Articles récents CSW : Dites, Femmes Solidaires, ça ressemble à quoi une réunion à l’ONU sur les droits des femmes ?

Du 9 au 20 mars, la 59e session de la Commission de la «condition de la femme» (CSW59) s’est tenue à New York. Des représentant-e-s des États, de différents organismes des Nations Unies et des ONG se retrouvaient pour faire le bilan de l’avancée des droits des femmes, 20 ans après la conférence de Pékin (Beijing+20). Sabine Salmon, présidente de Femmes Solidaires, faisait partie de la délégation française.

 

Quelle est votre opinion sur les positions de la France lors cette commission ?

La France a organisé trois événements officiels, dont deux sur des sujets sensibles : l’un sur les intégrismes religieux contre les droits des femmes, à l’occasion duquel Pascale Boistard a réaffirmé la supériorité de la loi républicaine sur la loi religieuse.

Le deuxième événement portait sur l’éducation à la sexualité et les droits reproductifs.

Un troisième événement plus consensuel portait sur les femmes et les enjeux climatiques. C’est une priorité à venir pour le mouvement féministe. Un premier texte avait été adopté en ce sens à Genève dans le cadre de l’ONU (1).

Un quatrième événement non-officiel sur l’abolition de la prostitution, organisé par la Coordination Abolition Prostitution, a été introduit par Pascale Boistard. La France est très attendue sur ce sujet.

Pascale Boistard a été la première femme à ouvrir une CSW en tant que présidente du Conseil de Sécurité, parce que la France présidait pendant tout le mois de mars le Conseil de Sécurité de l’ONU(1). La secrétaire d’État a fait un bon discours.

Cliquez ici pour regarder l’ntervention inaugurale de Pascale Boistard sur le site de l’ONU

Pour vous, quelle est l’utilité de ces conférences ?

Le processus de négociation diplomatique a changé à l’occasion de cette 59ème session de la CSW. Auparavant, le texte de la déclaration finale était adopté à l’issue des deux semaines de débats et d’événements. Les sessions étaient alors l’occasion de faire pression sur les diplomates pour peser sur la déclaration finale.

Désormais, ce n’est plus le cas : le texte final est adopté au début de la réunion de la CSW, comme base de discussion pour deux semaines. C’est pour cela que nous avons eu un texte tiède, une déclaration à minima. Les négociations se font en amont de la conférence, entre les États. On perd donc deux semaines de lobbying. Si les mouvements féministes veulent peser au niveau international, elles ne peuvent maintenant que s’adresser à leur propre gouvernement en amont. Pour les Françaises, ce n’est pas un problème énorme, mais qu’en est-il dans les États non démocratiques ?

Aller à la CSW n’est pourtant pas dénué d’intérêt : cela permet de faire du lien entre les féministes du monde entier pour organiser des mobilisations transnationales, de voir où en sont les luttes et les sujets mis en avant dans chaque pays.

Ces rencontres avec les ONG peuvent se faire sur des questions en particulier : le mouvement abolitionniste (pour l’abolition de la prostitution via la pénalisation du client prostitueur) était présent à la CSW59, comme en témoignent de nombreux événements parallèles organisés sur la question.

Deux semaines de proximité entre des représentant-e-s de l’État et des associations permettent aussi de faire passer des revendications.

Les religions sont-elle présentes à l’ONU ?

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’y a pas que des associations en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes qui sont accréditées par l’ONU. Au contraire, c’est une occasion de maintenir les rapports de force entre mouvements féministes et ceux dits «familiaristes», en l’occurrence, des lobbys religieux, abondamment financés et très bien organisés au niveau international qui sont présents, parfois de façon permanente à New York.

Cela complique les négociations, d’autant que le Vatican dispose d’un siège d’État observateur à l’ONU (relire la chronique d’Annie Sugier). Le Saint-siège s’est d’ailleurs allié à la Conférence Islamique, contre le droit à l’IVG et contre l’accès à la contraception. Nous avons également constaté la présence de mouvements de juifs orthodoxes.

Tous ces paramètres nous ont conforté dans notre volonté de développer le Réseau International Féministe et Laïque (lire notre article sur le RIFL).

Propos recueillis par Guillaume Hubert, 50-50 Magazine

1 Le Conseil de sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres permanents : Chine, États-Unis d’Amérique, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni, et 10 membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans.

2 « Les négociations sur le climat à l’ONU valident le lien entre genre et changement climatique », (lien en anglais) http://www.ipsnews.net/2015/02/u-n-climate-talks-further-link-between-gender-and-climate-change/.