Articles récents Sika Viagbo: l’envol d’une mosaïste

«La mosaïque est un art texturé.» Sika Viagbo, bouscule les codes ancestraux et créé des pièces uniques vivantes ornant aussi bien les sols que les plafonds. Avec son œuvre La Pie Voleuse, elle scelle symboliquement, son envol d’artiste.

La lumière descendant des cieux effleure des panneaux curieusement étincelants. L’atelier de Sika Viagbo  est un laboratoire de colle, de mastic et de smalts (1). Il a un nom : « Lilik’po ». Nuage. Une table trône au centre. La pièce n’est pas petite mais les deux grandes étagères tutoient les murs, encombrées de toutes sortes de produits, à l’image de l’esprit de l’artiste qui habite ces lieux. Sika Viagbo paraît telle une danseuse arpenter son atelier à la recherche des pièces du puzzle, puis se focalise sur son oeuvre. 

Ses doigts longs et fins trahissent une habileté digne d’une chirurgienne. Quand elle se meut dans le local, ses gestes sont doux et aériens. Elle adresse un hochement de tête discret à son assistant, Arnaud Lépine. Avec lui, elle travaille sur ordinateur à de nouvelles mosaïques. Ils traduisent ensemble les premières idées de Sika Viagbo sur un patron virtuel.

Au début de sa carrière, c’était tout autre chose. «Feuille de papier format affiche, crayon, et règle. Et on y va seulement avec son esprit.» Pendant deux années, elle apprend en autodidacte l’art de la mosaïque. Tel un puzzle, la mosaïque fait don d’une palette de matières et de couleurs. Si coller des tesselles (2) s’avère un loisir à ses débuts, Sika Viabgo ne s’arrête plus. Nuit et jour. Les yeux rivés sur ses mains. Une de ses amies lui propose alors un chantier: la vitrine d’un salon de coiffure. L’ouvrage face au soleil joue avec les rayons. La mission renforce son désir: la future mosaïste veut faire naître la lumière dans les intérieurs.

 

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Mélanger les temps

La jeune artiste est en stage d’études d’art à Tokyon et Hong-Kong. C’est un choc esthétique. « La nature règne dans la ville. Des arbres géants grandissent entre les immeubles. » Après une école d’architecture, elle travaille sous la tutelle d’un mosaïste émérite, Pierre Mesguich. L’art de la mosaïque répond à des codes traditionnels ancestraux. Elle tient ses racines de la Mésopotamie. Les premières traces apparaissent en Crête et en Egypte. Mais Sika Viagbo n’obéit pas aux règles de cet art antique ou ancien. «Ce que j’aime le plus c’est le mélange de matières et de couleurs. La matière compte plus que la couleur : le bois donne un aspect naturel, le cuir apporte du chic et le marbre, de la prestance.»

S’inspirant des codes de la haute couture, de ses voyages en Asie, les pièces uniques qu’elles composent prennent du relief. La matière la plus compliquée est le marbre. «C’est une matière naturelle. On ne peut pas savoir ce qui s’y cache, elle est très friable. Un seul coup de burin dans une cavité et la découpe est déviée.»

L’hétérogénéité de la mosaïque et des matières, permet de créer des œuvres qui font partie intégrante des intérieurs. Les reliefs, les couleurs, la matière donnent vie et ornent aussi bien plafonds et murs que sols.

Créer la lumière

Actuellement accueillie dans une pépinière des Ateliers de Paris (Ville de Paris) au Viaduc des Arts à Paris 12ème, elle a aménagé son atelier donnant sur la Promenade plantée, et se prépare à créer son futur propre atelier. « Si mon inspiration me vient de mes voyages, de mes nuits à travailler sur mes cartons, et de mes années d’études, je le crois, mais pas seulement. Il y a un besoin constant de précision et d’attention. Un ouvrage devient très vite, une obsession. Une création c’est tout un travail, du temps, de la sueur. » Maintenant, elle veut créer de la lumière, des lampes. Elle a déjà décoré deux luminaires.

En janvier 2015, elle exposait dans la section « métiers d’art » du salon Maison & Objets, au Parc des expositions de Villepinte.

Pour cet événement, elle présentait une sculpture lumineuse à tête de pie d’un mètre vingt, appelée La Pie Voleuse. Le volatile porte une bague dans son bec. Une ampoule en forme de diamant éclaire la pièce d’exposition. Symbole de sa volonté d’envol et de lumière, les deux yeux noirs de la statue défient le monde.

Marie Faupin 50-50 magazine

1 Smalt : pigment minéral bleu utilisé à partir de la Renaissance.

2 Tesselle: fragment de pierre, de terre cuite, ou de marbre employé pour la création de mosaïques de pavement

Photo de Une:  Ateliers des Arts de France