Articles récents C’est la fin de l’été, rangeons les maillots !

Ouf, la fin de l’été a sonné la fin du burkini, jusqu’à l’été prochain. C’est donc la trêve des « pyjamas de mer » comme les surnomme fort aimablement Riss dans Charlie Hebdo. Si on en profitait pour faire la trêve des polémiques sur tous les voiles du vaste monde ? Alors, on pourrait danser jusqu’à l’aube !

Allez Yallah ! Encore à l’eau une dernière fois, au lac, à la mer ou à la piscine, puis nous retournerons à nos moutons. L’heure de la rentrée a sonné, fini le burkini et autres pyjamas de mer, fini tous les maillots, du plus dénudant au plus couvrant, rangeons lunettes, crèmes solaires et parasols. Le Conseil d’Etat a tranché, les arrêtés municipaux ne font pas la loi, et c’est tant mieux pour nous, citoyennes et citoyens, à l’abri de notre bonne vieille loi républicaine, d’Arras à Tournus, de Quimper à Nice, de Montalivet jusqu’au lac de Malbuisson. Et du coup, effet secondaire non négligeable de la décision du Conseil d’Etat, les islamistes et leurs sbires ne pourront pas gémir cet automne sur les plateaux télé à propos d’islamophobie.

Maintenant, parlons de choses sérieuses : l’éducation, nos enfants, les violences faites aux femmes, la montée de la religiosité avec en tête du peloton, les islamistes. Les sujets de réflexion qui peuvent rassembler du monde ne manquent pas. Aborder ces sujets graves partout, y compris dans les quartiers les plus sensibles du pays, serait primordial aujourd’hui. Qui le fera ? Jusqu’à quand tu va-t-on se laisser berner, « rassoter, cocufier, embobiner, encabêquer, tartuffié par la religion la plus fidéiste, la plus conformiste et aujourd’hui la plus sanglante de la planète » écrit Jacques Julliard dans l’édito de Marianne. On ne peut que lui donner raison, tant il urge aujourd’hui, d’ouvrir la voie à autre chose que cette impasse idéologique ! Comme il serait réparateur de dédramatiser, nécessaire de dissiper les peurs, utile de comprendre les mécanismes de l’embrigadement pour mieux les démonter.

Oui, cela serait réparateur et nécessaire pour toute la société… Rêvons un peu, cela ne peut pas faire de mal… d’un quartier à un autre imaginons, dès cet automne estival, des rencontres joyeuses et festives. L’argent public aurait été efficacement réparti dans un réseau associatif (toujours dense et actif, malgré les baisses de crédits) : les gens se retrouveraient ici ou là, pour des spectacles, des performances, des concerts… « Ce serait le bonheur » comme au bon vieux temps. Mais voilà, après l’annulation de certaines grandes festivités, on sait trop que le rêve a tourné court.

Alors, en attendant une saison moins désespérément morose, à défaut de rêve, faisons une prière laïque : que les élu-es ouvrent les yeux sur leurs villes, sans fard et sans œillères ; que les associations s’associent, que les artistes, blogueur-es , activistes, femmes et hommes se déclarent prêt-e-s à inventer des formes, des danses et des actions, à désamorcer les actes de violence, à rire des simagrées des fidèles islamistes, à opposer un humour virulent à toute tentative de main-mise sur l’espace public comme sur le corps des femmes… Si bien qu’ici ou là, des graines de satanées Pussy Riot se mettraient à pousser, ainsi que des mots d’ordre inspirés, comme celui-ci : « trouve en toi l’audace de rire aux éclats. » Rien de mieux pour faire tomber la peur d’un cran, que de parler d’humour et de liberté : l’un et l’autre ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas.

 

Françoise Kayser –  cofondatrice de Femmes contre les intégrismes 

 

Dessin Claudia Delahaye 50-50 magazine

 

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