Articles récents Hélène Bidard, une élue sur le terrain

Hélène Bidard est adjointe à la Maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à l’égalité femmes/hommes, la lutte contre les discriminations et des Droits Humains. Depuis avril 2014, elle est sur le terrain pour faire avancer les questions d’égalité professionnelle, des violences faites aux femmes, de l’éducation à l’égalité filles/garçons, du harcèlement de rue …

Pourriez-vous dresser un bilan sur ce qui a été fait par la ville de Paris en termes d’égalité professionnelle ?

En décembre 2016, la ville de Paris a présenté un rapport sur l’égalité femmes-hommes en préalable à son budget donnant à voir l’effort de la ville quant à la promotion des droits des femmes et à l’égalité femmes-hommes. Ce document rendu obligatoire par la loi du 4 août 2014, et permet de penser un budget genré pour toute collectivité supérieure à 20 000 habitant-e-s en plus du bilan social existant. .Si ce n’est pas une révolution, c’est toutefois une progression.

Les choses ont très vite avancé concernant la lutte contre le harcèlement sexiste et sexuel. Entre juin 2016 et janvier 2017, nous avons travaillé sur la mise en place d’un nouveau dispositif au sein de la ville de Paris. Nous avons mis en place un numéro unique d’écoute destiné à un très large public : les femmes victimes de harcèlement sexuel et sexiste mais aussi moral, victimes de discriminations, de conflits au travail… A l’autre bout du fil, des écoutant-e-s ont été formé-e-s par l’AVFT (Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail) pour poser les bonnes questions et repérer les personnes particulièrement touchées : quand un cas de harcèlement est soupçonné ou effectivement identifié, un dispositif d’urgence peut être déclenché sous 72h pour assurer une protection de la victime, la suspension de l’auteur et la saisie du procureur pour accompagner les plaignantes. Une enquête interne est lancée en parallèle par une cellule pluridisciplinaire (également formée par l’AVFT) comprenant des services de ressources humaines, la médecine préventive, le service égalité, intégration, inclusion, Si besoin, l’inspection générale de la Ville de Paris, qui est une autorité indépendante, est saisie. D’autre part, des affiches d’information sont prévues pour les différents lieux où travaillent les agent-e-s de la ville. Le dispositif prévoit également le déploiement de formations.

Avec le bulletin de paie de février, on a largement diffusé le numéro d’écoute qui a fait l’objet de 45 appels pour harcèlement ou discrimination depuis le mois de janvier dont 3 cas pour harcèlement sexuel qui ont déclenché une prise en charge. Ce genre de dispositif est indispensable pour que les violences cessent de bloquer l’égalité professionnelle, particulièrement depuis l’affaire Baupin, puisqu’il travaillait pour la ville de Paris… quand on sait que 1 des salariée sur 5 peut être concernée : sur les 53 000 agent-e-s de la ville de Paris dont 57% sont des femmes, cela signifie un nombre de victimes potentielles assez élevé. Cette collectivité a été la première à mettre ce dispositif en place, ce qui a nécessité 6 mois de préparation car la cellule se devait d’être réellement solide afin de pouvoir servir d’exemple. La Maire de Paris s’est bien sûr engagée à titre personnel et dans 6 mois nous ferons bilan pour voir si l’accompagnement est correct, et suffisant pour lever l’omerta.

Nous travaillons également avec les ressources humaines à remplir les critères préconisés pour l’obtention du label « égalité » de l’AFNOR, ce qui est assez vaste vu la diversité des métiers proposés par la ville. Nous constatons encore des métiers extrêmement genrés, tels que la propreté pour les hommes, la petite enfance pour les femmes, et essayons d’y remédier.

Les quelques rares femmes dans les services d’égoutiers sont des filles ou petites filles d’égoutiers ! Et sont par définition les cibles parfaites de remarques sexistes…

Vous avez lancé en 2016 une campagne  « la lutte contre le harcèlement de rue »  

L’événement du lancement de notre campagne de lutte contre le harcèlement de rue a été particulièrement positif, avec plusieurs services de la ville, associations présentes et différents collectifs (Osez Le Féminisme, le collectif Stop le harcèlement de rue, A nous la nuit, le conseil local de la jeunesse à Paris et bien d’autres), et une moyenne d’âge dans la salle inférieure à 30 ans, ce qui est très enthousiasmant ! Des jeunes hyper militant-e-s se sont donc mobilisé-e-s autour de cette campagne de communication de la ville de Paris avec affiches, cartes postales, animatics etc.. Et elle a si bien marché que certaines de nos affiches ont traversé l’océan et se sont retrouvées à Washington lors de la Women’s March!

Deux applications pour smartphone ont été créées et sont désormais disponibles ou sur le point de l’être. La première est une cartographie autour du harcèlement de rue (notamment autour des transporteurs, la RATP, la SNCF, Autolib etc.) pour permettre un signalement et via cette cartographie pouvoir mieux adapter l’aménagement urbain. La deuxième s’appelle HandsAway, elle existe déjà, et permet un signalement de sa localisation en cas de problème, de s’identifier en tant que victime ou témoin, afin de créer un réseau d’aide et que des personnes à proximité puissent intervenir (le concept de « street angels »). Évidemment ce genre de dispositif implique d’être constamment modéré, tout ceci se développe, est en construction mais montre bien que nos actions ne se situent plus uniquement sur le plan de la communication mais sont bien des mesures concrètes.

Quelle politique a développé la mairie de Paris sur la question de l’éducation à l’égalité ? 

Une recherche action à la lutte contre les stéréotypes des personnel-le-s a été faite au sein des 20 établissements d’accueil de la petite enfance parisiens avec l’analyse de leurs propres pratiques par des professionnel-le-s. Ce travail sera restitué le jeudi 9 mars auprès des autres établissements d’accueil géré par des associations.

Nous avons travaillé également sur la formation auprès d’animatrices/animateurs et de référent-e-s éducatifs maternelle et primaire dans le cadre du périscolaire, dans une CASPE (Circonscriptions Affaires Scolaires et Petite Enfance) pilote.

Le dispositif « Collège pour l’égalité » qui offre des ateliers de sensibilisation au sein des Collèges de Paris va être renouvelé avec plus d’ampleur cette année. Je souhaite doubler l’offre d’interventions dans les collèges par différentes associations, mêler lutte contre les discriminations et égalité femmes/hommes.

D’ailleurs pour ce thème est mis à l’honneur pour ce 8 mars à Paris. Afin de permettre aux professionnel-le-s, aux familles et aux enfants d’appréhender et découvrir ce que signifie concrètement l’éducation à l’égalité non stéréotypée, la Ville de Paris organise aujourd’hui  8 mars de 9 h à 16h au centre social M. Noguès dans le 14ème un salon de l’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge dédié à la découverte de la mixité des métiers, des jeux et des livres non-stéréotypés ainsi que de la pratique sportive mixte. En présence d’associations, des services des sports et des bibliothèques, d’auteur-e-s et illustratrices/illustrateurs de livres jeunesse, les enfants pourront participer à des ateliers pour découvrir des nouvelles histoires tirées de livres jeunesse non stéréotypés, pour s’initier aux jeux et jouets non sexistes, pour participer à  des ateliers sur le libre choix des métiers en fonction des envies de chacun-e, pour s’initier à des activités sportives dites « masculines » ou « féminines » et à de la pratique en équipe mixte.

Toute la journée, les enfants accompagnés de leurs parents pourront visiter le stand de lecture de livres non sexistes animés par des bibliothécaires. Enfin un atelier dédié aux professionnel-le-s sera animé en matinée.

Que pouvez-vous nous dire sur l’accompagnement des femmes victimes de violences? 

Nous travaillons sur la continuation de l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes, avec une bonne nouvelle en décembre dernier, puisque nous avons obtenu un budget de la ville pour du personnel supplémentaire. Le dispositif « Femmes en très grand danger » est d’autre part toujours en cours. Une trentaine de téléphones sont disponibles, avec un bon turnover pour l’instant suffisant, correspondant à la demande.

Nous soutenons la volonté de l’institut de victimologie de trouver un lieu plus grand, on l’espère, au sein d’un grand centre de santé associatif déjà existant. Cela permettrait d’ouvrir plus de consultations psycho-traumatique et même ophtalmologique, gynécologique… Un accompagnement médical approprié permettra de sortir plus rapidement du cycle de violences, et nous avons la volonté d’inscrire ceci dans un projet de santé global. C’est un pilier important de la lutte contre les violences : les psychologues doivent être au tarif sécurité sociale sinon on observe un dysfonctionnement, toutes les femmes ne pouvant y avoir accès. Il y a pour l’instant un réel déficit de la formation des psychologues sur cet accompagnement spécifique et sur la prise en charge des enfants. Les enfants qui assistent à des violences intra-familiales sont traumatisés eux aussi et doivent donc être pris en charge. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place le dispositif de Mesure d’Accompagnement Protégé (MAP) visant à protéger la mère et l’enfant.

Qu’en est-il de l’accueil à Paris des femmes sans abri et des réfugiées ?  

Concernant les femmes sans abri, (environ 7 000 à Paris) des dispositifs d’accompagnement sont mis en place et beaucoup de travail est fait par des associations souvent mal connues, qui sont pourtant extrêmement utiles, comme la Maison des Femmes dans le 12ème arrondissement, avec dans leurs locaux des douches, un espace cuisine, un espace d’accueil…

On manque de places dédiées aux femmes, on constate un manque de places d’hébergement et d’accès au logement… De ce fait quand certaines femmes sont dans les hébergements d’urgence, elles y restent plus longtemps, ce qui crée un réel embouteillage.

De la même manière, pour les femmes réfugiées, il fallait des centres à part comme à Bourg-la-Reine, et maintenant à Ivry-sur-Seine, pour séparer les femmes et la famille du centre de La Chapelle. Tout ce qui était en extérieur à la Chapelle était mal pris en charge et des réseaux de prostitution s’organisaient, les femmes vivaient donc des traumatismes supplémentaires une fois leur arrivée déjà éprouvante. Il était urgent de créer des centres dédiés, d’instaurer de l’intimité. Bourg-la-Reine existe depuis 2015, et Ivry, plus grand centre, a été créé fin 2016, il est plus axé justement sur les femmes et les familles, pour désengorger d’autres lieux.

Par ailleurs, au dernier conseil de Paris de janvier 2017, nous avons voté un vœu pour un accompagnement de la ville au projet d’une association « Règles élémentaires » qui organise des collectes de produits hygiéniques pour les femmes sans-abri.

Quel bilan dressez-vous depuis le vote en avril dernier de la loi d’abolition de la prostitution? 

Cette loi a aussi une importance pédagogique : on a réussi à faire passer l’idée que la prostitution n’est pas condamnable, l’abolition du délit de racolage a été essentielle. La France est en bien meilleur chemin que certains de ses voisins comme l’Allemagne ou l’Espagne, mais ce n’est pas encore assez, d’autant que certains réseaux de traite profitent largement de la crise, notamment migratoire.

Il est compliqué de faire à un bilan, surtout parce que la réponse systématique de la préfecture de police à chaque fois qu’on les questionne sur la mise en place de la loi est qu’ils ne peuvent rien faire à cause de l’état d’urgence. Il n’y a pas de policiers pour mettre des amendes, la brigade de répression du proxénétisme est réquisitionnée avec les autres brigades pour des surveillances dans le cadre de l’état d’urgence, ceux qui peuvent participer à la délivrance des titres de séjour aux prostituées victimes de réseaux de traite, sont aussi occupé à cette histoire de surveillance, donc les retours que l’on a sont pour l’instant insatisfaisants.

Démanteler les salons de massage et maisons closes, déjà mal identifiés, s’apparente désormais à un travail de fourmi (21 démantèlements pour 345 salons, ce qui n’est pas à la hauteur). On manque donc cruellement d’effectifs pour faire appliquer la loi, et des moyens financiers pour soutenir les parcours de sortie. La loi est bonne et a tout pour fonctionner mais les mesures votées par cette loi restent en attente, avec un manque de volonté de la part de la préfecture de police et du ministère de l’Intérieur. On est encore loin de l’objectif de dissuasion visé, même si on peut tout de même constater que la seule menace d’amende a eu un effet positif sur les clients qui sont plus craintifs qu’auparavant.

Propos recuellis par Copélia Mainardi et Caroline Flepp 50-50magazine

Photo de Une : Hélène Bidard au sein de la fan zone lors de la campagne « le prix d’une passe n’est pas celui que tu crois » pendant l’euro 2016 entourée du  Mouvement du Nid et de Zéromacho.

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