Articles récents Hazal Karakus : “L’YPG s’inscrit dans une résistance mondiale des femmes contre toutes formes d’oppression, d’exploitation, de féminicide et de fascisme.”

Hazal Karakus, représentante en France de la représentation Internationale du mouvement des femmes kurde raconte comment, pendant six ans, Daesh a lancé des attaques au Rojava, région kurde au nord de la Syrie, ciblant de plus en plus les femmes, les considérant comme des objets, sans aucune responsabilité dans la société. Les soldats de l’Etat islamique ont pratiqué des mariages forcés et des tortures à leur encontre. Daesh a perpétré des actions jusqu’à Sengal, au nord ouest de l’Iraq. Ils vendaient les femmes sur les marchés et pouvaient se marier avec plus de dix d’entre elles en une journée.

Quel est le rôle des femmes dans la société kurde?

Les femmes ont un grand rôle dans la société kurde. Au Rojava, les femmes jouent un rôle crucial dans l’élaboration des lois. Elles ont également joué un rôle essentiel dans le développement du Contrat Social du Rojava et continuent à contribuer au développement de la Fédération Démocratique de Syrie du Nord. 40 décrets ont été élaborés par les femmes elles-mêmes. Le contrat social interdit la polygamie, le mariage forcé et le mariage des enfants.

Un rôle très important est joué par les Mala Jin (Maisons des femmes), qui sont des centres d’éducation et de consultation où les femmes victimes de violence et d’injustice peuvent être aidées.

De nombreux problèmes sont résolus collectivement dans les Mala Jin ou sont délégués aux tribunaux. Au Rojava, comme dans chaque région, un quota de 40% de femmes dans les instances dirigeantes de la société a été mis en place, ainsi qu’un système de co-présidence femme-homme.

Autrefois, le pouvoir ne reposait que sur les hommes. Aujourd’hui, dans notre société, la femme parle en premier, avant l’homme, et ce sont les femmes qui choisissent qui seront leurs représentantes.

L’architecte du système démocratique, égalitaire et émancipateur mis en place au Rojava est le leader kurde, Abdullah Ocalan, aprés qu’il ait fait une analyse approfondie de la société étatique et patriarcale et ses effets néfastes sur l’humanité.

Sur le plan de l’engagement militaire ou de l’auto-défense, les Unités de Défense des Femmes (YPJ) suivent régulièrement des formations officielles, idéologiques et d’autodéfense.

Notre modèle est démocratique et émancipateur. Elaboré au Rojava, et proposant des solutions pour régler les conflits fondamentaux existants au Moyen-Orient, il vise l’autorégulation égalitaire, ainsi que l’autodétermination de toutes les ethnies, religions et genres. Dans ce modèle, le vrai changement vers la liberté et la démocratie exige que les femmes soient sujets et non pas objets.

Avant c’était l’inverse. Les femmes ont joué un rôle prépondérant dans ce processus historique, qui a été décrit comme la première révolution des femmes jouant un rôle de premier plan dans la mise en place de structures démocratiques d’auto-administration.

Quel est le rôle des femmes kurdes contre Daesh ?

Daesh s’est bien rendu compte de la force des femmes. Les combattantes kurdes ont leur propre armée et combattent l’obscurantisme qui veut les détruire. Les barbares n’ont pas réussi à briser la volonté des femmes, malgré toutes les atrocités qu’elles ont vécues et qu’ils ont diffusé dans les médias.

La résistance des Unités de défense des femmes (YPJ) s’inscrit dans une résistance mondiale des femmes contre toute forme d’oppression, d’exploitation, de féminicide et de fascisme. En défendant le Rojava, nous défendons la révolution des femmes mais aussi l’humanité. Les combattantes kurdes ont joué un grand rôle dans la chute de Daesh alors même que les soldats de Daesh disaient que les femmes ne pouvaient pas les tuer.

Elles se sont organisées pour mener cette guerre jusqu’à la victoire et l’ont fait également à Afrin. C’est pourquoi Daesh veut de plus en plus briser la volonté des femmes. Ils ont échoué !

Les femmes font la guerre avec leur discipline, leur volonté, leur cœur. Les membres de l’ YPJ sont des mères et combattent pour l’avenir de leurs enfants, pour la liberté et leur terre. La lutte pour l’émancipation des femmes est universelle et nous nous retrouvons dans la lignée du féminisme universel.

Au Nigéria, des atrocités inhumains similaires sont menées contre les femmes par Boko Haram. C’est pourquoi les femmes kurdes veulent préserver ce rôle si important qu’elles ont dans la société du Rojava: elles partent au combat, ont leur propre armée et choisissent elles-mêmes leurs zones de combat. Elles veulent étre un exemple concret d’espoir pour toutes les femmes de la planète.

Pourquoi a t-on laissé les Turcs attaquer Afrin ?

Le 20 janvier 2018, l’armée turque et ses alliés djihadistes ont attaqué conjointement le canton d’Afrin. L’armée turque appelle cette agression criminelle le « Rameau d’olivier » et prétend se défendre des attaques.

Avec ces attaques terrestres et aériennes, l’État turc viole le droit international et commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Erdogan ne prévoit pas seulement un nettoyage ethnique et l’occupation d’Afrin par des alliés djihadistes, mais veut « effacer » toutes les structures démocratiques du Rojava et du nord de la Syrie. L’objectif est d’éliminer l’autonomie de facto de la population kurde locale. L’État turc veut à tout prix faire obstacle à la reconnaissance de la Fédération Démocratique de Syrie du Nord.

Le gouvernement AKP en Turquie et ses pseudo-alliés de l’Armée Syrienne Libre (FSA)  représentent la domination masculine, l’islam sunnite avec ses aspirations hégémoniques, l’oppression des femmes et le sexisme. Une vidéo diffusée sur les médias sociaux montre comment les djihadistes ont coupé les seins de Barîn Kobanê (1) et ont ensuite incendié son cadavre. Cet acte barbare illustre plus que clairement leur haine des femmes et le caractère inhumain des agresseurs.

Depuis le début des attaques, 500 civils dont des femmes, enfants et personnes âgées ont été massacré.e.s par l’armée fasciste turque et plus de 1300 personnes ont été blessées. De plus, 820 combattants des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) sont tombés en martyrs.

Les pays membres de l’Otan et l’UE sont tous restés silencieux au sujet d’Afrin. Leurs intérêts économiques priment, sans aucun doute.

Que s’est-il passé au Tribunal Permanent des Peuples sur la Turquie et les Kurdes qui s’est tenu à Paris les 15 et 16 mars derniers ?

Le Tribunal Permanent des Peuples se repose sur les violations alléguées du droit international et du droit international humanitaire par la République de Turquie et ses agents dans leurs rapports avec le peuple kurde et ses organisations.

Il y a eu plusieurs témoignages de représentant.e.s politiques kurdes concernant les violations des droits humains en Turquie, notamment sur ces personnes brûlées vives dans les sous-sols à Cizire, par l’armée turque; et après le coup d’état politique en juillet 2015, sur des centaines de représentant.e.s politiques kurdes destitué.e.s et mis.e.s en prison (député.e.s du HDP, maires, élu.e.s territoriales, représentant.e.s associatives, ONG, journalistes, académiciens, avocat.e.s.) Toutes les forces démocratiques qui se dressent contre le système fasciste et patriarcal d’Erdogan.

Durant cette période, l’Etat a mis en place l’état d’urgence dans des villes kurdes et districts, et selon les témoignages, plusieurs civils ont été massacrés par l’armée turque.

D’autre part des représentant.e.s politiques vivant en Allemagne, ont également témoigné sur des menaces de mort venant de l’Organisation nationale du renseignement (MIT) turque.

Aujourd’hui, l’Etat allemand poursuit sa politique de criminalisation à l’égard de la communauté kurde et de ses associations représentatives. Cela s’est traduit par l’interdiction de porter des drapeaux du portrait du Leader Kurde Abdullah Ocalan et des 3 militantes kurdes assassinées le 9 janvier 2013 à Paris.

L’attitude de l’Allemagne repose sur une alliance politico-économique et je précise que récemment ce pays a vendu un armement sophistiqué à la Turquie ( des tanks dernière génération). Cela a permis à l’Etat turc de poursuivre son invasion génocidaire à Afrin dans l’un des trois cantons de Rojava et cette offensive criminelle, qui a provoqué des massacres de civils dans la région d’Afrin , avait surtout pour objectif le démantèlement du système démocratique, égalitaire et pluraliste du Rojava.

La justice n’a toujours pas été rendue au procès de nos trois amies assassinées à Paris en 2013. Elles pensaient être en sécurité dans ce pays. Les témoins ont été auditionnés. Le criminel qui les a tuées est mort et d’après les enquêteurs, le MIT serait impliqué dans ce triple assassinat politique.

Comment la France a-t-elle pu le laisser rentrer sur son territoire ?

Le verdict sera rendu en mai.

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine

 

Barîn Kobanê : jeune femme de 23 ans combattante de l’ YPJ