Articles récents Grèce: Solidarité aux réfugié-e-s/migrant-e-s, les femmes sont la!

Pendant que l’Europe redéfinit la soi-disante liberté de circulation de l’espace Schengen, toujours plus de Syriennes et Syriens, d’Afghans et d’Afghanes et autres, dont les pays sont au cœur de la crise géopolitique, arrivent aux portes de l’Europe qui souvent se ferment devant eux. Reportage sur les routes de la migration en Grèce.

Lors de la dernière université d’été du CADTM (Commission pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), Maitre Alexis Deswael soulignait les conséquences humaines de ces frontières qui se recouvrent de murs et de barbelés. Il évoquait la tragédie d’Aylan dont le corps avait échoué devant les cameras et rappelait que sa mère et son autre frère avaient aussi péri dans la tragédie. Critiquant le caractère sélectif de la médiatisation, il exprimait le caractère odieux de cette tragédie puisque le voyage de quelques kilomètres que la famille avait entrepris est très facile à parcourir sur un ferry et ne coûte que 5 € pour les adultes et 3 € pour les enfants. Bien sûr, il faut être muni du «bon passeport» que cette famille n’avait pas en poche. Ils avaient donc payé 3000 € pour être décimé-e-s en mer.

Au moment où ces lignes sont écrites, 22 autres personnes anonymes possédant aussi  le mauvais passeport se sont noyées en mer Égée, les tragédies se suivent…

Nous avons vu en Grèce la réalité de cette tragédie humaine inacceptable alors que les moyens pour l’éviter sont là, mais bloqués par les politiques néolibérales désastreuses. Un des responsables du centre d’accueil de Galatsi, établi à la va-vite dans les anciens locaux du parc olympique aux portes d’Athènes, nous a précisé que les femmes forment la majorité des réfugié-e-s /migrant-e-s reçu-e-s ; elles voyagent souvent avec de très jeunes enfants parfois nés lors du voyage. Sofia pharmacienne bénévole nous rappelle que les femmes et les enfants font face à des risques accrus lors de ces voyages forcés. Ce soir là, il y avait beaucoup d’enfants malades.

 

La Méditerranée: une mer de paix et non un tombeau

Les femmes de la  » Maison des femmes pour la solidarité » de Thessaloniki que nous avons rencontrées, affirment que la Méditerranée doit être une mer de paix et non un tombeau. Elles qui sont déjà précarisées par les mesures d’austérités ne parlent que de solidarité.

Nous avons rencontré cette réalité humaine de la migration forcée déjà à la gare d’Athènes et dans le train qui nous menait à Thessaloniki. Au contrôle des billets, une famille Syrienne avait dû montrer patte blanche. Aussitôt, notre collègue grecque, Eleni Panousi, s’était approchée prête à intervenir. Puis une fois dans le train nous avons parlé avec l’une de ces femmes ; comme toujours leur histoire est édifiante. Quelques jours plus tôt, alors que tou-te-s avaient de l’eau jusqu’au cou dans le bateau sur lequel elles-ils avaient embarqué, les passeurs les avaient laissées après 3h30 de voyage difficile, près des côtes grecques de Mytilène. Elle nous a parlé de la peur, des femmes enceintes et des malades sur le bateau ainsi que des coups de la part de certaines ONG et de la police,  à l’arrivée. Sa famille avait déjà connu l’exil, puisqu’en 1948 ses parents avaient dû partir de leur Palestine natale et se réfugier en Syrie. Cette fois, à l’arrivée en Grèce, la police avait été ignoble. Aussitôt, Elenie parle de ses compatriotes  qui sont heureux-ses de les aider. Nous sommes dans le train et j’observe des femmes grecques qui écoutent avec attention notre conversation. Je leur demande si elles sont d’accord avec Elenie: « Oui absolument on les trouve magnifiques ces femmes » me répoNdent-elles.

Le responsable du centre de Galatsi a exprimé le même élan de solidarité nous disant que tou-te-s faisaient de leur mieux pour agir humainement ne perdant pas de vue qu’elles-ils pourraient être à la place de ces personnes.

Les migrations des femmes sont souvent les plus difficiles et en nombre croissant en raison des impossibilités de vie dans leurs lieux d’origine. Leur voyage s’accompagne de violences, et comme souvent les violences sur les femmes sont rendus invisibles et sous rapportées. Nous sommes effectivement dans une logique de dette qui entraîne la faillite de notre humanité commune.

Brigitte Marti 50-50 magazine

Photo de Une:  les photos de la file d’attente des femmes réfugié-e-s/migrant-e-s sont interdites.