à titre d’explication : «En Australie il y a une importante communauté Iranienne, et on ne peut empêcher les femmes (de la diaspora iranienne) d’entrer dans les stades, car là-bas il n’y a pas de restriction, tandis qu’en Iran il y en a».

Encore heureux !

Il faut dire que l’AFC regroupe, sous l’égide de la FIFA, les fédérations de football du continent asiatique, implantées dans des pays aux régimes aussi divers que ceux d’Australie, de Chine, de la République islamique d’Iran et d’Arabie Saoudite…

On aurait pu cependant s’attendre de la part de l’AFC à un peu plus d’esprit critique et de respect des principes éthiques du sport.

«En faisant cela, l’AFC confirme que les politiques adoptées par cette organisation asiatique tout autant que par la FIFA, apportent un soutien effectif aux régimes autocratiques et anti-démocratiques, au Moyen Orient et en Afrique du Nord», commente avec fatalisme le spécialiste du football au Moyen Orient, James Dorsey, sur son blog.

Les ambiguïtés des «réformateurs».

Certain-e-s optimistes, dont nous ne sommes pas, se raccrochent à un espoir : l’action des réformateurs, avec à leur tête le prince jordanien Ali Bin Al Hussein, vice-président de la FIFA, président du Projet de Développement du Football et depuis peu, candidat à la présidence de la FIFA.

En 2013, les fédérations de football de l’Asie de l’Ouest (WAFF), implantées dans les pays asiatiques les plus conservateurs, ceux du Moyen Orient, lançaient une campagne en faveur du football féminin. L’annonce était faite en conclusion d’un séminaire de deux jours dans la capitale jordanienne auquel participaient des représentants des Nations Unies, de l’UEFA (1), de l’AFC, et des associations anglaises de Football.

Le séminaire était présidé par le prince Ali Bin Al Hussein. Son argument pour contrer l’opposition des factions les plus conservatrices des sociétés du Moyen Orient était que « le football féminin ne remet pas en cause les valeurs culturelles et traditionnelles« .

Le prince Ali Ali Bin Al Hussein est celui-là même qui avait convaincu en 2012 la FIFA de bafouer les principes fondamentaux de neutralité et de non-discrimination inscrits dans les règlements sportifs, en autorisant le port d’un costume «islamiquement correct» pour les footballeuses musulmanes. Histoire de ne pas contrevenir aux diktats religieux, rebaptisés «culturels» pour l’occasion.

Ces compromis vident le sport de sa valeur émancipatrice et sont discriminatoires à l’égard des musulmanes.

En outre, ils n’ont pas conduit les pays les plus conservateurs à assouplir leur position à l’égard du sport féminin, aucune sanction n’ayant été prise à l’encontre de ceux qui interdisent la présence des femmes dans les stades (Iran et Arabie Saoudite) et/ou de ceux qui entravent systématiquement ou même interdisent la pratique sportive féminine.

Annie Sugier, 50/50 Magazine

1 : Union Européenne des Associations de Football