Articles récents Contre le cybersexisme au Collège et au lycée

Un an après le lancement du projet « prévenir le cybersexisme dans les établissements scolaires », le Centre Hubertine Auclert a présenté le bilan de ce projet pilote devant ses partenaires associatifs  : Entrée de Jeux, Adric, Femmes solidaires, Pour qu’elle revienne. Les membres des trois rectorats de la région Ile-de-France, un CPE du Collège  Rol-Tanguy de Champigny-sur-Marne et un CPE du lycée Marcelin Berthelot de Seine-Saint-Denis étaient également présents.

En 2014, l’Observatoire régional des violences faites aux femmes coordonne une enquête sur les cyberviolences à caractère sexiste et sexuel en partenariat avec l’Education Nationale. Selon cette étude, 20% des filles sont victimes d’insultes sur leur apparence physique contre 13% des garçons. 13% des filles sont victimes de rumeurs sur les réseaux sociaux contre 6% des garçons. 17% des filles ont été confrontées à des cyberviolences à caractère sexuel par le biais de photos, ou de vidéos envoyées sous la contrainte, diffusées sans l’accord ou reçues sans en avoir envie.

Ces violences échappent à la surveillance des adultes, d’où la nécessité d’agir en amont en organisant des ateliers de prévention auprès des jeunes sous la forme d’une séance de formation du personnel scolaire encadrant, et de deux séances avec les adolescent-e-s.

 

Ouvrir la parole par des mises en situation et débats.

Deux formules d’ateliers ont été proposées à chaque établissement : la « formule théâtre-forum » et la « formule classique ».

L’association Entrée de Jeux s’est chargée d’organiser la formule théâtre-forum à travers 4 scénettes :

–  Kenza est une bloggeuse beauté noire et populaire dans son lycée. Elle reçoit régulièrement des messages sexistes et sexuels. Un jour, elle se fait agresser. Pour se défendre, elle donne un coup de pied dans les testicules de son agresseur. Un surveillant de son lycée arrive et la punit sans lui laisser la possibilité de se justifier.

– Des rumeurs courent sur la prétendue homosexualité d’un jeune garçon. Celles-ci s’accentuent lorsque des jeunes créer un faux compte Facebook sur son homosexualité à tel point que son meilleur ami refuse de lui adresser la parole de peur d’être lui aussi considéré comme un homosexuel. Le jeune garçon n’ose plus aller en cours.

–  Une jeune fille adore jouer aux jeux vidéo mais elle reçoit très régulièrement des remarques sexistes car « les filles ne jouent pas à ce genre de jeux ». Elle se tourne vers ses parents, mais ceux-ci la culpabilisent.

–  Une scénette typique de revenge porn.

« Nous avons beaucoup questionné les questions de respect, d’empathie, de discriminations, de réputation et également de liberté d’expression. Quelle est la limite entre donner son avis et agresser une personne ? Ce qui est jugé une provocation pour un-e justifie-t-il la violence ? Jusqu’où peut-on se défendre ? […] De nombreux échanges ont eu lieu sur l’inégalité de traitement entre les filles et les garçons, notamment en ternes de tenue vestimentaires et de devoir de respectabilité » affirme Entrée de Jeux.

Après la séance de théâtre, l’association Adric s’est chargée de créer un débat auprès des élèves en identifiant les situations problématiques, notamment la circulation d’images pornographique et les violences verbales banalisées.

Femmes Solidaires a organisé la première séance de « la formule classique » auprès de 20 classes dans 6 établissements.  L’association s’est rendue compte que certains élèves avaient un comportement d’agresseur sans s’en rendre compte. Leur objectif a alors été de créer un débat entre adolescent-e-s.

D’après Femmes Solidaires « dans toutes les classes où nous sommes intervenu-e-s, plusieurs élèves avaient déjà été confronté-e-s à des faits de violences sur les réseaux sociaux qu’ils ne définissaient pas comme telle. La première étape dans la lutte contre les violences, c’est de révéler ce qu’elles sont. C’est là que se révèle indispensable une intervention extérieure. »

Pour qu’elle revienne a organisé la deuxième séance de sensibilisation. Les collégien-ne-s/lycéen-ne-s ont débattu autour de la question de l’usage des outils numériques et sur la définition du cybersexisme. Les adolescent-e-s sont confronté-e-s à deux situations de cybersexisme. Dans la première, Sarah poste une photo en maillot de bain sur les réseaux sociaux. Elle est confrontée au harcèlement sexuel sur internet et se suicide. La seconde situation présente une situation classique de revenge porn.

« Très rapidement nous avons pu constater que le sexisme était déjà à l’œuvre (prises de parole déséquilibrée, mixité endurée etc.), mais également que de nombreuses violences sexistes apparaissaient quotidiennement et ce dès le collège. » ajoute Pour qu’elle revienne.

 

Un bilan positif

Au collège Rol-Tanguy de Champigny sur Marne, 3 classes de 4ème ont suivi la formation. Les élèves ont apprécié les situations concrètes et les séances interactives proposées par les associations. Selon le CPE, il serait prétentieux de prétendre que deux séances de sensibilisation peuvent changer le comportement des élèves. Ces dernières leurs permettent de parler de cyberviolences, parfois pour la première fois, sans être culpabilisé-e-s. La parole est également plus libre, dans la mesure où les élèves ne reverront jamais les membres de l’association, elles/ils se sentent donc plus libre de poser les questions qu’elles/ils souhaitent et d’interagir librement.

Au lycée Marcelin Berthelot de Seine Saint Denis, les sujets qui ont le plus intéressés les lycéen-ne-s sont ceux concernant les jeux vidéo et l’homosexualité. Ces discussions ont permis de faire émerger la parole sur le viol et le consentement.

La difficulté des CPE a été de faire rayonner ces ateliers auprès des classes qui n’y avaient pas participées : par des expositions, des débats, en organisant une rencontre avec un formateur de la police nationale sur le cyberharcèlement.

 

Et après ?

Ce projet a un coût : 1000 € par classe. Seulement quelques classes par établissement ont eu la possibilité de suivre la formation. Les CPE ont noté qu’il est préférable de former un niveau entier. Les ateliers ont pu stigmatiser certaines classes : celles qui n’ont pas participées se sont senties exclues du processus de formation, celles qui y ont participées ont eu l’impression d’être les « pervers » du collège et du lycée.

Les ateliers ont très bien été accueillis par les élèves puisque sur les 1000 collégien-ne-s et lycéen-ne-s interrogé-e-s, 96% se déclarent satisfait des ateliers.

L’année prochaine, les actions seront proposées directement aux collectivités locales. Le Centre Hubertine Auclert accompagnera dans le montage de leur projet les associations qui le souhaite et fera le lien avec les établissements scolaires demandeurs.

Les associations et leurs modes d’action seront référencés sur le nouveau site ressources stop-cybersexisme.com pour faciliter le lien entre les structures demandeuses d’intervention et les associations spécialisées. Le site mettra également en ligne les démarches pour signaler les insultes aux modérateurs des réseaux sociaux.

 

Mailys Ardit 50-50 Magazine

 

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