Contraception masculine : encore un effort messieurs ! « La contraception masculine: la meilleure manière de la connaître, c’était de l’essayer »

TÉMOIGNAGE

A 30 ans, (nous en avons aujourd’hui 59), ma femme et moi aurions eu bien besoin de contraception masculine. Pilule, stérilets ne nous convenaient pas. Alors, nous avons utilisé d’autres méthodes, diaphragme, spermicide, ce qui s’est soldé par un avortement…

A cette époque, pour tout notre entourage, la contraception masculine n’existait pas. Pour les généralistes, gynéco, aussi c’était «une expérimentation». Je m’aperçois que rien n’a changé. Je dois avouer que je leur en veux un peu.

Nous sommes une famille à sensibilité très féministe. Il y a deux ans, j’ai proposé à des hommes de mon entourage de nous rencontrer en non mixité pour trouver des voies d’actions féministes. Et puis j’ai proposé à des amies féministes de construire un groupe féministe mixte. Une amie nous a fait connaître un documentaire, « Vadé retro spermato » qui venait de sortir sur l’histoire d’un groupe de paroles d’hommes qui avaient mis en place pas une mais deux méthodes de contraception masculine pour eux une hormonale, une thermique. Et que ça marchait. J’ai pu voir ce film, et là j’ai été troublé par les constats suivants :

– la contraception masculine existe en dehors du préservatif!

– elle fonctionnait déjà lorsqu’à 30 ans, nous en aurions eu besoin!

J’ai commencé à en parler autour de moi. J’ai appelé le planning familial du Finistère : cela tombait bien, le groupe féministe qui avait pris corps localement souhaitait mettre en place une antenne à Concarneau. Personne au planning du Finistère ne savait grand chose, à part qu’il y avait eu un communiqué commun planning familial/ARDECOM en 2013.

Et puis, l’idée que les hommes assument leur contraception colle parfaitement avec ces idées :

– les hommes et les femmes doivent partager les responsabilités.

– les hommes ont tout intérêt à se regarder autrement, à se prendre en charge, à sortir de la logique de leur propre soumission au groupe des hommes oppresseurs, cette soumission aboutie consistant à être actif dans les actes de domination/oppression vis à vis des femmes et vis à vis d’hommes qui voudraient s’extraire des actes de domination.

A partir de ce moment là, ma décision était d’aller voir ce qu’il en était réellement de la contraception masculine. Et il m’a semblé que la meilleure manière de la connaître, c’était de l’essayer pour moi. Ma femme me soutenait. J’ai d’abord essayé de prendre rendez vous avec le centre de planification : refus d’un simple rendez-vous sauf s’il s’agissait de vasectomie. Le centre de planification ne reçoit que des jeunes.

Ensuite, j’ai pris rendez vous avec notre gynécologue de famille : il m’a reçu, connaissait en parti les méthodes, avait été actif sur la vasectomie lorsqu’elle était encore interdite, mais n’avait pas de temps actuellement : il y avait assez à faire avec la contraception féminine…

Les voies locales étaient fermées.

C’est avec ARDECOM et le livre « la contraception masculine » de Roger Mieusset et Jean Claude Soufir que ça c’est débloqué. J’ai écrit aux auteurs en leur demandant s’ils pouvaient me suivre, ils ont accepté : comme j’ai choisi la méthode thermique, c’est avec Roger Mieusset (du CHU de Toulouse) que je suis entré en relation. Il m’a transmis le guide de la contraception masculine qu’il avait écrit avec Soufir, m’a donné quelques conseils sur la démarche, et m’a suivi.

Les médecins sont englués dans un contexte de domination masculine

J’ai fait un examen clinique avec un généraliste en suivant les recommandations du guide pratique. J’ai pris contact avec un labo d’analyse pour faire un premier spermogramme.

Il fallait donc que je trouve un RCT, alias le « remonte couilles toulousain», slip qui maintient les testicules contre le corps, à l’entrée des cavités inguinales.

Je suis allé voir mon généraliste, un copain. Il enseigne la contraception à la Fac de médecine de Brest. Sa toute première réaction a été de dire qu’il n’y a plus de problème de contraception en France, et que ces contraceptions masculines, à part la vasectomie, n’avaient aucun intérêt ! En fait, j’ai rencontré cette réaction chez tous les médecins que j’ai rencontré. Je pense sincèrement qu’ils sont englués dans un contexte de domination masculine et de peur de perte de pouvoir des médecins. Nous nous sommes un peu accrochés, mais il a bien voulu me faire l’examen clinique que je lui demandais, et me faire une ordonnance pour un spermogramme de référence : en effet, j’étais peut-être déjà stérile ! Il a aussi accepté de recevoir des infos ARDECOM et sur la contraception masculine pour ses étudiant-e-s en médecine, mais je ne sais pas ce qu’il en a fait…

Je suis donc allé un matin tôt au labo. Se masturber en allant au boulot, à 8 h du matin dans un local de labo, c’est un peu refroidissant. Les femmes ont l’habitude d’être confrontées à une médicalisation de leur sexe tôt dans leur vie et tout au long de leur vie. C’est bien de partager ces tracas, qui restent légers pour les hommes, et je ne vis plus mon sexe comme avant. C’est comme si il y avait un rééquilibrage dans ma perception entre le pénis, les testicules, le scrotum, et les spermatozoïdes… Et évidemment j’apprends des trucs (ou je me les remets en mémoire).

Bon, me voilà avec un spermogramme normal, confirmé par Roger Mieusset. Il ne me manquait plus que le RCT. La couturière de Mieusset, avec 20 ans d’expériences de RCT n’était pas disponible. Il fallait donc essayer avec des images glanées sur le film «vade retro spermato»  et maintenant, vous pouvez aller sur le site d’ARDECOM.

Fin décembre 2014, j’ai pris un slip, j’ai décousu une ouverture pour passer le pénis et le scrotum, j’ai refait deux points de couture et j’ai essayé de le porter. L’emplacement de l’orifice a été facile à trouver, ensuite, j’ai tâtonné un peu sur la taille : trop petit, j’étais mal à l’aise, j’avais des échauffements irritants au scrotum et désagréables, trop grand, mes testicules ne restaient pas contre mon corps mais ressortaient dans le scrotum. Et puis les fils de la couture parfois m’irritaient le scrotum.

J’ai rapidement trouvé la taille idéale, et cousu le haut d’une chaussette autour de l’orifice pour améliorer le confort : impeccable. Plus d’irritations, aucun malaise au niveau des testicules ou du pénis. Aucune douleur. Juste la sensation que procure un vêtement ajusté. Ça a même un côté plaisant. Au début, je vérifiais que mes testicules n’étaient pas ressorties. Maintenant, ça marche sans problème et je ne vérifie même plus. Je précise que je porte un second slip sur le RCT.

Il y avait l’interrogation de l’intégration à mon rythme de vie : 13 à 15 heures de port journalier sont préconisées et je pense que pour que se soit utilisable dans la durée, il faut que ce soit le moins possible une contrainte.

Une méthode étonnante de facilité

Le spermogramme que j’ai fait après 50 jours d’utilisation (et le suivant à 115 jours) montraient que j’étais contracepté : 1,5 millions de spermatozoïde totaux au ml, et seulement 300 000 mobiles : la norme OMS de contraception est 3 millions mobiles au ml.

Ça marche pour moi. C’est même étonnant de facilité ! Même avec un slip bricolé, sans renforts élastiques. Je bénéficie peut-être de mon âge, et je suis peut-être parmi les 40% d’hommes à avoir des testicules qui remontent facilement. Le corps médical continue de faire bloc sans connaître le système, en ignorant (volontairement?!) les pratiques qui marchent. Même la vasectomie n’est pas du tout promue. Je crois qu’on peut dire que les hommes et les femmes peuvent avoir les boules de cette situation…

Il vaut mieux être très autonome si on souhaite se contracepter actuellement, mais aussi essayer de ne pas rester seul. Les membres d’ARDECOM sont venus nous voir lors d’un festival féministe (Clitor’ik à Tregunc). Ça fait du bien ! J’ai évidemment adhéré ! Un réseau local autour des diverses contraceptions masculines est en train de voir le jour. Une autre action plus institutionnelle essaye de voir le jour grâce à la chargée de mission à l’égalité et aux droits des femmes du Finistère. Mais pour l’instant, les freins de certain-e-s sont serrés, en particuliers dans le milieu médical et politique. Beaucoup d’hommes que je croise commencent à regarder avec intérêt ma pratique. Ils me posent des questions : ça fait mal ? Quels risques ? Comment ? Quelques un s’y mettent.

La situation n’évoluera que si nous, les hommes avec les femmes, nous mettions a pratiquer LES contraceptions masculines. Mais n’oublions pas que la lutte contre les IST passe obligatoirement par le préservatif !

Le slogan d’un prospectus d’information du centre de planification de Concarneau dit : «la meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit», cela me semble très juste. Nous n’avons pas besoin des mêmes contraceptions tout au long de la vie. Pour l’instant les hommes ont choisi prioritairement la contraception par celle des femmes, parce qu’ils n’ont pas de choix. Pourtant, le méthode thermique se révèle simple et facile, la vasectomie aussi non ? Et pour ce que j’en entends par les pratiquants d’ARDECOM, la méthode hormonale a trouvé un protocole stabilisé, efficace et pratique.

On a tout à y gagner !

Christian Balaud, membre d’ARDECOM