Articles récents Denis Mukwege : Prix Nobel de la paix

A l’occasion de la sortie du film L’homme qui répare les femmes, la colère d’Hippocrate retraçant le combat du docteur Denis Mukwege pour réparer physiquement et psychologiquement les femmes ayant vécues des violences et tortures sexuelles, le réseau féministe «Ruptures» avait organisé un colloque dédié à la question de la création d’un Tribunal Pénal International (TPI) en République Démocratique du Congo (RDC). Le colloque, soutenu par la ville de Paris, se situait dans le prolongement de la Campagne des 52 Marraines initiée par Maître Hamuli Réty, qui dénonce l’instrumentalisation du viol comme arme de guerre. A cette occasion, nous avions rencontré Denis Mukwege, cet homme exceptionnel qui répare les femmes. 

Le degré de violence de ces maltraitances est palpable dans le film de Thierry Michel sur le Docteur Denis Mukwege. Les exactions commises contre les femmes sont systématiques, organisées, et visent à détruire non seulement des individualités mais également le lien social qui existe au sein d’une communauté. Les répercussions de ces tortures sexuelles dépassent amplement les femmes : les enfants nés d’un viol sont pour une grande partie rejetés par la mère et la communauté. Les agresseurs transmettent volontairement le virus du Sida, le laissant se propager à l’échelle d’un village et au-delà. Ces violences physiques ont des répercussions telles sur les femmes, leur entourage et leur communauté, qu’elles les forcent à migrer. Les forces armées sont alors en mesure de prendre possession des terres laissées à l’abandon.

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Hélène Bidard, Adjointe à la Maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, et Dr Denis Mukwege

Les souffrances consécutives aux viols, maltraitances et tortures sexuelles restent largement impunies en RDC. Les femmes violées et leurs avocat-e-s rencontrent des obstacles juridiques souvent insurmontables. Tout d’abord, l’aide juridictionnelle, qui consiste à prendre en charge les frais d’avocat-e des personnes vulnérables, n’existe pas en RDC. Malgré la création en 2009 d’un bureau de consultation gratuite par le bâtonnier Jean-Claude Bagaya Mukwe Dunia, et l’aide précieuse d’associations sur le terrain, les frais d’enquête et les obstacles procéduraux sont trop lourds à porter. Se pose enfin la question de l’indemnisation des femmes. Pour une grande majorité, elles ne connaissent pas leurs agresseurs. Elles sont seulement à même de les identifier, pour la plupart, comme étant des militaires. Or, en RDC, l’Etat n’est pas dans l’obligation d’exécuter un jugement même s’il est reconnu coupable. Les femmes sont donc très rarement indemnisées.

Dans ce contexte de défaillance de la justice congolaise, les femmes violées, mutilées et torturées ne sont pas en mesure d’obtenir justice. En juillet 2013, à l’initiative de Maître Hamuli Réty, la Campagne des 52 Marraines est lancée pour demander la création d’un TPI. Ce sont 52 femmes, personnalités issues du monde universitaire, de la politique et des mouvements féministes, qui s’engagent. Elles dénoncent la passivité des Etats, des instances internationales, et en particulier des Nations Unies. Maître Hamuli Réty regrette entre autres que la résolution 1325 «femmes, paix et sécurité», qui reconnaît l’impact disproportionné des conflits armés sur les femmes et qui appelle les femmes à participer à la prévention et au règlement des conflits, ne soit pas appliquée. Dans la mesure où ces violences ne sont pas perpétrées à un niveau individuel, mais qu’elles sont le fruit d’une organisation planifiée et commanditée, la demande de création d’un TPI en RDC doit être audible.

Dr Denis Mukwege : « il n’y aura pas de paix sans justice »

Caddy Adzuba Furaha témoigne des violences sexuelles en RDC

Françoise Héritier – Pour la création d’un TPI en RDC

CCC

Joachim Cairaschi, Caroline Flepp et Marina Verronneau 50-50 magazine

Photos Pierre Yves Ginet / Femmes ici et ailleurs

La campagne des 52 Marraines

 

Article déjà publié le 15 mars 2016