Articles récents Emmanuel Macron : « l’égalité femmes/hommes sera la Grande Cause nationale du quinquennat »

Marlène Schiappa est maire-adjointe du Mans, déléguée à l’égalité, fondatrice de Maman travaille, référente En Marche ! sur égalité femmes-hommes, membre de la Commission Nationale d’Investiture d’En Marche ! pour les élections législatives. Elle fait le point sur le programme d’Emmanuel Macron qui  veut faire d’égalité femmes/homme une grande cause nationale.

 

De votre point de vue, Marine Le Pen défend-elle les droits des femmes comme elle l’affirme ?

Dire que Marine Le Pen est une candidate féministe est un grossier mensonge. Non seulement elle ne propose rien dans son programme pour les droits des femmes et pour l’égalité femmes/hommes, mais de plus elle a, à plusieurs reprises, entravé l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le fait d’être une femme ne fait pas d’elle une candidate féministe. Les seuls droits qu’elle défend sont ceux des femmes de la famille Le Pen : les femmes peuvent faire de la politique au FN à condition de s’appeler Le Pen, elles ont droit à une vie publique à condition de s’appeler Le Pen.

Le FN est dans la droite ligne de sa famille politique : l’extrême droite. Cette dernière a toujours été l’ennemi de l’égalité femmes/hommes et l’ennemi des droits des femmes. Je suis maire adjointe du Mans, déléguée à l’égalité femmes/hommes. À chaque fois que je propose une délibération sur cette question, les élu-e-s du Front national s’y opposent. L’un d’eux a même été condamné pour des propos homophobes tenus en plein Conseil municipal.

Toutes leurs propositions politiques vont contre le droit à l’IVG, contre l’information sur la contraception et les droits sexuels et reproductifs, et vont même contre le travail des femmes. Les eurodéputé-e-s frontistes ont voté contre les huit rapports renforçant les droits des femmes, présentés au Parlement depuis 2014 : contre le congé maternité à 20 semaines partout dans l’Union, contre un salaire égal à compétences égales etc. L’eurodéputé frontiste Dominique Martin a défendu en séance la « liberté des femmes de ne pas travailler » et de « s’occuper de leur foyer. »

Prétendre que, parce qu’elle est une femme, elle est la candidate féministe qui va défendre les droits des femmes, est un grossier mensonge. Marine Le Pen a déclaré, en mars 2012, « je suis contre un ministère des Droits des Femmes, les femmes ne sont pas des petites choses fragiles à protéger » (1) et la même année sur France 2 « la parité est contraire à la méritocratie républicaine ». C’est une candidate opportuniste qui utilise les droits des femmes pour attirer les électrices/électeurs alors qu’elle ne les a jamais défendu-e-s et ne les défendra jamais.

 

Emmanuel Macron vient de signer le Pacte de l’égalité, mais pour le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle, un certain nombre de syndicats et d’associations, la loi Travail, qu’il ne veut pas amender, pénalisera en premier lieu les femmes.

Je ne pense pas qu’il y ait d’antagonisme entre la loi Travail et le Pacte de l’égalité.

Les personnalités qui considèrent que la loi El Khomri va à l’encontre des droits des femmes sont marquées politiquement. C’est une position politique. En réalité, si on sort de la caricature et si on va regarder dans le fond de cette loi, il y a un certain nombre de volets qui protègent le travail des femmes : l’obligation pour les employeur-e-s de participer au financement du mode de garde lorsque les femmes travaillent en dehors des horaires d’ouverture habituelles comme le dimanche ; le rôle renforcé des syndicats dans les entreprises pour mieux protéger les femmes. Je ne suis pas d’accord pour dire que la Loi travail brime les femmes.

Les objectifs énoncés dans le Pacte de l’égalité n’ont pas de rapport avec la loi El Khomri. On y retrouve par exemple l’obligation de renforcer les modes de gardes pour tous les jeunes parents, l’exigence de tendre vers plus d’égalité professionnelles. Un grand nombre des points proposés par le Laboratoire de l’égalité sont dans le programme d’Emmanuel Macron.

 

Emmanuel défend le droit à l’IVG, ne pouvait-il pas aller plus loin en l’inscrivant dans la Constitution comme le proposait Jean-Luc Mélenchon ? Qu’en est-il de l’accès à la contraception ?

Inscrire l’IVG dans la Constitution est une question qui doit être tranchée, si le débat est ouvert, par les constitutionnalistes. Emmanuel Macron soutient concrètement l’IVG et pas uniquement par des mesures symboliques.

Notre candidat s’est engagé à augmenter très fortement les crédits alloués au Planning familial et à tous les centres de planification familiale de France. C’est une mesure importante quand on sait qu’il y a énormément de plannings familiaux qui n’ont plus d’argent aux États-Unis.

Emmanuel Macron s’est engagé à donner plus d’importance aux associations, aux ONG, et à toutes les organisations qui militent dans la société civile sur ces questions. Il s’est engagé à défendre le droit à l’IVG et à le sacraliser. On peut ouvrir un débat public pour savoir par quel biais il faut y arriver.

Concernant l’accès à la contraception, Emmanuel Macron s’engage à augmentation les crédits du planning familial.

L’équipe d’En Marche ! travaille à un grand plan de communication et de pédagogie sur toutes les questions concernant les droits sexuels et reproductifs.  Le planning familial est l’interlocuteur de référence des collégien-ne-s. Les filles et les garçons qui ont des questions sur la contraception se tournent avant tout vers le planning familial.

Il y a la question de la contraception, mais il y a aussi la question du consentement, du respect de son corps, du respect du corps des autres, du respect de la parole, et la lutte contre la culture du viol. Ce sont des questions sur lesquels on veut lancer des actions de communications et de pédagogie, en concertation avec les associations, et tout-e-s les actrices/acteurs de ces questions sur le terrain.

 

Concrètement que proposez-vous pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Emmanuel Macron fera de l’égalité femmes/hommes la Grande Cause Nationale de son quinquennat. Lorsque Jacques Chirac a fait, en 2002, de la sécurité routière la Grande Cause Nationale, le nombre de morts sur les routes a diminué fortement.

Depuis des années, les féministes répètent qu’il y a 83 000 viols par an et qu’1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint/partenaire. Notre objectif sera de faire diminuer ces chiffres sur 5 ans.

Le programme prévoit une grande action de communication, sur le modèle de celle qui avait été faite sur la sécurité routière, d’un durcissement des peines, ainsi que d’une réflexion sur l’augmentation du délai de prescription sur la base du rapport remis le 8 avril 2017 par la mission de consensus.

10 000 postes de policiers de proximité supplémentaires seront créés pour sanctionner les auteurs des violences. Les insultes sexistes, le harcèlement de rue, les mains aux fesses etc. seront verbalisés immédiatement par la police de proximité. Il n’y aura pas un policier derrière chaque citoyen mais cette mesure a une valeur d’exemple, et l’exemplarité fonctionne. Cela signifiera que mettre une main aux fesses à une femme dans la rue est passible d’une amende payable immédiatement. Actuellement, c’est rarissime qu’une victime de harcèlement de rue aille déposer une plainte au commissariat. Cette mesure permettra de dire le droit. Elle envoie un message fort : ce n’est pas parce qu’on est dans l’espace public que le corps des femmes appartient à tout le monde et qu’il est possible de le toucher. Il s’agit de redire la notion de consentement et de son importance.

Nous pensons que l’exemplarité des peines est la meilleure campagne de communication. Actuellement seulement 1 violeur condamné sur 16, dans le monde, fait de la prison. Ce n’est pas normal, ce n’est pas admissible.

 

Comment Emmanuel Macron compte-t-il déconstruire les inégalités filles/garçons et éduquer à l’égalité ?

L’égalité entre les filles et les garçons est une priorité absolue des politiques d’éducation. Nous prévoyons de créer des politiques d’incitation à l’éducation sur l’égalité filles/garçons en accompagnant les associations compétentes.

Pendant la campagne j’ai auditionné beaucoup d’associations qui travaillent sur l’égalité filles/garçons. On s’est aperçu qu’il y a énormément de bonnes pratiques à généraliser. Le rôle de l’Etat sera de faire l’intermédiaire entre les associations et les écoles ou les collèges qui voudront travailler sur ces questions. Certaines décisions seront laissées à la discrétion de chaque établissement scolaire.

 

Le ministère des Droits des femmes d’Emmanuel Macron sera-t-il doté d’un budget conséquent ? Comment le concevez-vous ?

Le périmètre exact et le portefeuille du ministère des Droits des femmes sont des décisions que le Président de la République et son Premier ministre prendront au moment où ils formeront le gouvernement.

Puisque l’égalité sera la Grande Cause Nationale du quinquennat, il y aura un budget spécifique alloué au ministère des Droits des femme mais il y aura aussi des budgets transversaux. Par exemple, la réduction des inégalités professionnelles dépendra également du ministère du Travail, l’accès à l’IVG et la défense des droits sexuels et reproductifs, du ministère de la Santé etc.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp et Mailys Ardit 50-50 magazine

 

(1)  Marine Le Pen à Science Po, propos recueillis par Valérie Toranian, mars 2012

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