Articles récents Seaade Besbiss : Je voulais juste être gendarme

Difficile d’aller jusqu’au bout de ses rêves de vie professionnelle lorsque l’on est jeune, femme et d’origine maghrébine ! Depuis l’âge de 10 ans, Seaade Besbiss a une forte volonté, une tenace envie de devenir gendarme. Elle décrit son parcours de combattante dans un livre Je voulais juste être gendarme qui rompt une peu plus l’omerta sur les violences sexuelles et sexistes dans l’armée.

Contrairement à ce que disait le général Vincent Desporte il y a quelques jours sur une grande chaîne de radio, il n’y pas « moins d’agressions sexuelles dans l’armée» que dans d’autres domaines professionnels. Le livre de Seaade Besbiss le démontre de façon magistrale.

On a beau avoir beaucoup lu, écouté, vu sur les violences faites aux femmes, ce livre est un choc. Sans doute parce que dans ce monde de l’armée le silence fait loi, sans doute aussi parce que cette jeune femme a un tel amour pour son métier que ce qu’on lui renvoie paraît tout simplement insupportable.

Un premier livre publié en 2014, La Guerre invisible. Révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française de Leïla Minano et Julia Pascual démontrait que dans ce monde là aussi le sexisme au quotidien existe (1).

 

Les femmes dans l’armée

Il y a entre 15 et 18% de femmes dans l’armée, c’est sans doute pour cela qu’avec humour Seaade Besbiss raconte que lorsqu’elle est arrivée « ils ont cru que j’étais la secrétaire de l’état major. Moi j’ai cru qu’ils n’avaient jamais vu de femme de leur vie ! »

Heureusement pour elle, la jeune gendarme a la répartie facile, du recul, de l’humour.

Lors d’un entraînement au tir, un de ses camarades lui propose de faire le contrôle de sécurité de son arme dans son « tube à sable. » Sa réponse fuse : « avec plaisir, mais malheureusement pour toi, mon tube à sable ne prend que les gros calibres. »

Sa hiérarchie n’est pas en reste. Un des ses instructeurs l’interpelle très élégamment : « Hé Besbiss, on baisse ses fesses, il n’y pas personne derrière. » Quelques jours plus tard, un de ses camarades lui ressort la phrase, elle sort alors du rang lui donne un coup de poing qui le fait tomber puis retourne tranquillement à sa place.

Seaade Besbiss vit les rumeurs, les mensonges, les ragots, les humiliations. Elle qui pourtant avait été choisie pour incarner la gendarmerie au féminin dans le cadre d’une campagne. Son portrait fut placardé dans toutes les gendarmeries de France.

On la rétrograde, sans faute avérée, on prolonge sa période d’essai de six mois sans raison. Elle cite Dante, évoquant les cercles de l’enfer. Un de ses chefs ira jusqu’à la faire travailler sur un bureau pour enfant avec une chaise minuscule …

Lorsque l’on rencontre Seeade Besbiss, on comprend pourquoi elle a rencontré autant de problèmes. Elle est féminine mais surtout elle a une grande gueule et elle a la tchatche.

Dans votre livre vous parlez surtout d’un de vos supérieurs qui a vous a particulièrement harcelé, pourquoi ?

Un soir, nous étions tous les deux dans une voiture de patrouille et il m’a demandé si une histoire d’un soir avec lui m’intéressait. Ce que je lui reproche ce n’est pas qu’il m’ait dragué mais qu’il m’ait fait payer cher mon refus. Il m’a donné à faire un travail plus qu’ingrat dans un sous-sol super froid, j’ai été surchargée de procédures à traiter et tout cela a duré de longs mois..

Quelles procédures avez- vous engagé ?

Je suis allée devant le président du personnel militaire qui logiquement fait office de médiateur. Cela n’a rien donné. Alors je suis allée devant l’Inspection Générale de la Gendarmerie (IGG) et là on m’a parlé de ma vie privée, de ma féminité, des problèmes que j’ai eu avec mon mari violent, de mes sorties en boite de nuit … Je suis victime et j’ai l’impression d’être mise en cause mais je ne suis pas faible ! Mon passé m’a forgé, mon mari ne voulait ni que je travaille ni que je sorte et me forçait à porter le voile. Je m’en suis sortie, je l’ai quitté et cela m’a rendue forte.

Finalement comme rien ne se passe avec l’IGG, je décide en décembre 2014 de porter plainte au commissariat de Versailles. Le lieutenant porte plainte aussi mais sa plainte passe avant la mienne !

Après mon dépôt de plainte, le harcèlement s’est amplifié. Par exemple, lors du dernier concours que j’ai passé on m’a empêché de passer l’épreuve sportive sous prétexte que j’aurais été en arrêt maladie longue durée, mais c’est faux, je n’ai as été vu par un médecin, et je n’ai reçu aucune notification. J’ai fait un recours mais la plainte a été classée sans suite.

Quel est votre projet professionnel aujourd’hui ?

Aujourd’hui je cherche du travail car je ne suis plus gendarme depuis janvier 2016 et donc au chômage mais je ne touche rien. J’attends mon attestation employeur pour pouvoir toucher mes indemnités, mais les autorités refusent de me la donner sous une forme compatible avec ce qu’exige le pôle emploi.

En fait, je compte passer le concours de la gendarmerie et de la police nationale à la fin de l’année. 

Alors mon général, moins de sexisme dans l’armée ?

 

Caroline Flepp 50-50magazine

1 A la suite de la publication de ce livre Jean-Yves Le Drian a annoncé, des mesures pour lutter contre les comportements déviants dans l’armée. Les dix mesures concernent l’accompagnement des victimes, la prévention, des sanctions pour les agresseurs.

Seaade Besbiss Je voulais juste être gendarme. E Fayard . 2016