Société Les Italiennes disent « Basta ! » à Berlusconi

Se non ora quando ? (quand sinon maintenant ?). Les indigné-e-s répondant à cet appel lancé par le comité organisateur étaient près d’un million, rassemblé-e-s dans 230 villes de la Péninsule, à Paris, Maputo, Honolulu, Tokyo… A Milan, malgré la pluie, 60 000 manifestant-e-s ont rempli la piazza del Castello et envahi ses environs. La goutte qui a fait déborder le vase : l’affaire du Rubygate, ce scandale de prostitution de mineure auquel Silvio Berlusconi est mêlé.

Sur le pavé, fillettes, étudiantes, mères et grand-mères revendiquent leur dignité, bafouée par les frasques du président du Conseil italien. Elles réclament aussi plus de liberté et de droits pour les femmes. Comme Anna, une milanaise de 32 ans : « Je ne suis pas activiste, c’est la première fois que j’assiste à une manifestation. Je suis enceinte et professeur précaire. J’ai peur pour ma carrière, je m’inquiète pour ma fille qui va bientôt naître ! » Et pour cause, en Italie, les aides accordées aux femmes enceintes sont réduites à peau de chagrin. Sans parler de la carence de places en crèches. A cela s’ajoute un ras-le-bol plus général : un taux d’emploi des femmes de seulement 46,4 %, soit l’un des plus bas d’Europe, ou encore un taux de représentation féminine dérisoire dans les postes à responsabilité (seulement 3,9 % dans les conseils d’administration).

« Il existe une autre Italie »

Les hommes aussi investissent la place. « Je suis là pour accompagner ma mère… mais surtout par solidarité, parce que j’ai honte de mon pays et qu’il est temps de montrer à l’étranger qu’il existe une autre Italie », s’exclame Giovanni, la cinquantaine, dans un excellent français chanté.

Si la manifestation organisée par les femmes vise à avant tout à défendre les femmes, les banderoles affichent des slogans réclamant la démission du président du conseil : « Notre corps n’est pas à vendre, libérons-nous du porc », « Veronica est libre, maintenant à notre tour » (en référence à l’ex-femme de Silvio Berlusconi).

Même si la manifestation ne devait afficher aucune appartenance syndicale ou politique, plusieurs membres de l’opposition ont apportés leur soutien. Entre autres, le leader du parti de gauche l’IDV (l’Italie des valeurs), Antonio di Pietro, à Milan, pour qui « Berlusconi n’est ni plus ni moins comme Moubarak, Khadafi et Ben Ali, avec pour seule différence que lui est ridicule ». A Rome, la députée de droite Giulia Bongiorno s’est mêlée à la mobilisation : « Il ne s’agit pas d’une manifestation de moralistes ni de critiquer les fêtes osées mais de les stigmatiser lorsqu’elles deviennent un système de sélection de la classe dirigeante. » L’élue de Futur et liberté fait ici référence à la jeune conseillère régionale du PDL (parti de Berlusconi), Nicole Minetti, 25 ans, accusée d’avoir recruté des jeunes filles pour les fêtes organisées dans la villa d’Arcore.

Les manifestant-e-s entendent bien ne pas s’arrêter là. Rendez-vous au printemps pour des états généraux de la condition féminine.

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Camille Reale – collaboratrice Italie EGALITE