Articles récents Gudrun Schyman : « Je choisis la lumière »

La nuit tombe rapidement et il ne suffit pas de régler l’heure d’hiver. Ce qui se passe autour de nous, en Suède et en Europe, est un effrayant mouvement de recul. Nous constatons la présence de plus en plus importante de groupements et partis politiques nationalistes et dans leur sillage d’attaques violentes contre des centres d’hébergement de réfugié-e-s en Suède, au Pays Bas, en Grèce, en Hongrie et dans de nombreux endroits de l’UE. Cette régression est portée par une rhétorique que des partis politiques démocratiques établis utilisent aussi.

Un exemple : la secrétaire nationale du parti Chrétien Démocrate, Ebba Busch Thor a dit lors d’un congrès, il y a plus d’un mois: « Nous ne pouvons, seul, offrir une place pour ceux et celles qui cherchent une vie meilleure. »
Sur twitter, Kalle Lindberg reponsable de la communication au Parti de Gauche a rapidement relevé trois erreurs :
1) nous ne sommes pas seul-e-s à aider,
2) seulement une petite partie des réfugié-e-s arrive en UE,
3) elles/Ils ne cherchent pas fortune. Elles/Ils fuient pour leur vie.

Une quatrième erreur a été découverte par la suite  :  nous n’offrons pas de places. Les réfugié-e-s cherchent l’asile politique, qui est un droit international !

Voilà ce qui se passe. La Suède se dit en crise quand ce sont les personnes qui viennent ici qui sont en crise. Politiquement, c’est l’UE qui est en crise. Elle est incapable de développer des moyens cohérents afin d’accueillir et d’offrir protection, en application des conventions internationales. Plusieurs pays se ferment au lieu d’organiser la solidarité. Alors qu’ils devraient mettre en place une politique de générosité, les contrôles se multiplient. La répression plutôt que le respect des personnes en fuite…

Bien sûr les problèmes à résoudre sont nombreux dans nos communes. Ce sont des questions urgentes, pour trouver logements, écoles, crèches et maternelles, mais elles ne sont pas insolubles. Il s’agit d’abord de résoudre des problèmes à court terme, mais qui, sur le long terme, sont des investissements sociaux et économiques.

C’est affligeant de voir que le gouvernement pousse à réaliser des économies dans le secteur de la santé et de la protection sociale pour soi-disant financer l’accueil des réfugié-e-s. L’Assurance Maladie et le Fonds d’aide aux chômeuses/chômeurs ont été cités, mais aussi tous les ministères et directions nationales. C’est une façon de placer les gens les un-e-s contre les autres et de contribuer à creuser les conflits en cours, déjà nombreux. Ce qui serait raisonnable à court terme c’est de prélever de l’argent sur le budget de la Défense. L’accueil des réfugié-e-s participe à une politique de sécurité sur une large échelle. Sécuriser les fonctions vitales de la société doit tenir compte d’une population plus importante et permettre que tous les citoyen-e-s se sentent en sécurité. Nous n’en sommes pas encore là ! Heureusement, nous voyons aussi partout des volontaires qui se mobilisent, souhaitent la bienvenue aux réfugié-e-s, organisent bénévolement des accueils. De ce fait, ils font pression sur les politicien-ne-s.

Mais il existe un mouvement politique, qui met en question la faculté des politicien-ne-s d’agir pour résoudre les graves problèmes de société qui, au fond, sont ceux des droits humains. Aujourd’hui, un mouvement antiraciste et féministe s’organise politiquement et pas uniquement en Suède. Au Danemark, en Finlande et en Norvège, à Oslo et à Bergen, des partis féministes sont en cours de création. En Angleterre,  le parti féministe Women’s Equality Party s’est créé au printemps dernier. En Islande, des voix s’élèvent pour à nouveau créer un parti féministe (il en existait un dans les années 80 et 90). En Croatie et en Slovénie des réunions exploratoires ont eu lieu la semaine dernière, et en France ce sera à la mi-décembre.

Il y a une force contraire aux courants nationalistes et de compromissions qui commence à préoccuper les politicien-ne-s.

Je choisis la lumière au lieu de l’actuelle obscurité. Je sais que le vent va tourner.

Gudrun Schyman, porte-parole du parti suédois Initiatives Féministes