Articles récents #Libérezmapilule : pour l’accès d’une pilule contraceptive sans ordonnance 

Fin avril, le Planning Familial, le Collectif des Pharmaciens et de nombreuses personnalités dont  Martin Winckler ou Ovidie ont co-signé une lettre ouverte en faveur de la délivrance de la pilule contraceptive sans prescription médicale, intitulée #Libérezmapilule. Transformée en pétition, elle s’adresse aux laboratoires pharmaceutiques et leur demande de rendre possible la délivrance d’une pilule progestative sans ordonnance. Veronica Noseda, coordinatrice nationale du Planning Familial, nous apporte quelques précisions sur l’initiative.

 

Quelles sont les raisons de l’initiative #Libérezmapilule ?

À ce jour, il n’est toujours pas possible en France d’obtenir une pilule sans prescription, si l’on exclut bien sûr la contraception d’urgence. Donner la possibilité aux pharmacien-ne-s d’en délivrer permettrait d’élargir l’accès à la pilule, notamment pour les filles et les femmes qui sont éloignées des systèmes de soin, tout cela dans un cadre de complémentarité. Il ne s’agit absolument pas d’exclure les médecins ! Mais imaginons par exemple dans les territoires où il est difficile de se rendre chez un médecin, comme dans les déserts médicaux, il leur serait possible d’entamer un dialogue avec un-e pharmacien-ne, car même s’il n’y a pas de prescription, la délivrance se ferait dans un cadre bien spécifique.

 

Quels seraient les avantages d’un tel dispositif ?

Cela rendrait l’accès à la contraception beaucoup plus direct, plus facile, dans la mesure où il est beaucoup plus aisé d’entrer dans une pharmacie que de prendre un rendez-vous avec un médecin dans de nombreux endroits en France. Il peut aussi concerner des filles et des femmes qui ne veulent pas passer par le médecin de famille et pour qui s’adresser au Planning Familial est compliqué du fait de la distance. Le dispositif permettrait de répondre à ces questions d’inégalités territoriales.

Cela permettrait également de fluidifier le système, d’avoir des orientations multiples entre les différents acteurs, pour que cela se passe mieux et de façon plus simple et rapide pour les personnes. Il est en effet toujours important d’avoir une complémentarité des dispositifs. Ce n’est pas parce que vous allez acheter votre pilule en pharmacie sans passer par la case médecin que la/le pharmacien-ne ne doit pas vous encourager à passer par exemple un contrôle médical, ou à aller chez le gynécologue.

Enfin, c’est aussi une forme d’autonomisation pour les femmes, qui prennent le pouvoir sur leur santé et leur contraception.

 

Est-ce que cela concerne toutes les pilules qui sont habituellement prescrites par les médecins ?

Non, cela ne concerne que les pilules progestatives, qui sont les moins chères, les plus diffusées, et sur lesquelles nous avons le plus de recul notamment grâce à des données épidémiologiques recensées depuis très longtemps. Dans certains pays, elles sont d’ailleurs déjà accessibles sans prescription médicale, ce qui ne pose absolument aucun souci.

Comme je l’ai dit, la délivrance ne se ferait pas totalement en libre-service. Elle implique en effet une sorte de « mini-protocole » : le/la pharmacien-ne aurait à sa disposition un questionnaire à soumettre à la personne souhaitant obtenir la pilule contraceptive. En cas de réponse(s) le/la mettant en alerte sur de possibles facteurs de risques, la patiente serait redirigée vers un médecin. Il existe donc un filet de sécurité. Ce n’est pas parce que c’est « over the counter » qu’il n’y a aucun encadrement ! Ce sont d’ailleurs des arborescences qui ont été validées par les instances médicales internationales et même françaises.

 

Pourquoi ce dispositif existe t’il dans un certain nombre de pays mais pas encore en France ?

Il existe des résistances de la part des médecins. Sans accuser les médecins de corporatisme, car la question pose de véritables enjeux sanitaires, je pense aussi que l’on doit justement proposer des solutions qui soient à la fois respectueuses d’un cadre sanitaire et qui assouplissent le cadre de délivrance. Je pense qu’il faut entamer un dialogue avec les médecins, d’autant plus que certains sont tout à fait favorables à ce que ce type de pilule puisse être délivré en pharmacie.

 

Propos recueillis par Mathilde Tobias 50-50 Magazine

 

Liberezmapilule.com

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