Articles récents Suzy Rojtman : « Nous sommes les héritières du féminisme lutte de classes des années 70 »

Le Collectif National pour les Droits des Femmes a 20 ans. Ce regroupement d’associations féministes, de syndicats et de partis politiques montre que 20 ans après sa création, la partie n’est pas encore gagnée pour atteindre l’égalité. Suzy Rojtman, porte-parole raconte l’histoire, les temps forts, les batailles du CNDF.

Quand s’est créé le Collectif National pour les Droits des Femmes ?

Le CNDF a été créé en janvier 1996, à la suite à la grande manifestation du 25 novembre 1995 qui avait réuni plus de 40 000 personnes pour le droit à l’avortement et la contraception, contre l’ordre moral, pour le droit à l’emploi et pour une égalité réelle entre les femmes et les hommes. En juin 1995, Jacques Toubon, ministre de la justice du nouveau gouvernement Chirac, veut amnistier les commandos anti-avortement. La CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception) appelle associations, syndicats et partis à se mobiliser pour faire en sorte qu’ils ne soient pas amnistiés. Après avoir remporté une victoire, on décide de poursuivre dans la dynamique. D’où la manif du 25 novembre et ensuite la formation du collectif.

Notre collectif se veut fédérateur. Nous sommes les héritières du féminisme lutte de classes des années 70, l’intersectionnalité nous la mettions alors déjà en pratique. Il y avait alors notamment une coordination des groupes femmes des quartiers, des entreprises et des commissions femmes dans les syndicats.

 

Quels sont les principaux combats du CNDF ?

Nous sommes sur trois axes principaux, fondamentaux pour l’égalité : autonomie financière et égalité professionnelle, violences faites aux femmes. Le troisième axe, avortement/bioéthique est assuré historiquement par la CADAC. En ce moment la CADAC a pour priorité la lutte contre la GPA. Il est clair qu’il va falloir être très vigilantes sur l’avortement. Cela ne nous empêche pas de nous investir dans d’autres domaines, par exemple nous avons organisé en 2009 un rassemblement devant le Bataclan contre les propos sexistes du rappeur Orelsan qui s’y produisait .

En 2015, devant la croissance des résultats électoraux du FN notamment aux Européennes et aux régionales, nous avons décidé de nous remobiliser contre les extrêmes droites dans leurs rapports aux droits des femmes. Nous avons organisé un colloque en janvier 2015, suivi de réunions unitaires qui ont donné lieu à la mise en place du site Droits des femmes contre les extrêmes droites. Nous avons aussi édité un dépliant. Le vote des femmes est un enjeu crucial pour le FN qui doit élargir son électorat . Marine Le Pen a adapté son discours en ce sens. Il faut le décrypter, le démystifier, le confronter à la réalité des choses.

Nous sommes aussi à l’initiative d’une brochure avec 11 autres structures féministes contre les violences faites aux femmes. Dans cette brochure, nous avons réalisé la mutualisation de nos revendications, ce qui a donné un travail très complet et fourni.

La question aujourd’hui est de savoir comment continuer la lutte contre les violences.

Se profile aussi d’ores et déjà une année électorale au cours de laquelle il faudra interpeller les candidat-e-s. Le mouvement féministe a tout à y gagner à le faire de façon unitaire.

Il nous semble très important pendant ces mois de campagne de mettre en exergue la précarité des femmes et nous sommes très content-e-s d’avoir vu, grâce aux Glorieuses, réémerger le thème de l’égalité salariale sur lequel, il y a peu de temps une campagne unitaire avait été menée.

Et puis se construit de plus en plus l’idée pour le 8 mars de lancer une grève des femmes ou pour les droits des femmes, en collaboration avec des associations féministes et des syndicats. Ce serait, en affûtant nos revendications, un très bon mode d’interpellation des candidat-e-s.

 

Politiquement comment vous situez-vous ?

Nous ne sommes inféodé-e-s à aucun parti en particulier. Même si les partis qui nous ont rejoints sont de gauche ou d’extrême gauche, nous n’hésitons pas à critiquer le gouvernement de gauche comme par exemple sur la loi travail qui va impacter négativement les femmes. Nous avons participé à toutes les manifestations.

Nous ne ménageons jamais nos coups contre la droite qui, en ce moment, instrumentalise les droits des femmes dans un sens raciste, notamment lors du débat, très nauséabond, autour du burkini. Ou contre ceux qui veulent sans cesse remettre en cause le droit à l’avortement.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 Magazine

 

 

 

 

 

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