Articles récents Edouard Martin présente sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité

Un colloque organisé, le 27 juin par Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, réunissait des politiques, des professionnel.le.s de la publicité et de la communication de grands groupes, des membres d’associations… Un temps fort pour décrypter, repérer les stéréotypes sexistes qui envahissent l’espace public, analyser la façon dont on peut changer les mentalités et partager les bonnes pratiques de la France et de l’Europe. A l’occasion de ce colloque, Edouard Martin député européen, ancien syndicaliste d’ArcelorMittal, a présenté sa Charte européenne pour lutter contre les stéréotypes sexistes dans la publicité et partagé son engagement féministe.  

Je ne viens pas d’un milieu dans lequel j’ai été éduqué à être féministe. Il y a trois événements dans ma vie qui m’ont fait prendre conscience que justement je n’étais pas féministe, et peut être même un peu trop macho. Je pense qu’à partir du moment où l’on prend conscience que l’on n’est pas féministe, c’est peut-être la voie de la guérison.

Le premier événement important, c’est mon engagement syndical, dans le monde de l’entreprise. C’est là où j’ai vu des discriminations sexistes au quotidien. J’ai vu que les femmes souffraient, beaucoup plus que les hommes, dans le travail par le simple fait qu’elles soient femmes.

Le deuxième événement de ma vie, c’est la naissance de ma fille il y a six ans. Je me suis dit en tant que papa : «Ma fille va grandir dans un monde de mecs, hyper machos. Elle va devoir tout au long de sa vie, dès la maternelle, être obligée de jouer des coudes pour faire sa place, montrer qu’elle fait aussi bien qu’un mec, et elle va être discriminée de par son genre». Cela m’était insupportable.

Troisième événement majeur de ma vie, c’est d’avoir eu la chance de rencontrer Jeanne, mon assistante, qui est féministe de la première heure et qui m’a éduqué ou du moins a contribué à mon éducation. Par exemple, elle a mis en place une règle. Dans mon bureau nous sommes quatre, trois garçons et Jeanne, et les garçons ont l’habitude de raconter des histoires un peu potaches, en n’ayant pas forcément conscience de ce que cela provoque chez l’autre. Jeanne un jour a dit «à partir d’aujourd’hui, je vais mettre en place une tirelire, et à chaque blague sexiste, vous mettrez un € dans la cagnotte». On doit être à dix-neuf €, et personnellement j’ai du en mettre dix-huit. Cela peut paraître banal, mais cela nous a obligé à repenser notre manière de nous comporter.

La publicité est peut-être quelque chose qui est peu regardée par les adultes, en revanche, sur les enfants et les ados, je peux vous assurer que ça marche. Je me souviens par exemple d’une publicité pour une marque de voiture avec une voiture et une femme magnifique, et de la réaction de mon gamin : «eh Papa, t’as vu la bombasse ?» Il n’a pas regardé la voiture, mais il se rappelait avoir vu une superbe femme. Pour les jeunes, la publicité est plus qu’un support, elle les formate, elle les éduque presque.

Tout cela m’a appelé à agir en tant que député européen. Même si le contexte ne s’y prêtait pas et que je n’avais pas vraiment la possibilité de faire voter une loi au niveau européen, l’idée nous est venue avec Jeanne et d’autres collègues, de rédiger une Charte contre la publicité sexiste. Nous voulions la proposer aux villes européennes, qu’elles puissent la signer pour s’engager à lutter contre les publicités sexistes. Je suis la pour témoigner que nous sommes en train de la médiatiser, de la faire connaitre, des grandes aux petites villes européennes.

Nous espérons que des élu.e.s de villes européennes se disent «nous nous engageons à respecter les droits de l’homme, les droits des femmes, nous voulons lutter contre les publicités sexistes et nous allons nous doter d’un cahier des charges». Il ne suffit pas de signer la Charte, après il faut la faire vivre. J’aspire à ce qu’un réseau se mette en place puisqu’une fois que les mairies et les communes se sont engagées à signer cette charte, il faut faire vivre cet engagement. Il y a 10 règles d’or et nous espérons que les ONG, la société civile, vont se porter garantes de leur application.

La publicité est partout, sur les téléphones, à la radio, la télé, dans l’espace public. A chaque fois que je passe devant une publicité, j’en fais l’analyse: «carton rouge, carton vert, la c’est un peu sexiste, là ça va». Cela m’aide à cultiver une façon de penser, à prendre le recul nécessaire et la bonne approche, et à être en capacité d’expliquer à mes enfants que la publicité n’est pas quelque chose d’innocent et de banal …

Je viens des quartiers, et dans les quartiers, il n’y a pas forcément accès à la culture, au savoir, à la politisation, comme certain.e.s l’ont eu. Moi qui ait été 35 ans en usine, je peux vous assurer que des blagues potaches, il y en a dix à la seconde, et même s’il y a des femmes, les hommes ne se gènent pas. Etant aussi de l’autre coté comme responsable syndical, j’ai vu ce que cela peut provoquer comme dégât dans la tête du personnel féminin.

Le rôle d’un syndicat est aussi de lutter contre toutes les formes de discrimination, et le sexisme est forcément une discrimination.

 

 Edouard Martin, député européen

 

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