Articles récents Nouvelles du Front de Marine Tondelier : bienvenue dans une ville FN !

Bienvenue chez les frontistes ! Bienvenue à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), ville FN depuis 2014 ! A quelques jours du 2nd tour de la Présidentielle, Nouvelles du Front, le livre de Marine Tondelier, offre une plongée glaçante dans l’univers de la ville. Sous le vernis de la dédiabolisation, derrière l’image du maire qui se soucie des classes populaires, se cache une politique oppressante faite de harcèlements et de calomnies, à l’encontre de celles et ceux qui s’opposent aux idées de l’extrême droite. Une chape de plomb s’est abattue sur la ville.

Le 23 mars 2014, Steeve Briois réunit 50,25% des suffrages dès le premier tour des municipales. Originaire d’Hénin-Beaumont, le nouveau maire est adhérant du Front national depuis l’âge de 16 ans. Militant pour le rétablissement de la peine de mort, il devient responsable du Front national dans la commune en 1994. Avec son adjoint Bruno Bilde, il forme le duo de tête de la ville d’Hénin-Beaumont.

Membre d’EELV, Marine Tondelier fait partie de l’opposition au sein du conseil municipal d’Hénin-Beaumont. Être élue de l’opposition n’est pas une fonction aisée. A Hénin-Beaumont il faut subir diffamations et insultes de la part des frontistes. Elle assiste impuissante à la paranoïa qui s’est installée dans la ville, lorsque des habitant-e-s refusent de lui parler en pleine rue mais lui donnent rendez-vous par téléphone.

Le conseil municipal met les nerfs de l’opposition à rude épreuve. Séance après séance, le maire laisse ses adjoint-e-s insulter et intimider les élu-e-s d’opposition, parfois même les encourage, devant un public totalement acquis à sa cause. Lorsque Marine Tondelier prend la parole, elle est traitée de « socialope » de « Khmer vert », on lui crie de se taire, d’aller se faire interner etc. il n’est pas rare que Bruno Bilde s’emporte en pleine séance en hurlant contre les membres de l’opposition « vos arguments sont stupides », « vous êtes la honte de la ville », « arrêtez vos mensonges et vos délires » avant de lancer une expression destinée à amuser le public : « quand on veut grimper au cocotier, il faut avoir le cul propre madame.  » Le maire fait d’une pierre deux coups, l’opposition est humiliée et le public s’amuse. Ce climat laisse des traces parmi les militant-e-s et alimente la délation et les appels à la violence.

Après qu’elle soit allée aider des associations au camp de Grande Synthe, Marine Tondelier reçoit des messages de haine de sympathisant-e-s : « trop conne la meuf », « QI d’huitre », « qu’on la tonde liée sur la place publique. »

Avec courage, elle entend reconquérir sa ville. Elle refuse de se taire, rencontre les habitant-e-s dans des bars, écoute les témoignages, est présente sur le terrain. Elle essaye de consolider l’opposition, de répondre à la propagande et aux diffamations sur les réseaux sociaux en rétablissant la vérité. Ce livre fait partie de sa stratégie: « se laisser intimider, c’est les laisser gagner une seconde fois. »

 

Le FN, un parti vautour et caméléon  

Hénin-Beaumont était la ville propice à l’arrivée du FN. Les formations politiques traditionnelles précédentes, notamment les socialistes, lui ont préparé le terrain et servi la ville sur un plateau. Les membres du Conseil municipal ont pris l’habitude de prendre des décisions importantes sans en avertir la population. La fusion entre Beaumont-en-Artois et Hénin-Liétard, qui a donné Hénin-Beaumont, s’est faite dans la douleur. Les adjoint-e-s croyaient qu’être élu-e-s signifiait qu’elles/ils pouvaient prendre des décisions au nom de la population sans faire la moindre communication. La population a été écœurée de la politique par le maire socialiste Gérard Dalongeville, poursuivi pour 18 détournements de fonds, 11 délits de favoritisme, 6 usages de faux et corruption passive. Face à l’endettement de la ville pour 120 ans, elle s’est sentie impuissante, a perdu confiance dans les formations politiques traditionnelles et s’est tournée vers le Front national.

Le Front national a préparé sa venue dans le bassin minier. Se revendiquant de Jean Jaurès, socialiste, anti-dreyfusard, pacifiste, et défenseur des mineurs de Carmaux, Steeve Briois reprend cette figure national en l’associant à son parti. On lit sous sa plume : « Jaurès aurait voté FN »,  on trouve certaines des citations du grand homme sur les tracts :« il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir. » Marine Le Pen a réussi à dédiaboliser son parti, à faire oublier l’héritage fasciste et raciste du Front national. Le 8 mai, le maire d’Hénin-Beaumont honore les résistants de la 2nd Guerre Mondiale, il chante le Chant des Partisans, il rend hommage aux victimes de l’Holocauste. La gauche est impuissante face à la récupération par l’extrême droite des figures qui étaient autrefois les siennes. Le FN a réussi un coup de maître.

 

Fleurir la façade de la ville pour endormir la population

En façade, Steeve Briois est un bon maire. Il administre la ville comme un bon père de famille. Il a planté l’arbre de la Liberté, et prévoit de planter celui de l’Égalité et de la Fraternité. Il a relancé la vie festive de la ville en allongeant la durée de la fête foraine, en communiquant sur le marché de Noël, Beaumont en fête, Darcy en folie, Hénin-Beaumont plage, le carnaval, les concerts etc. Les ronds-points de la ville sont fleuris, les trottoirs sont propres. Les horaires des employés municipaux ont été reculés pour que les habitant-e-s, le matin en allant travailler, les voient ramasser les ordures, nettoyer la ville. En somme, la façade de la ville est fleurie.

Le vrai visage du Front national transparaît pendant les conseils municipaux où l’opposition se fait insulter, où la parole leur est interdite, où leur micro est coupé. Steeve Briois et Bruno Bilde n’ont rien à envier à Big Brother. Ils traquent les employé-e-s municipales/municipaux sur les réseaux sociaux, les convoquent, voire les humilient lorsque ceux-ci like ou commentent une page Facebook qui critique la politique de la ville. Ils ont installé des caméras dans les locaux de la mairie pour intimider les employé-e-s municipales/municipaux. Celles/ceux qui sont syndiqué-e-s deviennent des boucs émissaires et sont peu à peu poussé-e-s vers la sortie.

 

Les réseaux sociaux, une arme de communication

Sur les réseaux sociaux, outre le fait de surveiller les pages Facebook des employé-e-s municipales/municipaux, le duo Briois-Bilde utilise les réseaux sociaux comme moyen de propagande FN et de diffusion de « fakes news ». Face à l’opposition de La voix du Nord, journal local le plus lu dans la Région, le maire a lancé sur Facebook La voix d’Hénin, un média qui se veut libre mais qui pratique en réalité la calomnie. Le duo utilise également le journal municipal pour discréditer tout autre média et pousser les habitant-e-s à se désabonner de La voix du Nord.

Les réseaux sociaux sont des moyens efficaces pour le Front national de diffamation et d’atteinte à la réputation de leurs opposant-e-s.

Récemment, le parquet de Bobigny a ouvert une information judiciaire visant Steeve Briois, actuel président par intérim du FN  pour avoir diffusé sur son compte Facebook des messages haineux d’internautes contre le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, soutien d’Emmanuel Macron. Les propos qualifient le maire de « belle ordure à exterminer avec le reste (…) qui a vendu son âme aux mécréants salafistes » et à qui il promet « une bastos.»

Steeve Briois doit également comparaître le 11 octobre 2017 pour provocation à la haine raciale et diffamation raciale au sujet d’un tweet dans lequel il déclarait « la répartition des #migrants a pour conséquence l’explosion des agressions sexuelles, en Allemagne, en Suède, en Autriche, etc. »

 

Peur symptomatique des réfugié-e-s

Sujet favori de l’extrême droite, à laquelle elle attribue tous les maux de la terre, l’immigration est son cheval de bataille. Face à l’arrivée massive de réfugié-e-s dans le nord de la France, Steeve Briois a fait adopter la charte « ma commune sans migrants », oubliant la différence fondamentale entre un-e migrant-e et un-e réfugié-e.

Marine Tondelier raconte comment l’extrême droite instrumentalise la crise en opposant le bien-être des habitant-e-s d’Hénin-Beaumont, à celui des réfugié-e-s, en accusant la gauche de ne se soucier de « la misère que lorsqu’elle est exotique », de pratiquer « la préférence étrangère.»

Les conseils municipaux sur cette question ont été très violents. Ces derniers s’apparentent à des meetings du FN où des militant-e-s et sympathisant-e-s sont invité-e-s. La foule est haranguée, on l’incite à insulter l’opposition. Le FN a fait d’Hénin-Beaumont un cirque, une comédie du pouvoir.

Si vous avez aimé 1984 de Georges Orwell vous allez adorer Nouvelles du Front !

 

Mailys Ardit 50-50 Magazine

 

Nouvelles du Front, Marine Tondelier , Les liens qui libèrent, 1er mars 2017