Articles récents \ Culture Elles… les filles du Plessis : enceintes et rebelles

Il aura fallu 10 ans de ténacité et d’obstination à Bénédicte Delmas, la réalisatrice, et David Kodsi, le producteur, pour que leur film « Elles… les filles du Plessis… » arrive sur vos écrans TV le 8 mars prochain. Les obstacles à surmonter ont été très nombreux parce que la « petite histoire » de ces jeunes filles du Plessis, enceintes dans les années 70, n’était pas entrée dans la grande histoire, celle dans laquelle les hommes relatent leurs hauts faits.

A une époque pas si lointaine, celle où notre réalisatrice voit le jour, les jeunes filles qui se retrouvaient enceintes jetaient encore l’opprobre sur leur famille qui s’ingéniait alors à les dissimuler aux yeux de tou-te-s, ou à les marier au plus vite. Pour celles qui étaient scolarisées, une règle implicite était le renvoi immédiat du collège ou du lycée, l’Education nationale ne tolérant pas de filles de mauvaise vie dans ses rangs. Certaines étaient alors internées, le temps de leur grossesse, dans un pensionnat pour mineures enceintes où on leur enseignait la dactylo sans égard pour leurs aspirations ou compétences ! A une époque où la majorité était fixée à 21 ans, leur sort était généralement scellé par leurs parents respectueux des conventions religieuses et sociales en vigueur et on s’inquiétait peu de leur demander leur avis quant au sort de leur enfant, le plus souvent promis à l’adoption quand elles étaient envoyées dans ce type d’institution.
«Les filles-mères»
Et tout cela quelle que soit l’origine de leur embarrassante situation : viol, inceste, ou relation sexuelle juvénile. Et bien évidemment sans que jamais, ou presque, la famille ou la société ne demandent de compte au garçon impliqué dans cette grossesse. Elles devenaient « filles-mères », marquées au fer rouge d’une infamie bien plus grande que celle de leur petit-ami ou d’un voisin ou d’un père violeur qu’on n’allait tout de même pas envoyer derrière les barreaux pour une telle peccadille !
C’est la vie dans ce pensionnat du Plessis-Robinson qui nous est contée sans pathos dans ce film grâce à l’énergie, la sensibilité et la tendresse des jeunes actrices.
La vie de jeunes filles d’âge et de milieux sociaux très différents apprennent à cohabiter sous la férule d’une directrice inflexible qui veut les soumettre (magnifique Sandrine Bonnaire qui fait perdurer la loi des hommes avec une rigueur implacable et insensible).
La vie de jeunes filles qui apprendront la solidarité et la résistance à l’injustice qui leur est faite grâce au soutien et à l’affection de Dominique, une jeune surveillante acquise aux luttes du MLF naissant qui leur fait comprendre à toutes qu’un autre monde est possible et qu’elles ne doivent pas abdiquer leurs rêves.
La vie de jeunes filles qui supportent les violences et les privations grâce à l’humanité d’Aimé, l’homme à tout faire qui les regarde toujours avec amour et sans les juger, contrairement au reste de la société.
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Des jeunes filles qui prennent leur destin en main
A partir de faits réels, Bénédicte Delmas a dessiné de forts beaux portraits d’adolescentes très contemporaines, campés par trois mousquetaires qui, suite à la disparition suspecte de la quatrième peu après son accouchement, vont se rebeller contre l’iniquité de leur sort, en déclenchant une grève de la faim de toutes les pensionnaires.
Si cette grève a bien eu lieu en 1971, et qu’elle a été soutenue par un groupe de femmes du MLF qui a même fait venir des caméras de télé au Plessis-Robinson, elle n’a donné lieu qu’à quelques lignes dans les journaux et bien peu de gens en ont entendu parler.
Pour la grande Histoire, ces histoires de petites bonnes femmes sont un non événement. Et pourtant, ces toutes jeunes filles qui refusent leur statut de victime et qui prennent leur destin en main feront changer le règlement de l’établissement, qui sera d’ailleurs fermé 5 ans plus tard. Le droit à l’avortement avait alors été conquis et la révolution sexuelle était en marche, pour les plus chanceuses ! Pour les autres il reste l’ignorance, l’opprobre, la violence et l’isolement que connaissent encore trop de jeunes femmes aujourd’hui lorsqu’elles se découvrent enceintes. La majorité des femmes de la planète n’a pas accès à une contraception libre (et gratuite) et encore moins à l’avortement.
Le droit à disposer de son corps sera à l’agenda à New-York lors de la prochaine commission de l’ONU femmes dans quelques jours.
L’histoire des femmes et de leurs luttes est toujours d’actualité et démontre la nécessité d’une véritable politique d’éducation à la sexualité pour tout-e-s.
Marie-Hélène Le Ny 50-50 magazine
Le film sera projeté le 8 mars sur France 3 à 20h55
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