Articles récents Maudy Piot : « Elle est la Tramontane »

Maudy Piot nous a quitté le 25 décembre dernier. Énergique, infatigable, inventive, omniprésente, battante, autoritaire, sincère, engagée, fidèle, bonne vivante, conviviale, courageuse, généreuse, ce sont les termes de l’abécédaire que Danielle Michel-Chich, membre de Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir a égréné lors de la cérémonie qui a eu lieu en son honneur, la semaine dernière à la mairie de Paris. Alain Piot, son mari, qui était à ses côtés dans tous ses combats, nous a parlé d’elle.

 

Je l’ai déjà raconté à plusieurs d’entre vous : la veille de I’inhumation de Maudy dans notre village pyrénéen de Fenouillet, la pluie détrempait les chemins et les prés. Dans la nuit, la Tramontane s’est levée et au petit matin elle avait chassé les nuages et laissé la place au soleil, mais sans faiblir pour autant. Pendant tout l’enterrement elle a sifflé, quitte à faire voler les fleurs et nous assourdir. Les beaux textes lus ou le solo de saxo suivaient la voie des fleurs ! Un habitant du village m’a dit en revenant du cimetière : « Cette Tramontane, c’est Maudy, c’est sa fougue. elle est là ! » Il n’a pas dit « Elle est dans la Tramontane », il a dit «ELLE EST la Tramontane »… Cette image me semble infiniment vraie.

Maudy toute sa vie, a été une Tramontane. un élan, une force que rien n’arrête, une fureur parfois. Elle se définissait comme une révoltée dès avant sa naissance. Cette révolte a pris corps progressivement et s’est concentrée peu à peu sur les femmes handicapées, leur double discriminations, leur double exclusion, afin de réclamer non pas leur protection misérabiliste, mais leur citoyenneté pleine et entière. dans un vaste mouvement qui dépassait le handicap et mobilisait la totalité de la société.

J’ai partagé cette aventure pendant 45 ans ! Nous nous sommes rencontrés à Paris, plaque tournante des destinées. Je terminais ma deuxième crise d’adolescence à plus de 30 ans et elle commençait à fréquenter les successeurs de Freud et de Lacan. De Lacan surtout et de plus en plus. EIle aimait raconter cette anecdote : en sortant de l’appartement d,une de ses patientes (une vieille dame à qui elle prodiguait des massages, car elle était alors kinésithérapeute), elle rate une marche d’escalier, manque de tomber, est rattrapée par un monsieur qui lui ouvre les bras. C’était un certain Jacques Lacan,locataire de la vieille dame… Est-ce cette rencontre inédite de la malvoyante avec le psychanalyste non-conformiste qui a décidé de la suite de sa carrière ? On ne sait jamais…

Pour ma part, j’étais encore imbibé de sociologie grâce à un élève de pierre Bourdieu. Ma rencontre s’est faite avec Maudy à la suite d’une conférence que j’avais donnée sur, je crois, I’avenir des religions, un thème qui me conduira plus tard mes réflexions sur la diabolisation de la femme » ou plus récemment la laïcité.

Nous avons après mûre réflexion adopté deux enfants, un garçon, Manoël et une fille Joanna, nous ont donné beaucoup d’amour et beaucoup de soucis, comme tous les parents du monde et qui sont aujourd’hui la joie de leur vieux père.

Je ne vais pas vous raconter à nouveau le chemin qui a mené à la création de Femmes pour le Dire. Femmes pour Agir : à sa première manifestation ici même grâce à Anne Hidalgo, encore première adjointe, avec le parrainage de Lucie Aubrac. Et les forums ou colloques qui ont suivi à un rythme, certains ont dit « épuisant », mais ce n’était pas Ie vocabulaire de Maudy, et qui ont donné lieu à autant de publications chez l’Harmattan. Toujours la Tramontane.

Vous le savez, c’est après le colloque « Violences… le NON des femmes handicapées,’ que Maudy et nous tous à sa suite avons pris conscience de la proportion effarante des femmes handicapées subissant des violences, de toutes sortes : 80% !

C »est alors que Maudy a entamé une vraie bataille, et d’abord pour convaincre autour d’elle, dans les associations féministes, de handicapé(e)s, dans les ministères, à la radio, la télévision, dans ses articles. Mais comme Femmes pour le dire se conclut en Femmes pour AGIR, ce fut le numéro d’écoute, Ia formation des écoutantes, l’accompagnement des femmes.

D’autres en parleront mieux que moi.

Enfin, un an de plus de combats. non plus seulement pour les femmes handicapées, mais désormais contre la maladie, avec la volonté farouche de chasser ce crabe qui rongeait son pancréas. « Je gagnerai » disait-elle « je veux retourner à Cuba ! » Elle l’affirmait encore 2 jours avant sa mort.

Elle est allée simplement à Fenouillet, Pyrénées Orientales, près du chemin qui mène au Prat del Rey.

 

Alain Piot