Articles récents Claire Quidet: « le «plaisir» est du côté de ceux qui exploitent, maltraitent et s’enrichissent »

Quelques jours après le vote de la loi d’abolition de la prostitution, le Mouvement du Nid lance une campagne choc contre la violence prostitutionnelle. Une affiche : « Dans la vie d’une prostituée seuls ses bourreaux prennent du plaisir », un clip « Les Bourreaux » démontrent que la prostitution est la plus vieille violence faite aux femmes. Entretien avec Claire Quidet, porte parole du Mouvement du Nid.

Pourquoi le Mouvement du Nid lance-t-il cette campagne de communication  ?

Le Mouvement du Nid est avant tout une association de terrain, qui rencontre plusieurs milliers de personnes prostituées par an, les accueille dans ses permanences, les écoute, les accompagne.

Ces rencontres nous ont très tôt convaincu-es de la nécessité de sensibiliser le public pour mettre à mal l’ensemble des idées reçues et faire connaître ce quotidien de violence et de peur à l’œuvre dans la prostitution.

Nos sociétés qui prônent des valeurs de justice et d’égalité entre les femmes et les hommes doivent comprendre que ce système archaïque, au carrefour de la domination patriarcale et économique, ne peut plus être toléré.

Aussi, lorsque nous avons eu la chance d’être mis en contact avec une grande agence de communication, l’agence McCann, qui nous a très généreusement proposé de réaliser une campagne, nous ne pouvions pas laisser cette opportunité.

«Les Bourreaux»… cette accroche est très forte. Que vouliez-vous montrer  ?

Quand on parle de prostitution, on a tendance à ne voir que la personne prostituée, toujours stigmatisée. Mais on occulte les acteurs du système que sont les proxénètes, les trafiquants, les rabatteurs, les clients de la prostitution.

Nous avons longuement échangé avec les équipes de l’agence McCann à qui nous avons exposé les réalités de la prostitution dont nous sommes témoins. Ce qu’ils nous ont proposé, un clip qui peut déranger ou bousculer, ce qui est positif car cela fait réfléchir, nous a intéressés dans cette opposition entre les termes «bourreaux» et «plaisir.»

Car le vieux fantasme selon lequel les personnes prostituées «aiment ça» est toujours vivace. Et pour nous, cette campagne atteint son objectif en ce qu’elle montre que le «plaisir» est du côté de ceux qui exploitent, maltraitent et s’enrichissent, alors que les personnes prostituées subissent des violences extrêmes sans pouvoir les dénoncer, murées dans le silence et la honte. La prostitution est très vieux système d’exploitation devenu un business extrêmement lucratif encouragé par la dérive ultra libérale de nos sociétés, et dont sont victimes majoritairement les plus vulnérables.

Le lancement de cette campagne intervient alors que vient d’être promulguée la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, qui abroge le délit de racolage et interdit l’achat d’un acte sexuel. Est-ce important  ?

La loi a été promulguée le 13 avril 2016, soit 70 ans jour pour jour après la loi qui en 1946 décrète la fermeture des maisons closes en France. Aujourd’hui, c’est une étape importante vers plus de justice et d’égalité qui est franchie avec cette nouvelle loi. Elle met d’abord fin à cette injustice terrible qu’était le délit de racolage. Et elle adresse un signe fort à la société en posant cette norme  : On n’achète pas un acte sexuel. Parce que c’est un obstacle absolu entre une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Parce qu’il ne peut y avoir de relation égalitaire entre une personne qui paie pour un acte sexuel, et celle qui accepte parce qu’elle a besoin d’argent. Parce qu’imposer un acte sexuel à quelqu’un qui n’en a pas le désir est toujours une violence.

C’était un moment très particulier pour nous de présenter cette campagne au lendemain de la promulgation de la loi. Nous sommes convaincu-es que le clip et l’affiche vont accompagner la prise de conscience de ces réalités en replaçant les responsabilités là où elles doivent être, du côté du système proxénète, des exploiteurs.

L’affiche est déjà présente dans les rues de certaines villes de France, comme à Strasbourg, et les retours que nous avons des réactions du public est très encourageant; le message est compris  !

 

Propos recueillis par Anne-Marie Viossat 50-50 magazine