Articles récents Florian Martinez : « les femmes représentent un peu moins de 70% des salarié·e·s et cela va de paire avec la précarité de notre secteur. » 1/2

En 2010, l’idée d’un syndicat en direction des salarié·e·s du secteur associatif est venue de Nayla Ajaltouni, coordinatrice d’Ethique sur l’étiquette, David Eloy ancien fondateur et rédacteur en chef d’Altermondes et Elsa Manghi,  formatrice et consultante, spécialisée sur le genre, la santé et la gouvernance des collectifs. Florian Martinez, militant pro-féministe, secrétaire de Zéromacho est aujourd’hui engagé au sein du syndicat Asso en tant que co-porte-parole, après avoir travaillé au réseau Solidarité Femmes. Il partage les difficultés rencontrées par le secteur associatif.

 

Quand et pourquoi le syndicat Asso a-t-il été créé ?

Asso est un syndicat créé en 2010 pour défendre les salari.é.es du secteur associatif avec l’idée qu’il y a une spécificité au monde associatif. La singularité vient des notions d’engagement et de militantisme qui sont très présents avec ainsi un Conseil d’Administration bénévole avec qui nous avons un rapport différent d’un employeur « classique ».

Aujourd’hui il y a 1,8 millions de salarié·e·s associatifs qui représentent 8% de l’emploi privé en France, c’est plus que le secteur du BTP dont on parle énormément.

Nous syndiquons des salarié.e.s d’associations, de partis politiques et de comités d’entreprise. Aujourd’hui, nous avons 300 syndiqué·e·s, nous sommes présent.e.s sur toute la France avec des sections locales actives à Paris, à Nantes, à Grenoble, à Bordeaux, à Marseille et au Mans. Nous menons des luttes pour l’amélioration des droits des salarié.e.s associatifs avec un axe fort contre la précarité de notre secteur et des actions spécifiques sur les contrats atypiques (services civiques, contrats aidés). Notre action passe aussi par la dénonciation du double discours associatif qui oscille entre progrès social et management rigide quand il n’est pas entrepreneurial. Le secteur associatif défend l’intérêt général et porte bon nombre de politiques publiques d’utilité sociale, seulement il oublie trop souvent les droits de ses propres salarié·e·s. Notre objectif est de résoudre ce paradoxe pour que le secteur associatif allie idéaux et pratiques.

 

Quelles sont les demandes des personnes qui viennent voir Asso ?

Les salari.e.s se syndiquent à Asso pour s’entraider, se former et mener des luttes collectives pour une amélioration de nos conditions de travail.

De nombreuses/nombreux salarié.e.s viennent également nous voir quand elles/ils ont des difficultés au travail :

« J’ai des difficultés avec ma directrice, avec mon conseil d’administration, avec des bénéficiaires. »

« Je suis harcelé·e au travail, on ne respecte pas mes droits. »

« Je fais des heures supplémentaires non rémunérées depuis des années. »

« je viens de recevoir un blâme ou un entretien de licenciement pour faute.»

Dans ces situations, le désenchantement est très violent. Notre patron c’est un·e militant·e, quelqu’un qui a des valeurs qui sont proches des nôtres, quelqu’un que l’on connaît, pour qui on a souvent de l’estime, qui a parfois créé la structure. Parfois il s’agit aussi d’une personne connue ou reconnue, je pense à un rédacteur en chef qui est une figure très connue qui vient de licencier un de ses salariés de longue date qui faisait pourtant un très bon travail.

Les souffrances sont à différents niveaux. Le premier niveau, c’est le désenchantement du/de la salarié·e qui a donné énormément et se trouve victime d’un licenciement pour des motifs qui vont parfois à l’encontre du droit du travail.

Le second niveau vient du décalage entre l’objet social progressiste de la structure et la réalité des conditions de travail quotidiennes. Je prends l’exemple de ce qui s’est passé aux restos du cœur à la suite de la décision du gouvernement de supprimer 149 000 postes en contrats aidés. Un cuisinier embauché via ce dispositif a expliqué sur RTL :« je suis en contrat aidé, demain il n’y aura plus de contrats aidés pour aider les plus précaires. Les pauvres crèveront de faim à Grenoble ». La violence de cette situation apparaît très crue mais elle recouvre une réalité. Quelle est la reconnaissance du travail de ce salarié qui vient en aide aux plus démuni.e.s en étant lui-même précaire ? Comment une association de lutte contre la pauvreté en vient-elle à embaucher des personnes en contrats aidés gagnant parfois 800 € avec des mesures dérogatoires au code du travail tel que l’absence de prime de précarité pour les salarié.e.s CDD ou la non-comptabilisation dans les effectifs de l’entreprise ? Ainsi une association qui emploie 12 salarié·e·s, dont 3 personnes en contrats aidés ne bénéficie pas de délégué.e du personnel et ne mène aucun dialogue social dans l’association.

Les responsables d’association sont également en souffrance et nous disent trop souvent « je suis en burn-out, je suis en difficulté, j’ai beaucoup trop de travail car je n’ai pas les moyens de financer un autre poste. » Dans le secteur associatif, les gens s’auto-exploitent car ils ne trouvent pas d’autres solutions et ils viennent nous voir dans des états psychologiques très durs.

Il est important de se syndiquer pour défendre les droits des salarié.e.s et pas seulement lorqu’elles/ils sont en difficulté. Même engagé.e.s, même militant.e.s, nous avons des droits.

 

Quelle est la place des femmes dans le milieu associatif ?

Les femmes représentent un peu moins de 70% des salarié·e·s et cela va de paire avec la précarité de notre secteur. Il y a un·e salarié·e sur deux qui est à temps partiel dans le monde associatif. Le taux de salarié.e.s en CDI est de 53% contre 80 % dans l’ensemble du secteur privé, il y énormément de bas salaires, et de contrats atypiques parmi lesquels les contrats aidés, les services civiques ou les contrats d’engagement éducatif.

Les femmes sont beaucoup moins présentes aux postes de pouvoir  avec seulement 31 % de femmes président.e.s d’associations, principalement, et ce n’est pas un hasard, dans les secteurs de l’action sociale et de l’humanitaire où elles sont 47% de Présidentes. On trouve très peu de femmes à la direction des associations sportives ou du secteur hautement symbolique de la défense des droits. Le secteur associatif reflète les inégalités et les stéréotypes qui traversent notre société : les postes de pouvoir aux hommes, les tâches « subalternes » (57% des secrétaires d’association sont des femmes) et du « care » aux femmes.

60% des adhérent.e.s du syndicat ASSO sont des femmes et nous fonctionnons avec des instances paritaires dont un Conseil syndical  (l’équivalent d’un Conseil d’Administration) majoritairement féminin. La question de l’égalité femmes/hommes tient une place centrale dans notre réflexion. La lutte contre les inégalités femmes/hommes dans le secteur associatif est un enjeu crucial.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine