Articles récents Les aventures d’une chômeuse

Ça y est j’ai battu tous les records : cela va faire sept ans que je suis au chômage. Avouez que c’est un beau record, non ? Attention, je suis une chômeuse non indemnisée, des fois que vous imaginiez que je me la coule douce avec 460 € par mois. Rien de cela, zéro euro,  zéro centime. Je suis pacsée, donc mon compagnon est censé m’entretenir. Ce n’est évidemment pas le cas. Pour une féministe, c’est le pompon, je suis furax.

J’ai franchi toutes les étapes : pôle emploi, accompagnement personnalisée, oui mesdames et messieurs j’ai eu droit à l’accompagnement personnalisé. Trois fois de suite, même. Bilan, il fallait que je travaille dans un milieu artistique ou dans la communication. Comme si je ne le savais pas, j’ai fait ça toute ma vie. J’étais tellement douée en relations humaines disaient – elles (il s’agit souvent de femmes) qu’on m’a proposée d’être accompagnatrice moi-même, mais pour cela il fallait faire une formation : coût 2000 €, impossible pour moi.

Au début, j’ai cherché dans ma branche comme on dit, photojournalisme, mais ça n’a jamais marché. J’étais débranchée du milieu. On me proposait bien de temps en temps de m’acheter une photo, mais à 20 € au lieu de 200, tarif syndical. Je ne vous parle même pas des photos qu’on me proposait d’acheter à un1 € pièce.

Bref, petit à petit j’ai revu mes ambitions à la baisse, j’ai cherché tout et n’importe quoi. Mais j’ignore pourquoi, jamais on ne voulait de moi. Trop diplômée pour faire femme de ménage (tant mieux, je ne sais même pas repasser), trop âgée pour être animatrice. Ah Oui, j’ai oublié de vous dire le principal : je suis seniore. Ah, l’horrible mot que voilà !

Alors j’ai été harpette pour un artisan qui faisait des chantiers de rénovation au black , génial, je sais maintenant poser de la voile de verre. J’ai tenu deux jours comme aide à la personne chez une bourgeoise de R. qui voulait que j’époussette les bibelots qu’elle avait déjà passés au plumeau le matin. En prime je me suis faite engueuler.«Vous n’êtes pas une très bonne femme d’intérieur à l’évidence.» «Non je suis plutôt extérieure» ai- je répondu : puis j’ai laissé mon instrument de travail et j’ai claqué la porte.

C’est dur d’être chômeuse, on broie du noir, vous connaissez la chanson, on se sent moins que rien, on a même pas de thunes pour aller boire un café et mater les clients.

Mais c’est douloureux aussi pour les conseiller-e-s  de pôle emploi. Un jour, c’est moi qui ai consolé une accompagnatrice, qui voyant mon âge (maigre consolation, elle me croyait plus jeune que je ne l’étais) a craqué : après m’avoir proposé des formation de maçonne ou de chauffeuse poids lourds, elle s’est lâchée: «l’Etat imprime de belles brochures pour inciter les entreprises à embaucher des senior-e-s, mais ça marche presque jamais. J’en peux plus, je n’arrive pas à en caser un-e.» Sur ce, elle s’est mise à pleurer, je lui ai dit que ce n’était pas de sa faute, qu’avec mon CV atypique, je ne retrouverai rien, sauf par le bouche à oreilles et je lui ai tenu la main.

J’aurais du suivre les recommandations de ma grand mère qui me disait : «tu vis comme l’oiseau sur la branche passe le donc le concours des écoles, l’Education Nationale c’est une valeur sûre.»

Bon, maintenant il faut que j’arrive à survivre jusqu’à 62 ans, âge du minimum vieillesse. Moi qui voulais faire un régime, ça va être l’occasion. Quoique manger que des pâtes, ça n’a jamais fait maigrir.

Ah, tiens, bon dieu mais c’est bien sûre, je viens d’avoir une idée géniale: pourquoi ne pas proposer mes services d’accompagnatrice d’accompagnatrices ? Je vais postuler illico, je vous dirai la prochaine fois si ça a marché.

Emmanuelle Barbaras 50-50 magazine