Austérité : les femmes renvoient la facture. «No debemos no pagamos» : les femmes espagnoles contre la violence des politiques d’austérité

Pour Fatima Martin, journaliste espagnole engagée, la crise de la dette est un nouveau système de transfert de pouvoir qui se fait au détriment des droits des femmes, partout dans le monde. Le slogan «No debemos, no pagamos» a été inspiré par les manifestations de la place Syntagma en Grèce. Lors des dernières élections municipales, les Espagnoles se sont mobilisées et ont montré leur détermination à infléchir les politiques néfastes à la société civile, comme la récente loi « mordaza » (bâillon) qui a mis le droit à l’IVG pour les mineures, sous contrôle.

En Espagne, les dernières élections municipales ont montré combien les femmes et le mouvement féministe ont compté dans la campagne électorale. Les plate-formes citoyennes se sont aussi formées pour auditer la dette dans le but de montrer que c’est le sauvetage des banques qui sont la cause de ces mesures. Fatima Martin précise que le mouvement contre la dette est très puissant.

Au printemps dernier, Ada Colau est devenue maire de Barcelone et Manuela Carmena maire de Madrid. Ces deux femmes symbolisent le mouvement en réseau dont les femmes sont parties prenantes et qui a vu le jour en Espagne en réaction aux politiques d’austérité, responsables de l’appauvrissement des femmes en particulier.  Ada Colau qui  a connu les emplois précaires  a toujours été une femme engagée. Elle a fait campagne, forte de son expérience dans la lutte contre les expulsions d’habitation, empêchant plus de 1600 expulsions avec le PAH (mouvement des victimes des crédits immobiliers) qu’elle a cofondé en 2011.

Manuela Carmena, est juge et engagée pour une justice progressiste. Elle parle de la violence politique ambiante et voit les mouvements féministes et de femmes comme sources de concertation et d’écoute pour remettre les notions de respect des droits humains au centre de l’espace politique. Elle a, elle-même, connu la violence politique lorsqu’en 1977 les phalangistes font éruption dans son cabinet de défense des droits sociaux, et tuent 5 de ses collaborateurs. Elle n’était pas présente ce jour là. Depuis elle lutte contre la corruption dans les tribunaux, contre les violences policières, se bat pour la défense des droits des prisonniers et prisonnières et les droits sociaux. En 2011, elle suit le mouvement des indignés et déclare son rejet des politiques néolibérales de la dette insistant sur la cruauté inacceptable des politiques d’austérité.

Mais comme le rappelle Fatima Martin, il faut maintenant une détermination politique plus large pour continuer ce mouvement d’opposition à la cruauté des mesures d’austérités qui accompagnent des reformes structurelles imposant, entre autre, la privatisation des services publics.

 

Brigitte Marti et Marie-Hélène Le Ny 50-50 magazine

Photo de Une: Ada Colau, bousculée par la police