Articles récents ARDECOM et le Planning Familial travaillent à déconstruire les stéréotypes genrés de la contraception

L’Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine (ARDECOM) a été créée dans les années 1970 en parallèle des mouvements et revendications féministes sur l’accès à la contraception et à la légalisation de l’IVG. Des hommes remettaient en cause la société patriarcale et étaient décidés à assumer eux-mêmes la contraception. Aujourd’hui ARDECOM travaille main dans la main avec le Planning Familial.

A la sortie, en 2012,  du livre des 2 médecins initiateurs des 2 méthodes nouvelles de contraception masculine, Jean-Claude Soufir et Roger Mieusset, La contraception masculine, (1) ARDECOM a connu un regain d’existence en organisant des réunions avec le corps médical, le MFPF et les hommes et femmes concerné-e-s et en diffusant de l’information dans les médias. La sortie de ce livre a renforcé la collaboration entre le Planning Familial et ARDECOM.

Le soutien du Planning Familial à Ardecom

Tous les 1er samedis du mois, le Planning Familial organise dans sa permanence de la rue Vivienne à Paris, des consultations précédées d’une réunion comprenant une partie d’informations sur la contraception masculine. Ces réunions du samedi, toujours ouvertes aux garçons/hommes, permettent aux filles/femmes de sensibiliser leur partenaire qui voudraient prendre le relais.

Ce samedi, cinq jeunes filles sont présentes au Planning, deux d’entre elles viennent pour la 1ère fois. Elles cherchent des informations sur leur contraception. Certaines souhaitent retirer leur implant ou arrêter la pilule pour passer à une méthode contraceptive plus naturelle, comme le stérilet en cuivre. D’autres veulent changer de pilule à cause de leur cholesterol ou parce que leur contraception actuelle n’est pas commercialisée.

Cette réunion est animée par Marianne et Camille, animatrices planning et par Véronique, médecin qui ensuite reçoit individuellement chaque jeune fille pour une consultation, et enfin Pierre et Philippe, membres d’ARDECOM.

La réunion commence par un tour de table avec explications des raisons de la présence de chacun-e, puis les animatrices/animateurs expliquent les différentes méthodes de contraception en échangeant avec les participant-e-s.

 

La contraception masculine

«De plus en plus de femmes s’intéressent à la contraception masculine. Les femmes ont des rejets physiques, psychologiques et idéologiques vis à vis de la contraception. Cela fait un an que nous faisons des permanences au Planning Familial. Les jeunes femmes qui viennent chercher des réponses, prennent la pilule depuis 10 ans et décrivent des règles douloureuses, des saignements permanents, elles vivent un cauchemar» déclare Pierre.

La contraception masculine n’est une option que dans une «relation de confiance» entre les partenaires. Plusieurs méthodes de contraception existent :

–          Le préservatif est le plus connu et le plus utilisé.

–          La contraception masculine thermique consiste à remonter les testicules de 35 à 37° contre le corps en portant 15h par jour (temps moyen en temps normal) un sous-vêtement masculin spécifique. Cette méthode naturelle et gratuite est celle qui a le plus d’avenir dans la mesure où elle ne comporte aucun effet secondaire, ede plus elle est totalement réversible. Tous les couples ayant par la suite souhaité une grossesse l’ont obtenue, et aucune anomalie n’a été constatée. Aucune fausse couche spontanée n’est survenue.

–          La contraception hormonale masculine est administrée par injection de testostérone 1 fois par semaine, pendant 18 mois maximum. Cette contraception coûte 9 €/semaine mais n’est pas bien remboursée.

–          La vasectomie est légale en France depuis 2001. Cette pratique est réversible à un double titre : avant l’intervention, les spermatozoïdes peuvent être conservés pour être utilisés en PMA, la réparation chirurgicale est facile et effective dans 80% des cas et suivie de grossesse dans 50% des cas.

En France moins de 1% des hommes ont eu recours à une vasectomie. En comparaison  21% des hommes au Royaume uni, 26% en Amérique du Nord, 9 % en Espagne, 14% en Chine, 15% au Pays-Bas ont choisi cette contraception.

«Au Royaume-Uni, les praticien-ne-s ont l’obligation de parler de toutes les méthodes de contraception aux couples, dont la vasectomie. Dans ces pays, les médecins respectent le choix des hommes de se faire opérer. En France, les médecins cherchent à décourager leurs patients. Ils refusent de pratiquer l’opération sur les hommes de 25-30 ans qui ne souhaitent pas avoir d’enfants. Ils essayent de dissuader les hommes de 45 ans en leur disant que s’ils quittent leur femme pour une plus jeune compagne, celle-ci souhaitera avoir des enfants. Les praticien-ne-s en France ne respectent pas le choix des hommes» affirme Pierre.

L’objectif d’ARDECOM et du Planning Familial est de déconstruire les clichés genrés et sensibiliser les hommes à leur responsabilité dans la transmission, au partage de la contraception; de permettre la découverte et l’appropriation de la contraception hors des stéréotypes genrés. Le Planning a intégré la question de la contraception masculine dans sa communication, en espérant lui donner une place  dans les formations initiales et continues des professionnel-le-s de santé et la diffuser auprès des prescriptrices/prescripteurs.

«Le peu de connaissances autour de la contraception masculine est dû à trois facteurs. Le peu de connaissances des gynécologues sur la question parce que le sujet n’est pas étudié à l’université. Les gynécologues ne reçoivent que les femmes en rendez-vous, et très rarement les couples. Même au Planning, les accompagnantes demandent aux partenaires de rester dans la salle d’attente car la plupart d’entre eux accompagnent leur femme/compagne pour contrôler leur contraception et non par volonté de se renseigner. Lorsque les médias s’intéressent à la contraception masculine, c’est toujours pour parler de recherches non commercialisées, au lieu de renseigner les lectrices/lecteurs sur les méthodes actuelles qui fonctionnent très bien. Les médias aiment le sensationnel» explique  Pierre.

 

Mathilde Tobias et Mailys ARDIT 50-50 Magazine

 

1 Jean-Claude Soufir et Roger Mieusset : La contraception masculine Ed  Springer  2012