Articles récents Festival Femmes en résistance … à l’oubli

Cette année, la 16 éme édition du festival de documentaires Femmes en résistance a pour titre « Résiste à l’oubli », oubli dans lequel les femmes, et leur histoire, sont trop souvent maintenues. C’est le week-end du 29-30 septembre à l’espace municipal Jean Vilar à Arcueil. Entretien avec la fondatrices et l’une des organisatrices, Sandrine Goldschmidt.

Comment est né le festival ? Et pourquoi, cette année, avez-vous choisi le thème de la résistance à l’oubli ?

L’objectif du festival est de rendre visible à la fois les créations cinématographiques documentaires des femmes, et leurs visions du monde. Or, le moins que l’on puisse dire c’est qu’au fur et à mesure que chercheuses et historiennes se penchent sur les œuvres des femmes dans le monde, on se rend compte que systématiquement, elles ont été maintenues dans l’oubli. Cette année, le festival est un prolongement de thèmes que nous avons déjà abordés : l’effacement, l’invisibilité. C’est une façon à la fois de faire revivre ces femmes et leurs œuvres, mais aussi de montrer qu’il y a un mouvement actuel pour les sortir de l’oubli, et c’est une bonne nouvelle.

Quels sont les films marquants de cette édition ?

Il y en a beaucoup. Avec deux caractéristiques principales. La première, c’est qu’ils permettent vraiment de rendre visibles des femmes tout à fait extraordinaires.  De Martha et Nikki  (1), championnes du monde de hip-hop dans des concours mixtes, à Ceija Stojka, artiste rom qui a commencé à peindre à 55 ans, puis à écrire sur les camps d’extermination nazis. Nous avons pu la connaître en France grâce à l’exposition exceptionnelle que lui a consacré la maison rouge.

Par ailleurs, le festival présente des films qui dénoncent et réparent l’oubli des situations vécues par des femmes et des enfants victimes de violences masculines. C’est le cas en Irlande avec les jeunes femmes, mères non mariées, enfermées dans des couvents et travaillant de  force dans des blanchisseries, mais aussi de leurs enfants,  parfois mort.e.s sans état-civi . Idem en Espagne où, dans Enterrar y Callar (2), on découvre avec sidération que les vols d’enfants à la naissance sous l’ère de Franco, ont continué plusieurs années après la mort de ce dernier.

Enfin, nous présentons Lunadigas (3), un très beau documentaire italien, qui montre des femmes que la société a tendance à oublier ou mépriser, des femmes qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas eu d’enfant.

Comment évolue la situation des réalisatrices depuis 15 ans ? Quelles sont leurs difficultés en tant que femmes ?

On le voit dans les écoles de cinéma, les femmes sont aussi nombreuses que les hommes, mais deviennent moins facilement réalisatrices. Elles ont plus de mal à faire produire leurs films, et leurs budgets sont moins importants. Et il y a le syndrome du deuxième film, très difficile à faire pour une femme. Je pense qu’il y a de plus en plus de femmes qui veulent devenir réalisatrices, et que c’est toujours aussi difficile d’obtenir des budgets. Comme aujourd’hui il y a de nouvelles sources de financement, le crowdfunding, les budgets personnels… cela implique qu’il faut être non seulement réalisatrices, mais aussi «commerciales.» Il y a à la fois beaucoup de films de femmes qui sont faits, et une forme de culpabilisation de celles qui ne parviendraient pas à réunir de l’argent pour leur film.

Il y a aussi de nombreux courts-métrages ou ce qu’on appelait avant «ciné-tracts», qui mettent en évidence les inégalités, et beaucoup d’associations, comme HF/Ile-de-France, qui permettent aux femmes de réaliser que ce n’est pas forcément «de leur faute» si elles ont du mal à percer. L’évolution est donc vraiment à double tranchant.

 

Propos recueillis par Caroline Flepp 50-50 agazine

 

Découvrez le programme 

 

1 Martha et Niki, de Tora M. Martens, dimanche 30/09 à 20h15

2 Enterrar y Callar, de Anna Lopez Luna, samedi 29/09 à 18h

3 In Loving Memories, d’Audrey Rousseau, dimanche à 15h45

4 Lunadigas, de Nicoletta Nesler et Marilisa Piga, samedi à 20h45