Articles récents Femmes ingénieures, à quand l’égalité ?

En avril 2017,Equileap nommait la France dans le Top 10 de son classement international sur l’égalité femmes/hommes. Pourtant, certains secteurs, comme l’ingénierie, avec ses 21 % de femmes en France, sont encore largement à la traîne.

Cette disparité, pour le moins alarmante, en dit long sur notre société : une société dans laquelle parler de “métiers d’hommes” et de “métiers de femmes” est encore normal, une société qui encourage une éducation genrée dont tout-e-s en pâtiront, une société qui encourage les garçons à donner le meilleur d’eux-même… sans en faire autant pour les filles.

 

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Alors, pas étonnant que les ingénieur-e-s soient en majorité des hommes. Toutes les filles ont déjà entendu en classe : “Les garçons sont forts en maths”, et les professeur-e-s ou adultes qui assènent ce genre de propos n’auront, pour la plupart, même pas conscience qu’elles/ils freinent des ambitions, tant ces “vérités générales” sont ancrées en nous. Elles/Ils sont peu, ceux qui vont consciemment et délibérément rabaisser les filles !

Katrin, Muna, et Vanessa travaillent toutes les trois dans un environnement masculin, et ont accepté de témoigner.

Contrairement à ce que beaucoup auraient pu penser, elles ne se sont jamais senties directement discriminées à cause de leur genre durant leurs études. Muna, qui a étudié l’informatique et le management au Népal et en Allemagne, a, au contraire, constaté que leur très faible représentativité (10 % de femmes), a justement amené les étudiant-e-s à se soutenir les unes les autres. Peut-être cela vient-il aussi du fait que l’informatique est un sujet relativement nouveau et peu étudié au Népal. Cependant, elle soulève le fait qu’au Népal, peu de ses homologues féminines travaillent aujourd’hui dans l’IT. Beaucoup se sont, à la place, dirigées vers le management.

Katrin, ancienne étudiante en Communication et Design, a elle aussi constaté que naturellement, les élèves s’orientaient vers le design pour les filles, et le code pour les garçons. Elle ajoutera que ces décisions relevaient plus de leur centre d’intérêt que d’une quelconque discrimination, mais il est là encore intéressant de voir que les centres d’intérêt semblent conditionnés par certains modèles sociétales (les femmes font du design, les hommes du code). Certains domaines sont depuis si souvent occupés par des femmes ou des hommes qu’on en vient à penser qu’ils sont réservés à ces derniers.

Vanessa, elle, n’a vraiment vu une différence que lorsqu’elle a commencé à travailler en tant que développeuse. Elle a vite senti que le fait qu’elle soit une femme sortait de l’ordinaire (“Tiens, c’est marrant, une fille!”) et il pouvait se passer une ou deux semaines sans qu’elle ne parle à aucune femme. S’en suivront un chef insistant et une RH minimisant les choses : une histoire qui rappelle les récents scandales Uber et montre que, malheureusement, ces problèmes sont loin d’être anecdotiques dans les milieux tech. L’histoire de Vanessa n’aura pas fait autant de bruit que celle de Susan Fowler d’Uber (1), mais elle se soldera par sa démission et un poste moins bien payé.

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Camille Richer travaille chez TradeMachines à Berlin

Katrin a étudié la Communication et le Design en Allemagne.

Muna a fait une licence en Information Management au Népal, et un mastère en Ingénierie des Systèmes Informatiques en Allemagne.

Vanessa a étudié les Statistiques en Irlande et en Allemagne.

Toutes les trois sont aujourd’hui développeuses chez TradeMachines, start-up basée en Allemagne.

 

1 Susan J. Fowler est une ancienne ingénieure d’Uber qui a dénoncé les pratiques scandaleuses en matière de sexisme, de management et de ressources humaines.