Culture « Le rock’n’roll est un sport d’hommes »

The Runaways, le groupe de glam rockeuses américaines créé par Joan Jett et Sandy West, fut le premier, en 1975, à oser entrer de plain pied sur le terrain miné du rock Un film lui est aujourd’hui consacré.

Premier groupe entièrement féminin de l’histoire du rock’n’roll, The Runaways fait aujourd’hui l’objet d’un biopic, réalisé par Floria Sigismondi (qui a, entre autres, travaillé avec Björk, David Bowie ou encore Marylin Manson). La réalisation est exemplaire, très travaillée et la photo splendide. De même, les actrices réalisent un travail de mimétisme bluffant. Kristen Stewart, jeune chair à vampire héroïne de la saga Twilight joue une Joan Jett tout en finesse, tandis que Dakota Fanning, du haut de ses seize ans à peine se coule à merveille dans la peau de la chanteuse Cherie Currie. À noter aussi l’extraordinaire performance de Michael Shannon jouant le démiurge (leur producteur) Kim Fowley, marqué du personnage de Richard O’Brien dans la culte comédie musicale The Rocky Horror Picture Show.

En sa qualité de pionnier des girls-band, The Runaways pouvait donc espérer avoir un film à la hauteur de son impact. En effet, non contentes d’avoir forcé les portes d’un monde farouchement machiste, comme le rappelle avec hargne Kim Fowley, lâchant un tranchant « Le rock’n’roll est un sport d’hommes », les cinq fugitives ont eu un impact important sur la musique moderne. Sans elles, pas de Crucified Barbara, Bangles, Girlschool, Donnas ou encore Vixen. Sans elles, Courtney Love n’aurait probablement été qu’une junkie mariée à Kurt Cobain. Sans elles, les filles dans le rock seraient restées cantonnées au rôle de groupies. Et le tout alors qu’elles n’avaient pas 17 ans. Las, le film se contente d’effleurer très légèrement la carrière du groupe, donnant l’impression qu’il n’a marché qu’au Japon et produit un unique album. Occultant ainsi quatre disques, des tournées en compagnie de formations aussi importantes que Cheap Trick, Van Halen, Blondie ou encore les Ramones.

Tout ça pour quoi ? Se focaliser sur la relation Joan Jett/Cherie Currie. Cela laisse un goût amer dans la bouche. On attendait tellement plus qu’un film sentimental… Si encore le métrage s’était appelé « Joan Jett et Cherie Currie », c’eût été compréhensible, mais là, cela frise le dédain pour les autres membres du groupe. Qui n’ont même pas droit à leur biographie en pré-générique ! Pas même Sandy West, la batteuse cofondatrice du groupe, décédée en 2006. Pas un mot. Cela étonne, sachant que Joan Jett est la productrice exécutive du film.

Heureusement, il s’agit d’une réussite technique et l’ambiance de l’époque, reproduite à la perfection, laisse rêveur. Fragment d’un passé révolu, où l’on pouvait fumer dans les avions, où les concerts n’étaient pas parasités par des nuées d’écrans de téléphones mobiles et où l’innocence planait encore. Les caméras dans les rues n’étaient qu’un lointain fantasme orwellien. Un passé qui rêvait d’un futur meilleur, et qui nous a donné un présent qui regarde son passé.

Joseph Achoury Klejman – ÉGALITÉ

Les Runaways Bande Annonce

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