Austérité : les femmes renvoient la facture. Sonia Mitralias : «le sexisme est devenu une arme contre les femmes qui résistent»

Dossier : Austérité, les femmes renvoient la facture.

L’analyse de Sonia Mitralias, membre fondatrice de l’initiative des femmes contre la dette et les mesures d’austérité, permet de mieux comprendre le caractère genré de la crise de la dette publique qui a engendré l’application des mesures d’austérité anti-femmes et les attaques sexistes violentes et antidémocratiques contre les femmes qui résistent.

 

La situation en Grèce était dans tous les esprits à la 4ème université d’été du CADTM. Eric Toussaint, porte parole du CADTM était en charge de la coordination de la commission pour la vérité sur la dette grecque formée en mars 2015 par Zoe Kostantopoulou, alors présidente du parlement Grec.

Sonia Mitralias s’est rendue pour la première fois à l’université d’été du CADTM en 2009. A l’époque la crise de la dette ravageait les pays du tiers monde. Mais déjà les femmes du Sud avaient compris que les droits des femmes étaient sacrifiés avec cette arme néolibérale.

«On s’est rassemblées avec des femmes d’une façon spontanée… c’est la magie quand les femmes ont un espace à partager» nous a confié Sonia Mitralias et d’ajouter qu’avec la dette les féministes ont encore moins de possibilités pour se retrouver.

C’est pourquoi, quand en 2010 la crise de la dette a touché la Grèce, elle a reconnu les mécanismes. «C’est sous les éclairages des expériences des femmes du Sud », nous a-t-elle expliqué, «que l’initiative des femmes contre l’austérité s’est construite au Forum de la Marche Mondiale des Femmes à Istanbul en 2010. Ensuite, il fallait prolonger ce mouvement en Grèce, pour faire face, à ce nouveau phénomène.»

On est des femmes de ménage pas des connasses !

Les luttes de résistance des femmes grecques aux memoranda de la Troïka (1) ont été cruciales, en particulier celles des femmes de ménage du ministère des Finances. Elles ont vu, dans un premier temps, leur maigre salaire être réduit de 75% et puis leur licenciement imposé en septembre 2013.

De plus, il était clair que ce bâtiment public continuerait à être nettoyé; le cynisme était de remplacer des femmes avec des CDI par des femmes contractuelles sans protection sociale, donc précarisées. A ce moment le chômage des femmes était de 62,8%. Elles étaient sacrifiées par la Troïka qui imposait des séries de privatisation et la contractualisation du travail. Mais elles ne se sont pas laissées faire et ont montré le pouvoir de la solidarité.

Avec l’élection de Zoé Kostantoupoulou à la présidence du parlement, le lien a été fait entre les luttes des femmes de la rue et la défense des droits et de la démocratie.

Brigitte Marti et Marie-Hélène Le Ny 50-50Magazine

1 Troïka : la BCE, La Commission Européenne, le FMI