DOSSIERS Lee : « avec Trump on a soulevé une pierre et tous les rampant-e-s étaient dessous.»

Aux Etats Unis le jour de vote est le mardi, et parfois les Américain-e-s doivent jongler pour aller voter, entre travail et file d’attente, pour mettre leur bulletin dans l’urne. Après une campagne sexiste accompagnée d’insultes en guise de campagne politique, pour beaucoup il fallait que ça s’arrête pour ne plus entendre les outrances xénophobes, misogynes, amalgamées avec des propos anti-élite que le candidat Trump maniait sans honte dans ses meetings qui ressemblaient à des shows de TV reality de mauvais goût.

En particulier, de nombreuses électrices étaient lasses des injures et de l’arrogance que le candidat Trump montrait vis-à-vis des femmes. Malgré des accusations de viol qui semblaient plus qu’avérées, malgré les propos dégradants sur les femmes, les musulman-e-s, les noir-e-s e rien n’y faisait, il était toujours en première page ou sur tous les écrans. 

Robyn Di Giacinto, une écrivaine et journaliste du Wisconsin, expliquait dans  Women in and Beyond the Global qu’elle avait envoyé son bulletin de vote 8 jours avant le jour de l’élection pour s’en débarrasser, un sentiment qu’elle pensait ne jamais avoir, elle qui depuis son plus jeune âge avait exprimé sa ‘voix politique’ avec passion. Elle fait partie des Américaines désabusées.Néanmoins, Robyn Di Giacinto soulignait dans son article que quel que soit le résultat, la misogynie devenue arme politique et les suprématistes blancs ne disparaîtront pas. 

« Stand by her man »

Mais la misogynie n’est pas reconnue comme telle dans les milieux blancs conservateurs où les relations entre femmes et hommes sont fondées sur des concepts traditionalistes de famille qui reconnaissent l’homme comme chef de famille, tandis que la femme soutient les efforts du dit chef de famille. Dans l’intérêt de la famille elle doit « stand by her man », elle doit aussi voter comme son homme. 

Paul Manafort le chef de campagne de Trump, à qui un journaliste demandait si le candidat n’allait pas perdre le vote des femmes avec ses stratégies, avait fait remarquer que toutes les femmes n’étaient pas outrées par l’attitude et les paroles du candidat Trump, après tout elles finiraient par « stand by their man ». Il ajoutait que les femmes allaient comprendre qu’elles ne pourraient pas garder leur niveau de vie si leur homme ne pouvait plus payer les factures. Pendant ce temps, la foule criait « lock her up ! » (Enfermez la !) à l’adresse d’Hillary Clinton qui leur était présentée comme la diablesse de « l’establishment ». N’oublions pas qu’en 2016 les Etats Unis étaient 45ème dans le classement du rapport du forum économique mondial sur les différences entre les sexes.

Il y a bien un establishment aux Etats Unis et une certaine oligarchie a pris beaucoup de pouvoir depuis les années Reagan (1980…) durant lesquelles s’est mis en place d’une façon éhontée un transfert d’argent public dans des mains privées augmentant ainsi les inégalités. Bien sûr, Hillary Clinton était soutenue par une partie de l’establishment mais qu’en est-il du milliardaire Donald Trump ? Lui a reçu des soutiens plus occultes des pétroliers, des fonds d’investissement etc. 

Le discours de Trump a dénié aux femmes, particulièrement aux femmes de couleur, le droit d’exister socialement, de débattre, les laissant hors du champ politique. Pour lui, les femmes doivent se rallier ou servir l’homme tout puissant qu’incarne « the Donald » comme l’appelle le président Barrack Hussein Obama. 

Mais beaucoup ont sous-estimé l’impact du sexisme qui imprègne les décisions politiques. Les politiques anti-droits des femmes en particulier les droits sexuels et reproductifs, sont déjà en œuvre depuis longtemps. 

Certainement, l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, sûre de la victoire a négligé ces éléments. Ce sentiment de victoire évidente était renforcé par la publication de nombreux sondages la montrant largement gagnante. Le jour des élections le New York Times annonçait 85 % de chance de victoire pour Clinton contre 15 % pour Trump !

 

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A la rencontre des électrices et des électeurs

Le 8 novembre, nous sommes allées parler avec les électrices et électeurs dans la région de Baltimore dans le Maryland. 

Première étape, le nord du Comté de Baltimore (Baltimore County). Une région où les « red necks » côtoient des propriétaires terriens aisés ainsi que les classes bourgeoises de Baltimore qui souhaitent s’éloigner de la ville à majorité afro-américaine.

Lee qui a 78 ans, nous dit qu’elle est probablement la seule à avoir mis une pancarte pour Hillary dans son voisinage. C’est aussi la première fois qu’elle a eu peur de voir sa clôture vandalisée à cause de la violence raciste et anti-femme de la campagne. Elle nous confie que quand elle a vu ce qui se passait elle s’est dit « avec Trump on a soulevé une pierre et  on a vu tous les rampant-e-s qui étaient dessous.» Sur la route on pouvait voir des pancartes « Hillary for Prison » (Hillary en prison) et d’immenses pancartes pour Trump. 

Au bureau de vote, peu de personnes voulaient parler à un média étranger et féministe. Ce bureau de vote affichera une large majorité pour Trump.

Deuxième étape, Baltimore dans le quartier de Towson ou l’électorat a soutenu Bernie Sanders dans les primaires démocrates. Nous parlons à Kerry. Elle nous dit tout de suite qu’elle avait voté pour Bernie Sanders au primaire, mais qu’elle votera pour Hillary Clinton. En fait pour elle Trump n’a aucun respect pour les femmes et il lui rappelle Hitler. Elle reproche l’utilisation du facteur de la peur pour manipuler les crédules. Elle ajoute : « je ne veux pas de lui près d’un bouton qui peut déclencher une attaque nucléaire » et elle conclut, confiante, qu’elle est fière de voter pour élire la première femme présidente des Etats Unis. Son bureau de vote affichera une large majorité pour Hillary Clinton. 

Le Maryland élira Hillary Clinton mais le président sera Donald Trump. Il sera intronisé le 20 janvier 2017 avec son vice-président Mike Pence gouverneur de l’Indiana qui a montré sa haine des droits des femmes et des LGBT. Il est parfois considéré comme étant encore plus dangereux que son président.

Des groupes de femmes, des féministes se rallient pour organiser le 21 janvier ce qui sera probablement la plus grande manifestation/marche après une investiture.

 

Brigitte Marti 50-50 magazine

 

 

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