Articles récents Femmes en résistance aux stéréotypes

Femmes en Résistance, festival féministe de documentaires a 14 ans. Cette année les 24 et 25 septembre,  il met en lumière les femmes qui de chaque côté de la caméra se libérent des stéréotypes. Présentation de l’édition 2016 par Sandrine Goldschmidt, une des organisatrices.

 

Quel est le thème du Festival de cette année, qu’avez-vous souhaité mettre en lumière ?

Cette année, nous avons intitulé la 14e édition « femmes en résistance à l’image ». Nous avons eu envie de jouer sur l’ambiguité de l’appellation, pour dire qu’il fallait à la fois montrer plus de femmes à l’image, mais surtout montrer plus de femmes qui ne soient pas stéréotypées. Car des images de femmes il y en a, à travers la publicité, qui réduisent les femmes à l’état d’objet. Elles sont en permanence érotisées et assignées à des rôles stéréotypés. Passives, ou seulement ménagères, toujours pornifiées.

Nous, nous donnons à voir les femmes dans toute la palette de leurs compétences. Ainsi, elles sont créatrices, guérrières, artistes, combattantes, en situation de handicap ou valides, jeunes ou vieilles, de toutes origines, et résistantes à l’image qu’on voudrait montrer d’elles. Nous avons aussi voulu insister sur le fait que dans de très nombreux domaines, et en particulier ceux de l’image, les femmes sont toujours aux avant-postes.

Lors d’une précédente édition, nous avions projeté un documentaire sur Alice Guy, la première réalisatrice de fiction de l’histoire. Cette année, nous allons diffuser un film réalisé au moment des expositions sur les femmes photographes qui ont eu lieu aux musées de l’Orangerie et d’Orsay, qui met en évidence qu’il y a eu des femmes photographes dès les débuts de la photographie dans la première moitié du XIXe siècle (Objectif femmes de Manuelle Blanc et Julie Martinovic, en ouverture), et il y a eu des femmes photographes de guerre dès que ce métier a émergé. Nous verrons que les femmes sont aussi pionnières dans la réflexion sur l’image, comme c’est le cas de Chantal Akerman, à qui nous rendrons hommage en diffusant I don’t belong anywhere -le cinéma de Chantal Akerman de Marianne Lambert (le dimanche en début d’après-midi). Nous évoquerons aussi d’autres figures marquantes du féminisme malheureusement disparues, Benoîte Groult Une chambre à elle – entretiens avec Benoîte Groult de Anne Lenfant (le samedi soir) et Lina Mangiacapre, figure du mouvement féministe italien dans les années 1970 (Lina Mangiacapre, Artista del femminismo de Nadia Pizzuti, dimanche à 13h).

 

Le Festival  a 14 ans cette année, vous êtes à l’origine de cet évènement, pouvez-vous nous dire comment évolue la réalisation au féminin ?

Le festival a été fondé par une première équipe menée par la sociologue Anne Labit, j’ai rejoint l’équipe pour sa troisième édition. Les femmes réalisatrices aujourd’hui, sont plus nombreuses. Dans les écoles de cinéma, elles sont à égalité en nombre avec les hommes. En revanche, ensuite, il est plus difficile pour elles de réaliser des films, d’obtenir des budgets – plusieurs études montrent un écart considérable. Si en plus d’être des femmes réalisatrices, elles ont une approche féministe, c’est encore plus difficile. Le cinéma, même documentaire, se considère comme un art et le film militant, contrairement aux débuts de la vidéo dans les années 1970 où se sont multipliés les ciné-tracts, est plutôt mal vu. C’est pour cela qu’il est toujours aussi nécessaire aujourd’hui qu’existent des espaces culturels et militants comme celui de Femmes en résistance, qui est soutenu depuis 14 ans par l’espace municipal Jean Vilar d’Arcueil.

 

Vous avez une approche internationale du film documentaire, quels sont les pays mis en lumière cette année ?

Il est très important pour nous de ne pas trop fermer l’objectif sur ce qui se passe chez nous seulement. En particulier, nous attachons beaucoup d’importance à ce que des femmes réalisatrices à travers le monde puissent montrer leurs réalisations, faire entendre leur voix, proposer des images situées. Cette année, nous diffusons ainsi Profession documentariste (samedi, 18h), film de 7 réalisatrices iraniennes, qui font chacune un portrait de Téhéran. Dans Solar Mamas réalisé par Mona Eldaief et Jehane Nouhaim, des femmes de tous les pays, dont la personnage principale, jordanienne, apprennent en Inde à devenir ingénieures en énergie solaire, pour pouvoir aider leur village. Au Pérou, un mouvement de résistance de femmes contre le grand projet minier CONGA est le thème principal de Las Damas Azules un film espagnol. Nous voudrions pouvoir diffuser encore plus de films réalisés par des femmes du monde entier, mais nous n’avons pas toujours les moyens de faire réaliser un sous-titrage pour ces films, qui ont souvent du mal à passer dans des canaux de distribution « classiques », et qui donc n’existent pas en version française.

Par ailleurs, nous avons un film français qui va à la rencontre des femmes combattantes kurdes qui combattent en Turquie et maintenant contre Daesh, et sont des grandes révolutionnaires féministes.

 

D’autres films en particulier ?

Cette année, nous avons été sollicitées pour deux films concernant les femmes en situation de handicap. Le premier, Les vies dansent de Fanny Pernoud et Olivier Bonnet, montrent le parcours de plusieurs femmes qui ont dû être amputées suite à des accidents, et qui démontrent une énergie et une force de vie communicatives. C’est aussi le cas des deux personnages de Cerveaux mouillés d’orage de Karine Lhémon. Laurence et Hélène, toutes deux en situation de handicap, s’aiment, et cela ne plaît pas à tout le monde… mais elles sont extraordinaires et nous transmettent leur force et leur combativité à l’écran.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50/50 Magazine