Société «Etre antiraciste c’est forcément être féministe»

Dominique Sopo est président de SOS Racisme depuis juillet 2003.

Dominique Sopo

Dominique Sopo

Vous considérez-vous comme féministe ?

Oui je me considère comme féministe. Le féminisme est pour moi un combat pour l’égale dignité entre les femmes et les hommes, un combat d’émancipation des femmes par rapport à l’oppression d’un patriarcat qui, pendant plusieurs siècles et à travers différents pays, a conditionné la situation des femmes.

En tant qu’antiraciste et militant pour l’égalité, on ne peut pas d’un côté se battre pour l’épanouissement des individus, en l’occurrence ces individus opprimés en raison de leur origine, et d’un autre côté, oublier 50 % de l’humanité ! Etre antiraciste c’est forcément être féministe, c’est être un militant pour l’égalité effective dont l’antiracisme n’est finalement qu’une des branches.

Selon vous, qu’est-ce que le combat féministe ?

Le féminisme a malheureusement été beaucoup décrié dans les années 1980-1990 comme s’il renvoyait à un combat d’arrière-garde, d’agressivité vis-à-vis des hommes et qui, désormais, serait dépassé. Or, le féminisme reste de pleine actualité puisque l’égalité entre les femmes et les hommes est loin d’être effective.

Cette inégalité est perceptible à travers notamment les violences faites aux femmes, les conditions sociales extrêmement divergentes selon qu’on est femme ou homme, mais aussi en matière de salaires.

Quelles actions en faveur des femmes vous ont particulièrement marqué ces derniers années ?

La création du mouvement Ni Putes Ni Soumises est sans doute l’action qui m’a le plus marqué. Ce mouvement a redonné un souffle aux luttes féministes et a notamment permis de réinscrire les jeunes générations dans ce combat essentiel.

Certes, depuis quelques années le souffle s’est quelque peu éteint mais on peut espérer que cette association, ou d’autres d’ailleurs, retrouve de nouveau une capacité à entraîner la société vers plus de progrès pour les femmes. D’autant plus que dans les périodes de crise, les logiques d’émancipation ne sont malheureusement pas au cœur des priorités des populations et des politiques.

Justement, en cette période de campagne présidentielle, quel engagement serait significatif d’une réelle progression vers l’égalité femmes-hommes ?

Pour que l’égalité devienne effective, il faudrait une application rigoureuse des lois qui existent déjà. Ce combat est aujourd’hui à la traîne sur le plan juridique, et c’est bien dommage… L’arène juridique est une arène dans laquelle la parole peut-être portée et dans laquelle on peut aussi interpeller la société sur la condition des femmes. C’est ce que nous faisons à SOS Racisme sur la question des discriminations liées aux origines.

Depuis sa création en 1984, SOS Racisme a toujours été présidé par des hommes, peut-on espérer qu’un jour une femme en sera la présidente ?

Il faut l’espérer bien sûr et c’est souhaitable. C’est vrai que jusqu’à maintenant seuls des hommes ont été présidents même si des femmes, dans l’histoire de SOS Racisme, ont été des dirigeantes de premier plan au sein de l’association. Aujourd’hui, nos instances sont totalement paritaires conformément à nos statuts. En tout cas, je souhaite que mon successeur soit une femme.
Plus vite je partirai et plus vite une femme sera à la tête de SOS Racisme !

Propos recueillis par Yasmine Oudjebour – EGALITE