DÉBATS La marche historique des femmes à Washington DC

Pramila Venkateswaran, poétesse et professeure de littérature/études de genre (women’s studies) à Nassau College dans l’état de New York, a fait le voyage de Long Island à Washington DC pour participer à la marche des femmes. Elle nous a envoyé son témoignage.

Il faisait encore nuit quand je suis partie pour DC (Washington) avec la section de New York de la « National Organization of Women, NOW »  ; nous étions en route pour la Marche des Femmes qui allait aussi compter des hommes, des enfants, des familles et des membres de la communauté LGBT, tou-te-s uni-e-s pour protester contre l’élection de Donald Trump et les politiques discriminatoires qu’il va mettre en place.

Dans notre bus, nous étions tout-e-s ensemble avec pancartes ou banderoles confectionnées par nos soins. La responsable de NOW New York, May Nazareno, a profité du voyage pour nous donner quelques informations pratiques importantes : nos droits dans l’éventualité d’une arrestation, comment agir si nous étions fouillé-es par la police, la logistique de la marche, les contacts téléphoniques à connaitre, et les points de rendez-vous. Elle nous avertit que nous pouvions être aisément séparé-e-s par la foule.

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Cela n’a pas manqué, dès les premières minutes dans la marche, un véritable flot de femmes, d’hommes et de jeunes allait en croissant vers le point de convergence, et mon amie et moi avons donc été séparées de nos comparses. Très vite nous nous sommes retrouvées poussées plus au cœur de la foule près du centre de la manifestation d’où nous avons pu écouter les discours de la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, ses idées politiques stimulantes, sa vie personnelle, et d’Alicia Keyes une femme vétéran, toutes les deux membres du planning familial et poétesses. Malgré la cohue, tout-e-s étaient attentives/attentifs aux uns et aux autres reprenant les chants en cœur, « We have the power » « Let us March » et portant haut les pancartes rappelant l’importance des droits des LGBT, de la justice sexuelle et reproductive, du mouvement « Black lives matter» (la vie des Noir-e-s compte), des accidents du capitalisme, des traités du changement climatique, des maltraitances faites aux prisonnier-e-s, des droits des femmes musulmanes … Un sentiment d’indignation accompagné d’un sens de solidarité, de « care », d’appréciation de la diversité et une soif de justice étaient manifestes.

Les chansons mythiques comme « We shall overcome » et « This little light of mine/I’m gonna let it shine » résonnaient dans les rues. Je m’efforçais de suivre les paroles avec tout le monde, les chansons et les slogans nous portaient. Des femmes autour de moi m’ont dit qu’elles ne se sentaient plus seules bien au contraire. D’autres de Floride et de Caroline du Nord disaient qu’elles se sentaient ostracisées et outrées par la suppression de vote, l’élimination des droits des transgenres, et par toutes les discriminations.

Cette marche représentait tellement pour toutes et tou-te-s, jeunes, vieille/vieux, femmes, hommes, queer, hétéros, Noir-e-s, Blanches/Blancs, Brun-e-s, Asiatiques, Africain-e-s, Européen-ne-s.

J’ai interviewé une large section de femmes, d’Afrique du Sud au Mississippi et à l’Etat de New York. J’ai été étonnée de constater que la même inquiétude de suppression de droits les animait ; respect pour la diversité et la démocratie, droit à la santé, à l’éducation, et à la justice reproductive.

Sur le chemin de retour vers le bus, j’ai entendu les gens avancer un chiffre de plus d’un demi-million de personnes présentes ce jour-là. Un homme de la sécurité a tenté un million. Je réalisais que vue la dispersion de la manifestation, des gens avaient dû être poussés vers les rues avoisinantes.

Donald Trump avait fait bloquer les rues autour de la Maison Blanche. Il avait aussi interdit le survol de la manifestation, interdisant ainsi les comptes du nombre de manifestant-e-s. Le jour précédant, pour l’investiture de D. Trump, la zone était constamment survolée pour chiffrer avec exactitude l’affluence.

May Nazareno m’a fait remarquer le peu de reporters présent-e-s. Pourquoi si peu de couverture médiatique ?

Quoiqu’il en soit, nous étions tou-te-s témoins de l’espace que nous occupions dans cette immense foule ce jour-là !

 

Pramila Venkateswaran

Témoignage reculli et traduit par Brigitte Marti

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