Tribunes Prostitution : l’abolitionnisme au cœur du débat politique

Convention Abolition 2012, le 29 novembre 2011 à l'Assemblée nationale

La Convention Abolition 2012, organisée par le Mouvement du Nid, la Fondation Scelles et l’Amicale du Nid, s’est tenue le 29 novembre à l’Assemblée nationale et a rassemblé 37 associations signataires de l’appel, des élu-e-s de toutes tendances et un public de près de quatre cents personnes : un moment clé dans l’histoire de l’abolitionnisme français et la popularisation d’un vrai courant d’opinion.

Aucun sujet sans doute n’était jusqu’ici plus lourd à porter. Refuser la prostitution, lutter pour que les femmes – essentiellement – ne soient plus réduites au statut d’objets sexuels à disposition, pour que soit liquidé ce patriarcat viscéral qui garantit encore à la moitié masculine de la population l’accès au sexe des femmes contre un simple billet. Longtemps dénigrés, les abolitionnistes trouvent enfin leur place dans le débat de société.

La meilleure preuve en a été cette Convention destinée à organiser une large union permettant de faire graver dans le marbre, si possible en 2012, une loi d’abolition du système prostitueur. Comme d’autres ont travaillé à l’abolition de l’esclavage, les abolitionnistes de la prostitution savent qu’elle ne disparaîtra pas d’un coup de baguette magique (l’esclavage existe encore) mais aspirent à ce que les politiques cessent d’y voir une fatalité et mettent tout en œuvre pour la faire reculer.

Une question portée par l’ensemble des partis politiques

Ce rassemblement a donc permis de prendre la température du mouvement. Près d’une quarantaine d’associations, notamment féministes, des élu-e-s représentant l’ensemble des partis se sont ainsi trouvés réunis pour la première fois en si grand nombre autour d’une conviction commune et d’une question politique majeure : comment une démocratie moderne pourrait-elle continuer à s’accommoder d’une réalité indissociable du proxénétisme, de l’argent sale, de la traite des femmes et de la violence ?

Comment avancer dans le sens de l’égalité entre les femmes et les hommes sinon en plaçant le client prostitueur face à ses responsabilités en posant, sur l’exemple suédois, une exigence éthique : on n’achète pas le corps d’autrui.

Les multiples intervenant-e-s, parmi lesquels Benoît Hamon et Armand Jung (PS), Sophie Auconie (Nouveau centre), Laurence Cohen (PC), Delphine Beauvois (Parti de gauche), Guy Geoffroy (UMP), Anny Poursinoff (EELV) ont permis de poser les vrais termes du débat, à cent coudées au dessus des éternelles antiennes sur la réouverture des maisons closes. Appuyés par Rosen Hicher, venue dénoncer, pour l’avoir longtemps subie, l’imposture qu’est la prostitution.

Une nouvelle génération en marche

Côte à côte, se sont ainsi retrouvées des femmes de tous horizons ; celles qui portent ce combat depuis des décennies – Danielle Bousquet, députée et présidente de la Mission d’information sur la prostitution en France, Gunilla Ekberg, juriste experte auprès du gouvernement suédois, Suzy Rojtman du CNDF, Ernestine Ronai, vice présidente de l’Amicale du Nid – ; mais aussi une nouvelle génération qui frappe par son aisance et la force de ses convictions : de très jeunes femmes comme Mine Gumbay, déléguée aux droits des femmes à la mairie de Strasbourg ou Typhaine Duch de OLF. Sans oublier les hommes jeunes : le cinéaste Patric Jean ou Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, féministes au masculin.

Cette émergence de forces neuves, politiques et associatives, est l’assurance que la question du système prostitueur ne peut plus être esquivée. Les abolitionnistes sont maintenant en mesure de se faire entendre. Leur combat, que les partisans du système, attachés à leurs vieux privilèges, ont toujours fait en sorte de caricaturer, est un combat pour la liberté sexuelle ; car il n’y aura pas de sexualité libre tant qu’elle sera imposée par la violence, et pas de sexualité libre tant qu’elle sera contrainte par l’argent.

Mais c’est aussi un combat pour les femmes et pour l’égalité. Que ce soit dans l’ordre du réel ou du symbolique, comment seraient-elles considérées comme des citoyennes à part entière si l’inconscient collectif persiste à les cantonner dans leur « vocation » de toujours, prostituée pour le plaisir masculin ?

Claudine Legardinier

Journaliste indépendante, elle travaille sur les droits des femmes, et particulièrement la question de la prostitution et de la traite. Elle collabore à la revue du Mouvement du Nid, Prostitution et Société et à EGALITE.