Contraception masculine : encore un effort messieurs ! Le Planning Familial : la contraception masculine pour partager la galère avec les hommes ! 

Quand on parle de contraception, le Planning Familial n’est jamais loin. Il nous semblait impossible de ne pas aller interroger le premier mouvement militant français pour le droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation à la sexualité, au sujet de la contraception masculine. Questions à Catherine El-Mghazli, membre de la commission nationale contraception du Planning Familial.

 

Avez-vous parfois des demandes d’information sur la contraception masculine de la part du public du Planning Familial ?

Spontanément, il y a très peu de demande d’informations à ce sujet de la part de notre public. Ce sont de jeunes femmes, pas le seul public à qui il faut parler de contraception masculine. ARDECOM s’adresse plus à des couples hétérosexuels (relire la contribution de Cyril Desjeux sur l’histoire d’ARDECOM).

Il y a de toute évidence un tabou terrible en France sur la question des contraceptions définitives. Personne n’en parle, qu’elle soit masculine (vasectomie) ou féminine (ligature des trompes, méthode essure[1]).

Quelles sont les actions du Planning Familial sur la contraception masculine ?

Depuis trois ou quatre ans, on informe les jeune femmes qui viennent nous voir sur la contraception masculine. On leur parle de la lourdeur de la charge que représente la contraception et qui pourrait être partagée dans une perspective égalitaire. En général, elles répondent des choses comme « ah oui, ce serait drôlement bien, parce que ras-le-bol !», mais c’est peu suivi d’actes. Certaines nous disent qu’elles auraient peur que ce soit un homme qui contrôle la fécondité.

On en parle quand on travaille avec des établissements scolaires, quand des classes viennent dans les locaux du Planning Familial. On s’efforce de parler de toutes les contraceptions, puisqu’on considère que l’appropriation des questions de contraception par les adolescent-e-s fait partie de l’éducation.

On travaille en lien avec ARDECOM. On avait tenu en 2013 une conférence de presse commune sur le sujet de la contraception masculine. On les a reçus dans nos locaux en avril. Mais bon, je trouve qu’ils mettent du temps à répondre à nos mails, ces hommes ! (rires)

Comment expliquez-vous le manque de débats et de dialogues sur la contraception masculine ? Peut-on parler d’un retard français en la matière ?

En France, il faudrait un changement radical d’approche. Les freins sont multiples, mais pour moi, le premier d’entre eux est culturel : on a une peur irrationnelle qui pèse sur la virilité, on laisse donc la charge de la contraception aux femmes. «Faire des enfants », c’est montrer sa virilité. On a un problème de mentalité à ce niveau, on doit être un peu méditerranéens, car la répartition des rôles sociaux est bien différente dans le monde anglo-saxon.

La politique des labos pharmaceutiques ne suit pas, parce que ceux-ci se disent que s’engager sur ce marché est bien trop compliqué.

Dans les associations de notre mouvement, nous en sommes encore au stade de la sensibilisation sur ce sujet. Certes, il y a des choses écrites dans nos plaquettes d’information, mais il y a très peu d’endroits et de praticien-ne-s en France qui disposent de l’expertise nécessaire pour mettre en œuvre la contraception masculine. À part le Dr Jean-Claude Soufir, il n’y a personne à Paris. Ce médecin va bientôt partir à la retraite et derrière lui, il n’y a pas de relais.

Il y a un besoin criant de formation de nos médecins et de nos permanent-e-s sur la contraception masculine. ARDECOM doit intervenir pour leur donner plus d’informations sur les méthodes hormonales (pilule masculine) et thermique (RCT, lire le témoignage). Il faudrait réfléchir à mettre en place une consultation masculine au Planning Familial et motiver nos médecins à se former. Pour le moment, on ne peut qu’informer de façon très générale notre public.

Pensez-vous que ce thème de la contraception masculine pourrait tout de même intéresser les femmes ?

C’est vrai qu’on sent un changement dans les envies, dans la façon de voir la contraception chez les femmes. La pilule, autrefois synonyme de liberté et d’émancipation, est vue comme une responsabilité pesante, contraignante du fait d’une exigence plus grande des jeunes femmes en terme de confort et de facilité. Perturber son fonctionnement hormonal paraît plus risqué, d’où la hausse du nombre de demandes d’implants et de stérilets.

Faire une campagne de communication sur la contraception masculine uniquement, ça nous paraît politiquement compliqué pour une association féministe historique. On a déjà tellement de travail en ce qui concerne les femmes. Notre objectif n’est pas le confort de la contraception pour les hommes. Des féministes nous disent que ce n’est pas à elles de se battre pour ça. Est-ce que ce ne serait pas aux hommes de se battre ? De dire qu’ils veulent eux aussi leur contraception ?

Mais pourquoi les hommes iraient-ils se battre pour partager une «charge» ? La répartition actuelle du travail contraceptif semble bien leur convenir…

Parler de contraception masculine aux jeunes est intéressant, dans le sens où cela implique des rapports égalitaires dans le couple. C’est quelque chose qui devrait être acquis ou banalisé.

On pourrait se dire que les hommes aussi ont le droit de contrôler leur fécondité. Font-ils trop confiance aux femmes pour le moment ? Développer la contraception masculine, c’est aussi donner des moyens aux hommes, pour qu’ils ne viennent plus dire que les femmes veulent «leur faire des enfants dans le dos.»

Propos recueillis par Guillaume Hubert, 50-50Magazine

[1] Essure est une méthode contraceptive définitive. Elle consiste en l’introduction de micro-implants (petits ressorts) dans les trompes de Fallope par les voies naturelles (vagin et col de l’utérus). Aucune incision n’est nécessaire. Plus d’infos par ici.