Articles récents Suzy Sepetchyan footballeuse professionnelle arménienne : « un jour on nous a donné un terrain avec des vaches, mais même avec des vaches on était contentes !»

Suzy Sepetchyan est Arménienne, elle a débuté le sport à l’âge de 10 ans. Elle a tout d’abord pratiqué le handball puis l’athlétisme et le javelot. En Arménie, il est très mal vu, pour une fille, de faire du sport au-delà de 12 ans, à l’âge de la puberté, mais elle a continué. A 18 ans la jeune sportive qui regardait avec intérêt les équipes de foot féminin s’entraîner s’est décidée à aller vers un sport « réservé aux hommes .»

Le foot féminin est alors en plein développement car l’UE s’y intéresse. Les subventions de la commission dépendent de la mise sur pied d’une équipe féminine. Le football féminin explose dans tout le pays.

Au sein de son équipe, Suzy Sepetchyan est la plus jeune, 18 ans, les autres femmes ont 24/25 ans. Elle participe à un championnat en Russie et à son retour intègre une équipe de haut niveau dans laquelle la moitié des filles est dans l’équipe nationale. Puis elle intègre l’équipe nationale comme gardienne.

Le problème est que si la fédération arménienne incite les filles à jouer, elles sont très mal payées, contrairement aux hommes, bien évidemment. Les footballeuses gagnent autour de 80 € ce qui correspond juste à leurs frais de transport. La plupart des filles sont obligées d’avoir un deuxième travail. On leur propose d’entraîner des petites filles. La vie de Suzy Sepetchyan est alors son équipe de foot et l’entraînement de deux équipes de petites filles.

Les footballeuses manquent de ballons, de matériels de protection, de terrains. Les terrains sont occupés par les hommes, elles n’ont le droit de s’y rendre qu’aux heures où il fait le plus chaud, c’est à dire entre 12 h et 14h, des heures où la température peut monter jusqu’à 50° ! « un jour, on nous a donné un terrain avec de l’herbe haute et des vaches, mais même avec des vaches on était contentes ! » explique Suzy  Sepetchyan.

« Comment un parent normal peut-il accepter que sa fille joue au foot ? »

Le président de la fédération nationale de foot arménien qui est souvent invité à s’exprimer à la TV dira un jour : « je n’accepterai pas que ma fille joue au foot. Et d’ailleurs comment un parent normal peut-il accepter que sa fille joue au foot ? »

Dans son pays Suzy est montré du doigt, le foot féminin est très peu accepté par la population, il est le domaine des hommes. Heureusement pour elle, ses parents sont des personnes très compréhensives.

Suzy et son équipe jouent souvent avec des garçons car il est difficile de trouver des partenaires à leur niveau. Elle raconte qu’au début de chaque match mixte les garçons arrivaient sur le terrain, sûrs de leur fait puis commençant à perdre déchantaient et se mettaient alors à se battre un peu plus.

L’équipe nationale de femmes arméniennes joue en Norvège, en Allemagne, en Ukraine, en Georgie et même en Iran où les hommes étaient évacués de la salle par des femmes policières.

Pas assez de ballons

Lors des réunions d’entraîneurs, il y a principalement des hommes autour de la table. Et comme dans de nombreux secteurs, comme dans de très nombreux pays, on saute les discours des femmes. « On était des marionnettes » résume Suzy Sepetchyan. Le président de la fédération, un grand macho pour la footballeuse, en a eu assez des revendications des filles, les équipes de filles ont dû petit à petit arrêter.

Certaines de ses camarades sont devenues arbitres, car c’est l’Europe qui les payait directement. Suzy Sepetchyan, elle, a arrêté le foot et poursuivi ses études tout en continuant d’entraîner des équipes de filles. Elle obtient un diplôme de journaliste/professeure de sport.

Elle arrive en France en 2008 comme jeune fille au pair. Elle continue des études de STAPS management du sport.

Aujourd’hui Suzy Sepetchyan, qui travaille comme manager dans une enseigne française, a des douleurs de dos récurrentes car elle s’est blessée à de nombreuses occasions et la médecine du travail n’existe pas pour les femmes en Arménie …

Caroline Flepp 50-50 magazine

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