Santé La santé des femmes est l’affaire de toutes et tous 

Oxfam France, Médecins du monde et Action for Global Health ont mené la campagne « Non assistance à mères en danger » qui  s’est terminée fin septembre. Bilan par Julien Potet, responsable de plaidoyer à Oxfam.

Pourquoi cette campagne, quels en étaient les objectifs et à qui s’adressait-elle ?

D’abord la campagne « Non-Assistance à mère en danger » visait à dénoncer les violations du droit à la santé dont souffrent des millions de femmes dans le monde. Par exemple, nous avons levé le voile sur les cas, encore trop fréquents en Afrique, de jeunes mères qui, n’ayant pu payer le coût des soins relatifs à leur accouchement, sont détenues plusieurs semaines à l’hôpital avec leurs nouveau-nés jusqu’à ce que des garanties de paiement soient présentées ! La campagne avait également pour objectif de mettre en lumière les trois causes profondes des difficultés d’accès aux soins pour les femmes dans les pays du Sud : des financements trop faibles pour les services publics de santé ; une pénurie aiguë en personnel soignant qualifié, en particulier dans les zones rurales ; et le maintien de barrières financières aux soins que les patientes ont les plus grandes difficultés à surmonter, comme l’exemple ci-dessus le démontre !


Quelles étaient vos demandes en direction du gouvernement français ?

Nous avons formulé trois demandes simples et déterminantes : d’abord un doublement de l’aide en santé de la France, afin qu’elle atteigne les montants recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé ; ensuite l’utilisation d’une plus grande part de cette aide pour former davantage de personnels de santé et leur offrir des conditions de travail suffisamment décentes pour les fidéliser sur le terrain ; enfin, la tenue par la France de ses engagements précédents à soutenir les pays du Sud qui mettent en place des politiques de soins gratuits pour les mères et les enfants. Ces trois demandes précises étaient accompagnées d’un plaidoyer pour la défense des droits des femmes, notamment en matière d’accès à la planification familiale.

Où en est l’OMD qui est liée à votre campagne ?

Quelques progrès ont été enregistrés en matière de santé maternelle. Le nombre de décès maternels dans le monde est passé d’environ 546 000 en 1990 à 358 000 en 2008. Mais les inégalités entre les continents sont flagrantes. Dans certains pays comme le Tchad, le risque pour une jeune fille de mourir à l’occasion d’une grossesse ou d’un accouchement est plus élevé que la probabilité qu’elle bénéficie d’une éducation secondaire.

Quel bilan faites-vous de cette campagne menée par un collectif ?

Pour améliorer la santé des femmes, il faut travailler aussi bien sur les systèmes de santé que sur les droits des femmes. Ce message est bien passé durant notre campagne. Le bilan est encore difficile à réaliser. Il semble que la communauté internationale ait pris conscience de l’ampleur du problème. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki Moon, s’est ainsi engagé à collecter 40 milliards de dollars pour la santé des femmes et des enfants d’ici à 2015. Il reste à concrétiser ces promesses intéressantes.

Les engagements de la France, quant à eux, sont encore relativement flous. La France présidant le G8 et le G20 l’année prochaine, nous appelons le président Sarkozy à continuer la mobilisation amorcée en 2010 sur le thème de la santé des femmes !

Du côté des associations, le bilan est très positif. Une quinzaine d’ONGs françaises ont soutenu Oxfam France, Médecins du monde et Action for Global Health durant cette campagne. Leur appui a été décisif. La Croix Rouge française nous a aidés à mettre en lumière des bonnes pratiques pour former des personnels de santé. Équilibres et Populations et le Planning Familial nous ont donné des conseils sur les enjeux relatifs à la défense des droits sexuels et de la reproduction. Les associations françaises de lutte contre le sida nous ont ouvert leurs portes, comme lors du festival Solidays par exemple. Cela montre combien la santé des femmes est l’affaire de toutes et tous !

Propos recueillis par Caroline Flepp ÉGALITÉ