Articles récents FNCIDFF : « l’expérience TouteSport ! nous a permis de développer une nouvelle expertise sur la question de la pratique sportive des femmes, des freins qu’elles peuvent rencontrer… »

Le 21 juin 2018, la Fédération Nationale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (FNCIDFF) organise un colloque pour clôturer le projet « TouteSport ! » qui s’est déroulé d’octobre 2016 à juin 2018. L’objectif du colloque est de présenter les actions menées dans ce cadre, qui visent à inciter les femmes des quartiers politique de la ville à la pratique sportive. La Fédération a coordonné cette action dans sept villes de France. Explications de Marine Renard, cheffe de projet, et Franck Bénéï, responsable du département communication.

Est-ce la première fois que la FNCIDFF organise un événement de cette envergure autour de la thématique du sport ?

Franck Bénéï : C’est le premier colloque de ce type que nous organisons. Cela fait plusieurs années que nous voulions travailler sur les thématiques autour du sport, que ce soit pour des publics des quartiers politique de la ville (QPV) ou plus généralement pour toutes les femmes. On voit que l’entrée dans l’adolescence s’accompagne souvent d’un abandon de la pratique du sport chez les femmes, et à plus forte raison l’entrée dans la conjugalité et la maternité pour celles qui fondent une famille. Les femmes ont davantage de problèmes pour pratiquer le sport dans les QPV que dans les autres quartiers.

Dans quels lieux ce projet a-t-il été mis en place ?

Marine RenardLe projet a été animé par sept associations de notre réseau dans sept agglomérations très différentes : à Vaulx-en-Velin, Roubaix, Évreux, Aubervilliers, La Roche-sur-Yon, Nogent-sur-Oise et Limoges. L’idée était de pouvoir expérimenter une action dans des QPV variés en termes d’environnement mais aussi d’accès à l’emploi. À titre de comparaison, La Roche-sur-Yon est une zone où il y a davantage de possibilités d’emploi qu’à Roubaix, zone qui a subi de nombreuses délocalisations d’entreprises.

Les CIDFF qui se sont engagés dans le projet avaient pour mission de constituer des groupes de 10 à 30 femmes, pour la plupart en recherche d’emploi. Chaque groupe se retrouvait au CIDFF pour avoir un accompagnement vers l’insertion professionnelle et s’inscrire dans une action collective.

Pendant les six premiers mois du projet, les animatrices des CIDFF ont sensibilisé les groupes à l’égalité femmes hommes dans le champ du sport, à la diversité des pratiques sportives, aux bienfaits que le sport peut générer sur la santé mais aussi sur l’insertion sociale et professionnelle. Beaucoup de participantes nous ont expliqué qu’elles rencontraient des freins à la pratique sportive par rapport à la garde des enfants, aux déplacements, au regard sur leurs corps… Les femmes ont pris conscience pendant ces premiers mois de sensibilisation que ces freins pouvaient s’expliquer par la répartition inégalitaire des rôles au sein des familles. Elles ont travaillé avec les animatrices pour trouver des solutions concrètes pour lever ces freins. Par exemple, en faisant du covoiturage ou en s’inscrivant ensemble dans une salle de sport. On voit que dans les sept expérimentations la force du groupe a beaucoup joué et cela a été un facteur de réussite.

Franck Bénéï : Une des particularités du projet est que les femmes ont participé directement au diagnostic des freins qui les empêchaient d’avoir une pratique sportive. C’est vraiment là que les CIDFF ont innové, en les rendant actrices du projet et pas seulement participantes. Il s’agit d’un projet de longue haleine, qui s’est déroulé sur 18 mois. L’objectif n’était donc pas simplement de leur faire pratiquer un sport occasionnellement puis de passer à autre chose, mais de créer du lien social et de (re)déclencher une pratique sportive sur le long terme.

Quel est l’objectif du colloque TouteSport?

Franck Bénéï : Le colloque, c’est le bilan du projet et en même temps le moment de se réunir avec d’autres acteurs, d’autres partenaires pour se poser la question : « Comment peut-on réutiliser à l’avenir ce qui a été retenu dans le cadre de ce projet ? ». Par ailleurs, nous essayons d’ouvrir ce projet à de nouveaux partenaires. Nous sommes en mesure de dresser le bilan de ce qui a fonctionné et ce qui a moins bien fonctionné dans le projet. Nous avons suffisamment d’indications pour qu’il devienne modélisable sur une plus grande échelle et sur des durées plus longues.

Comment se déroulera le colloque et quels sont les intervenant·e·s ?

Marine Renard : Le colloque est séparé en deux grandes parties. La matinée consistera à faire témoigner les participantes et les professionnel.le.s. Nous sommes vraiment attaché.e.s à leur donner la parole dans un même lieu et de façon collective.

Deux éducatrices sportives qui ont suivi les femmes au cours des 18 mois nous apporteront un autre témoignage, concernant l’évolution des participantes, non seulement sur le plan sportif, mais aussi sur le plan personnel.

Les participantes ainsi que les professionnel.le.s ont déjà témoigné le 16 mars 2018 au ministère des Sports devant la Ministre Laura Flessel. Ce qui ressort de leurs témoignages, c’est que le projet leur a apporté une nouvelle autonomie et leur a permis de changer leur quotidien. Elles s’autorisent désormais davantage à prendre du temps pour elles.

Certaines sont en train de suivre une formation, d’autres ont déjà trouvé un emploi. Ces femmes avaient résolument envie de reprendre leur vie en main et de se donner le droit d’être actrices de leur quartier. Elles ont notamment participé à des diagnostics de territoire avec les CIDFF. Dans ce cadre, elles sont allées à la rencontre des clubs sportifs et des élu·e·s pour recenser les activités sportives proposées aux habitant·e·s. Elles ont dressé un bilan et transmis des préconisations aux élu·e·s et aux associations pour leur faire part de leur expérience. Par exemple, les créneaux prévus pour la plupart des activités ne sont pas nécessairement adaptés, compte tenu des difficultés auxquelles elles doivent faire face pour trouver un mode de garde et de transport. Bien que certain.e.s interlocuteur.rice.s soient déjà sensibilisé.e.s à la question, la confrontation avec l’expérience concrète des participantes a pu permettre une meilleure compréhension des enjeux.

Franck Bénéï : Le sport est un catalyseur d’une forme d’insertion sociale et professionnelle. Nous avons fait le constat d’une réelle progression de la confiance en soi et de la capacité à prendre la parole en public des participantes grâce à ce projet. Certaines ont pris de nouvelles responsabilités en tant que présidente d’association ou créatrice d’entreprise par exemple. Elles ont pris la parole devant des élu·e·s, assumant ainsi un rôle citoyen, d’autant plus important pour l’intégration des participantes issues des immigrations.

Comment se déroulera l’après-midi du colloque ?

Marine Renard : L’après-midi sera consacré aux perspectives futures du projet au travers d’un dialogue avec des acteurs publics et privés. En ce qui concerne les acteurs publics, nous accueillerons la responsable d’une agence Pôle emploi, qui a mené une action d’insertion professionnelle des femmes via le sport, ainsi qu’une élue en charge du sport et un représentant de la direction départementale de la cohésion sociale.

Deux sportives de haut niveau seront également présentes ; une escrimeuse et une handballeuse. Nous allons faire intervenir aussi la fédération sportive de l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (UFOLEP), qui met en œuvre un programme sportif citoyen à destination des femmes.

L’idée de cette seconde partie est d’intéresser d’autres acteurs au projet afin qu’ils rejoignent notre mobilisation et que nous menions des actions communes pour développer la pratique sportive des femmes dans les QPV.

Quels sont les partenaires du projet ?

Marine Renard : Le ministère des Sports nous a fourni une assistance technique. En plus de nous avoir reçu.e.s en mars, le ministère des Sports a relayé auprès de toutes les fédérations sportives ce projet de colloque. Le ministère estime que les CIDFF peuvent être des relais importants des services déconcentrés sur le territoire. Le Secrétariat à l’Égalité entre les femmes et les hommes est également partenaire de l’action.

Les CIDFF ont en outre associé au projet certains de leurs partenaires locaux, par exemple les maisons de quartier, ainsi que des acteurs avec qui ils n’avaient pas encore collaboré, comme des associations sportives.

En définitive, l’expérience TouteSport ! nous a permis de développer une nouvelle expertise sur la question de la pratique sportive des femmes, des freins qu’elles peuvent rencontrer et du changement que le sport peut apporter dans leur quotidien ; dans leur vie sociale, professionnelle et familiale. Ce projet nous apparaît aujourd’hui comme une passerelle pour l’égalité et l’insertion sociale des femmes.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 magazine

 

50-50 magazine est partenaire du colloque TouteSport