Articles récents Danielle Bousquet à l’Université d’été de l’Assemblée des Femmes : «les diktats communautaristes sont incompatibles avec les droits des femmes.»

L’Assemblée des Femmes (AdF) organisait son université d’été à la Rochelle, les 26 et 27 août dernier. L’association féministe et progressiste avait choisi cette année comme sujet de réflexion «Droits des femmes et laïcité». Pour celles et ceux qui n’ont pas eu la possibilité d’assister aux débats, séance de débriefing et de rattrapage avec la présidente de l’Assemblée des Femmes et du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Danielle Bousquet.

Pourquoi le thème de l’université d’été de l’Assemblée des Femmes était-il important pour vous cette année ?

La question des droits des femmes et de la laïcité n’est pas une problématique nouvelle en soi. Après les conférences du Caire en 1994 et de Pékin en 1995 qui ont acté la sortie des approches malthusiennes de la gestion des populations pour une approche centrée sur les droits des femmes, avec l’objectif de donner le droit aux populations de choisir de vivre leur maternité ou leur paternité, on a commencé à observer des coalitions se former entre des blocs conservateurs et religieux pour faire campagne contre les droits sexuels et reproductifs. L’objectif de ces coalitions internationales, très bien financées, rassemblant des fondamentalismes issus des trois religions monothéistes, est d’assujettir nos sociétés à des lois religieuses.

Après les événements traumatisants du 7 janvier 2015, il nous a semblé que la question de la laïcité envahissait le débat public. Sans pour autant qu’elle soit associée à la question des droits des femmes. Or, ce sont toujours les femmes qui sont la première cible des fondamentalismes. Notre sujet, des droits des femmes et de la laïcité, est malheureusement d’une acuité nouvelle sur laquelle il nous paraissait évident de nous interroger. Débattre de la laïcité permet aussi l’ouverture sur d’autres sujets et sur tous les droits humains (lire notre article.)

Il y a une forme de mauvaise conscience post-coloniale chez beaucoup de personnes qui se disent progressistes. On nous dit que brandir la laïcité, ce serait stigmatiser une religion en particulier. Or, les fondamentalismes sont des dérives issues de toutes les religions. On ne peut pas tout justifier au nom du relativisme culturel. Pourquoi crie-t-on au racisme dès qu’on critique des religions ? Au passage, il serait temps d’élever le sexisme au même rang que le racisme : un phénomène social qu’il faut absolument éradiquer.

Le voile, dont on a finalement peu parlé en deux jours de débats, est un signe visible de soumission à l’ordre patriarcal avant d’être un signe religieux. Mais les mouvements fondamentalistes attaquent les femmes de plusieurs manières très visibles : l’utilisation différenciée de l’espace public, l’excision, le mariage forcé…

Nous demandons donc que la laïcité, principe républicain, garantisse les droits des femmes. Le principe de laïcité doit nous permettre d’édicter des règles de vie en société qui ne soient pas les règles religieuses que les mouvements fondamentalistes voudraient imposer à toute la société. Ces mouvements n’acceptent que la famille hétéro-patriarcale, comme dans le cas des mouvements s’opposant au mariage pour tous. Ce qu’ils disent, en substance, c’est de ne pas toucher à leurs discriminations. Nous disons que dans leur globalité, les droits des femmes sont non négociables.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappée dans les communications du cru 2015 de votre université d’été ?

L’intervention de Chalah Chafiq était remarquable. Elle a très bien posé la question du corps des femmes et de la liberté. Le corps des femmes est très important pour les mouvements intégristes qui veulent introduire du religieux dans le politique. Ils sont obsédés par l’assujettissement du corps des femmes, qui est au cœur de leur philosophie de l’organisation sociale. Cette sociologue et écrivaine exilée d’Iran l’a très bien montré.

Gérard Biard a été aussi très bon. Il a redit ce qu’il avait écrit sur le voile dans l’enseignement supérieur dans Charlie Hebdo, en substance que l’université doit rester le lieu du débat tandis que le voile est un signe de privation de liberté. Et à celles et ceux qui rétorquent que leur grand-mère était voilée ou portait une coiffe, il a répondu avec humour : « est-ce qu’on prépare une société pour nos grands-mères ou bien pour nos petites filles ?»

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Photo Annie Sugier

Est-ce que ces deux journées de débats vous ont permis d’affiner et d’affermir votre stratégie en tant que féministes sur la question de la laïcité ?

La laïcité, c’est un principe à défendre sur le terrain. On s’en rend vite compte quand on s’engage pour la laïcité et contre les discriminations. Le discours progressiste irrite violemment les mouvements identitaires, ce qui se traduit par des violences et des menaces physiques contre les femmes engagées.

On entend très peu dans les médias les femmes qui s’engagent pour l’égalité et se battent contre les diktats communautaristes, à l’exception des femmes sans voile d’Aubervilliers (lire notre article) qui ont été un peu médiatisées il y a quelques semaines. Or, elles sont porteuses des valeurs universalistes de la République et elles se battent aussi pour celles qui sont embrigadées et qui subissent de plein fouet l’ordre patriarcal des fondamentalismes bien au-delà de la Méditerranée. Il faut mettre en avant ces femmes engagées qui se battent contre l’invasion communautariste incompatible avec les droits des femmes.

Nous voulions redire notre attachement féministe à la laïcité et notre inquiétude. Il y a eu des attaques contre la laïcité, contre les femmes et la citoyenneté. Certain-e-s ont tenté d’instrumentaliser des communautés qui ne sont pas ennemies. Pour prévenir toute atteinte à l’universalisme des droits des femmes, nous avons décidé d’écrire une adresse au Président et au Premier Ministre. Celle-ci a été adoptée à l’unanimité par notre assemblée et a déjà été reprise par plusieurs associations. Elle sera prochainement votée dans des villes. Quant à notre stratégie, l’Assemblée des Femmes continue à revendiquer son lien avec tous les partis progressistes.

Que demandez-vous à François Hollande dans le texte de cette adresse ?

Nous voulons simplement, dans un cadre républicain réactualisé, qu’il nous rassure sur la place des femmes dans la société française. Nous voyons ressurgir ces enjeux. Nous n’aurions pas imaginé avoir ces débats il y a quelques années. Le relativisme culturel a apporté une grande confusion. Par exemple, on encense les monarchies du Golfe car bientôt les Saoudiennes pourront voter ! Il est démagogue et paternaliste de considérer les femmes de ces pays comme différentes. Quel est le problème ? La démocratie ne serait pas faite pour elles à cause de la culture dont elles sont issues ? Il ne faut pas les considérer comme différentes, avec un raisonnement analogue à celui de Sarkozy qui considérait que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire. Cela revient à considérer ces femmes et ces pays comme inaptes à comprendre l’autonomie et la démocratie. L’AdF s’oppose totalement à cette vision réactionnaire qui les exclut de l’universalisme républicain.

Propos recueillis par Guillaume Hubert, 50-50Magazine