Articles récents Emmanuelle Bigot : « Solidaires a une commission femmes et nous avons l’équivalent à la fédération SUD-Rail »

Dans un contexte de grèves à la SNCF et de campagne anti-harcèlement au travail, Emmanuelle Bigot défend les droits des femmes à la SNCF, et au sein de son syndicat SUD-Rail Paris Est, un des 22 syndicats de la fédération SUD-Rail. Elle exerce un métier d’accueil à la gare de Magenta à Paris.

Quelle est la place des femmes au syndicat SUD-Rail, occupent-elles des postes à responsabilité?

La part des cheminotes dans l’entreprise SNCF est d’un peu moins de 20%. Dans notre syndicat, aucun quota n’a été fixé mais nous en tenons compte et restons dans les mêmes proportions. Nous souhaiterions qu’il y ait davantage de collègues présentes et actives. Je fais partie de l’équipe d’animation du syndicat, les autres sont des hommes mais une autre femme doit intégrer l’équipe prochainement.

Je suis membre de l’équipe d’animation du syndicat et j’y ai des responsabilités. Dans certains métiers, comme dans les ateliers du matériel, on trouve très peu de femmes,  il n’y a donc pas de femmes actives en tant que militante syndicale dans ces métiers-là.

Dans d’autres métiers comme le contrôle, des femmes sont militantes, actives dans le syndicat.

A la SNCF, les femmes exercent-elles tous les types de métiers?

Dans les chemins de fer, dans les métiers du matériel, les métiers de ceux qui travaillent dans des usines, réparent des trains, il y a très peu des femmes, comme c’est le cas dans l’industrie. Les femmes sont aussi quasi inexistantes dans les bases travaux ferroviaires, c’est à dire sur des chantiers à l’extérieur, dans des sortes de mobil-homes qui se déplacent, comme dans les BTP. La SNCF ne fait donc pas mieux que les autres entreprises pour ces métiers.

Aujourd’hui,  les femmes sont-elles plus nombreuses et ont-elles accès à de nouveaux métiers?

Le nombre de femmes à la SNCF est en augmentation: elles représentaient environ 12% il y a 20 ans, et sont juste en dessous de 20% aujourd’hui. Mais il faut être prudent.e.s avec ces chiffres car certaines activités ont été externalisées depuis. On peut se demander si les métiers plus “masculins” ont été davantage externalisés que d’autres.

A SUD-Rail, nous sommes dans les mêmes proportions, mais avec la particularité d’avoir un bureau fédéral composé uniquement d’hommes, je souligne donc qu’il est non mixte! Je ne pense pas que ce soit une volonté mais cela reflète quand même un certain fonctionnement qui n’est pas correct. Le fait de n’avoir que 20% de femmes travaillant dans les chemins de fer, ça ne favorise pas la mixité.

Quelle est la proportion de femmes dans les postes de direction à la SNCF?

Il suffit de regarder le comité exécutif de l’entreprise pour se rendre compte qu’il n’y a quasiment que des hommes!  Au delà d’un nombre de femmes ultra limité, on observe aussi aucune diversité: ce sont tous des hommes blancs de 50 à 60 ans…

Existe-t-il des disparités salariales femmes/hommes pour le même poste au sein de la SNCF?

Une partie du salaire des cheminot.e.s est composé d’indemnités et de primes, qui peuvent représenter jusqu’à 30% du total. On peut dire qu’elles/ils sont payé.e.s à la tâche: les salarié.e.s qui font beaucoup d’heures de nuit ou travaillent le dimanche vont donc gagner plus que celles/ceux qui travaillent en journée. Une femme avec des enfants va souvent être à temps partiel et travailler en journée, elle aura donc forcément un salaire moindre.

Les femmes occupent donc souvent des postes à temps partiel. Mais à la SNCF, beaucoup d’hommes s’occupent plus de leurs enfants que la moyenne. A SUD-Rail, quand nous sommes 80 dont 3 femmes, ce sont les hommes qui vont faire à manger et faire la vaisselle, comme sur un chantier où ils sont entre hommes. Ce sont des corps de métier qui ont eu l’habitude de s’organiser sans les femmes !

Quelle est la proportion de femmes conductrices de train?

Elle est très faible, de l’ordre de 5%. Ce travail requière de ne pas dormir chez soi, à minima une fois par semaine, de se lever à 3h 30 du matin; c’est très contraignant quand on a une vie de famille. En plus, il n’y a pas de toilettes dans la cabine de conduite! La situation des conductrices de métro ou de bus est différente, puisqu’elles peuvent rentrer chez elles tous les soirs.

Existe-t-il une commission femmes à Solidaires?

L’union syndicale Solidaires a une commission femmes et nous avons l’équivalent à la fédération SUD-Rail. Malgré notre bureau fédéral “non mixte”, nos camarades ont relancé cette commission égalité, qu’ils jugent importante.

Elle a deux axes de travail : dans l’entreprise SNCF et les autres entreprises dans lesquelles nous avons notre champ de syndicalisation, mais aussi au sein de notre syndicat SUD-Rail. On ne peut pas reprocher des choses à la SNCF qu’on n’appliquerait pas à nous-même.

Cette commission existe depuis les débuts de SUD-Rail, mais n’a pas été tout le temps active. Nous l’avons relancée il y a un an et demi, depuis la mise en place du nouveau bureau fédéral, et avons tenu quatre réunions pour l’instant, dans lesquelles entre 5 et 30 personnes étaient présentes.

Le problème du harcèlement est-il un des sujets évoqués dans cette commission?

Le harcèlement n’est pas uniquement dans cette commission: nous avons organisé un forum jeunes (nouveaux) militant.e.s à SUD-Rail, dont le thème était aussi l’égalité femmes/hommes. Trois jours ont été consacrés à cette thématique pour en discuter; nous nous sommes rendu.e.s compte que des copines qui avaient verbalisé ce genre de comportement avaient été elle-mêmes harcelées. Les langues se délient, il n’y a pas de raisons que les employé.e.s de la SNCF échappent aux risques de harcèlement. Nous sommes donc vigilant.e.s, notamment sur le vocabulaire adapté pour s’exprimer.

A la SNCF, il existe une commission d’éthique, mais nous l’avons vu parfois mettre une chape de plomb sur des actes au lieu de soutenir les personnes harcelées: des personnes ayant subi un harcèlement ont même été sanctionnées au même titre que leur agresseur…

Avez-vous des revendications spécifiques pour les femmes au sein de la SNCF?

A la fédération SUD-Rail, nous nous battons pour que chaque femme, sur son lieu de travail, ait accès au minimum : des toilettes, un vestiaire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans les bases travaux par exemple.

Dans tous les métiers externalisés comme ceux du nettoyage, les salarié.e.s ont des salaires de misère, des conditions de travail affreuses et aucune perspective d’évolution de carrière. Ce sont des métiers très féminisés, avec essentiellement des travailleur.euse.s immigré.e.s.

Des salariées de l’entreprise ONET ont fait récemment grève pendant 45 jours dans les gares de St Denis sur la région Paris Nord. C’était la première fois qu’elles faisaient grève et malgré la présence d’hommes grévistes, ce sont les femmes qui ont pris en charge la gestion de cette grève. A la suite d’un changement de prestataire, ce dernier avait décidé de les éparpiller dans toute l’Ile de France. Les grévistes voulaient donc maintenir leur emploi dans leur lieu de travail initial, mais aussi améliorer leurs conditions de travail, avoir des locaux et des vestiaires corrects dans les gares. C’était une grève émancipatrice, pour la dignité.

Globalement, nous souhaitons améliorer tout ce qui concerne spécifiquement les femmes. D’autant plus qu’aujourd’hui à la SNCF, le personnel le plus agressé, ce sont elles. Lorsqu’un problème surgit entre un usager et un.e agent.e, un homme mécontent ira plus facilement agresser un.e agent.e femme qu’un homme. On observe le même comportement pour les femmes médecin, qui sont davantage agressées dans leur travail que les hommes. Les personnes les perçoivent comme plus faibles. Nous faisons en sorte que l’entreprise prenne conscience de ce fait.

La SNCF est elle prête à faire des efforts?

La SNCF est une entreprise capitaliste. Sa tendance est d’externaliser des activités pour faire des économies. Les conséquences pour les travailleuse/travailleurs concerné.e.s sont immédiates.

Vous pouvez l’observer à la gare du Nord en ce qui concerne les agent.e.s de gare. Sur le quai, vous verrez une personne en gilet rouge marqué City One (entreprise privée); à l’étage, devant le guichet, des agent.e.s portent la marque Aries (entreprise de réinsertion); plus loin, d’autres travaillent pour Promevil, entreprise de réinsertion pour accompagnement de train, médiation etc… Ces salarié.e.s sont souvent à temps partiel et au Smic.

Nous nous battons pour toutes ces personnes qui travaillent dans ces entreprises externes et ne bénéficient d’aucune convention collective et ont des salaires de misère. Ce sont essentiellement des femmes et des travailleuse/travailleurs immigré.e.s. À la  gare de l’Est, par exemple, ce sont en majorité des habitant.e.s du 93, qui ne trouvent pas d’autres emplois. C’est ce modèle que l’entreprise SNCF et le gouvernement veulent mettre en place aujourd’hui.

La grève actuelle à la SNCF est-elle suivie autant par les femmes que par les hommes?

Sans doute pas autant mais dans les assemblées générales, il y avait des copines. Pour interpeller les collègues, j’ai mentionné,  sur nos documents, le nombre d’hommes et de femmes présent.e.s dans les Assemblées Générales! Mais bien que des femmes y assistent, très peu d’entre elles prennent la parole aux AG.

 

Propos recueillis par Anne-Christine Frèrejacque, 50-50 magazine